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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Semaine 9 – 2132 ± 7 – joli mercredi pour la saison !

Que s’est-il donc dit lors de la dernière réunion du conseil communautaire, à Rott, ce lundi 19 mai, jour anniversaire de l’élection, ric-rac, de Monsieur V. Giscard d’Estaing ?
C’était d’abord formel, avec, en fond de plateau, un alignement d’exécutif, président et vice-présidents, faisant face à la trentaine de délégués. Ça vous avait un air décontracté que ça en faisait presque peur.
L'un était plutôt raide, l'autre avachi alternativement sur sa chaise et sur la table, l’un faisant ses premières armes, l’autre affectant la posture du vieux routier désabusé à qui, malgré son relatif jeune âge, on ne la fait pas, vu qu’il a déjà, et depuis si longtemps, pris un melon pas possible, une drôle d’ambiance en tout cas. Est-ce la faute de la salle, mais on n’était guère invité à la participation, pour preuve ce maigre public réduit à la portion congrue, deux citoyens seulement sur les 15 000 habitants environ que compte la com’ de com’ ayant choisi de passer leur soirée à écouter ce que ces gens avaient à nous dire.
Quand on dit "ces gens", c’est aussi parce qu’ils semblent étrangers à ce de quoi ils parlent. Il suffit de les entendre énoncer ces "territoires", sortes d’espaces plus moins géographiques qui désignent alternativement des communes, des vallées, des quartiers peuplés d’êtres humains [ à la tête desquels ils envisagent peut-être de nommer des gouverneurs… ]. Ils sont énumérés comme des parties de statistiques, illustrant bien cette fragmentation organisée du territoire national en une multitude de principautés où l’on a constitué ces EPCI qui devraient mettre en œuvre ces politiques ambitieuses, pour répondre plus efficacement [ ils n’ont que cet adverbe-là à la bouche ! ] aux besoins des populations [ connaît-on encore les citoyens et les administrés ? ], pour peser davantage dans les dossiers importants [ invariablement dans une situation de lutte et de conflit ], pour mutualiser des moyens dans un contexte de restrictions [ à quand les tickets, et surtout pour qui ? ]. D’ailleurs, ce point sur la mutualisation [ pourquoi ne parlerait-on pas de mise en commun, ça doit sûrement faire trop partageux ! ] a été abordé par l’adjoint qui en a la charge [ "qui en est en charge", pour jargonner comme eux qui manipulent les anglicismes avec la désinvolture des ignorants ] quand il s’est agi de nous persuader qu’il fallait renforcer les moyens de tous, absolument, mais comme il ne l’a pas dit on lui souffle pour la prochaine fois, au service d’un pertinence du territoire qui doit faire pièce à tous ceux qui l’entourent, envisagés au mieux
comme des concurrents.
En les voyant tous là, on se demande s’il ne serait pas temps de lancer une souscription civique pour leur offrir le livre d’Yves Saintomer, "Petite histoire de l’expérimentation démocratique" qui fait l’éloge du … tirage au sort. Cela mettrait sans doute un peu d’ordre dans les priorités, surtout quand on entend une déléguée, sollicitée pour intégrer un groupe de travail, déclarer [ était-ce une boutade ? ] qu’elle était trop vieille. Un ange est passé.

Revenons-en à la soirée.
Pour commencer, tour de table de l’exécutif qui fait le compte-rendu de ses activités. Si l’initiative est intéressante, on gagnerait du temps en mettant en ligne sur le site de la com’ de com’ la liste des visites ici, là et ailleurs, à tel ou tel, pour ne pas nous infliger la lecture insipide de l’insupportable présentation assistée par ordinateur.
Outre cette recommandation, notons que le premier vice-président a remis le couvert sur un sujet qu’il doit avoir appris par cœur, la future centrale géothermique qui va sans doute voir prochainement le jour à Wissembourg. On prend rendez-vous pour l’inauguration. Il ne devait pas se rappeler qu’il avait déjà présenté ce projet mirifique quand il a cru faire un discours le jour où l’on élisait le président de la com’ de com’. Signalons-lui que le watt désigne la puissance d’un système énergétique, et qu’il n’est par conséquent pas nécessaire de dire qu’une entreprise "consomme 100Mw chaleur par an", car, même si ça fait super techno dans le propos d’un gars qui connaît son sujet à fond, mais alors, à fond, c’est un peu confus à comprendre.
Il a aussi pris part à l’une des réunions d’enterrement de Bürstner qui n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé en 2009, quand le président de l’ADIRA se félicitait de la mutualisation des moyens lorsque plusieurs restructurations sont engagées en parallèle sur un bassin d’emploi. Tiens, au fait, c’était qui, en 2009, le maire de Wissembourg, et déjà premier vice-président de la com’ de com’ ?
Et on ne vous fait pas grâce du reste du verbiage, car, comme l’a rappelé naguère le linguiste Alain Bentolila, l'utilisation d'une langue épurée est l'une des premières marques de respect que l'on donne à ses interlocuteurs.
"Un système de mutualisation des fonds de revitalisation peut être mis en place afin d’éviter une concurrence entre les différentes conventions de revitalisation. La mise en commun des contributions légales de plusieurs entreprises présente l’avantage d’atteindre une masse critique afin de faire intervenir un partenaire financier pour démultiplier le fonds, de rationaliser les comités de suivi et d’engagement et d’intervenir sur des périmètres plus larges par une solidarité et une collaboration des territoires impactés." On pense que le premier vice-président pourrait mettre ces mots dans sa propre bouche, en sachant qu’ils viennent d’un ancien sénateur UMP, Monsieur F. Grignon.

À part ça, quand on est président ou vice-président-e, on passe énormément de temps à rencontrer des homologues, à évaluer des besoins, à se pencher sur les problématiques, à rassembler des données, à mutualiser le hard et le soft [ on se serait cru sur Canal + ! ], à signer des conventions, et à mener des réflexions.
Par exemple, on va s’interroger sur l’intérêt d’une station de compostage dans le secteur, ce qui va justifier telle ou telle visite, de préférence lointaine, pour tester la pertinence de ce genre d’installation. Ah bon, car on pensait tous que le problème n’est pas de savoir s’il faut une station de compostage, mais plutôt quand elle sera enfin installée et où ! Par exemple, on peut, en quelques semaines ou quelques mois s’occuper des immeubles, et en expliquer l’intérêt à leurs habitants, surtout que l’on peut coupler avec un poulailler et des potagers collectifs et engager un autre modèle de vie en société. Mais n’étant ni vice-président ni délégué ni trop vieux, on est invité à se taire et à entendre, et c’est dur, parfois.
Divers représentants de la com’com’ ont été désignés ici et là pour y siéger dans ces organismes où l’on décide de beaucoup de choses sans que l’administré sache vraiment de quoi, mais quelle importance ?
Ah si, tout de même, petit moment de pacification tendance "continuons ensemble divers gauche funambuliste" avec le refus du premier vice-président de voir le troisième vice-président siéger au conseil d’administration du relais culturel. Ça aurait fait trop de Wissembourgeois, a-t-il soutenu, probablement pour souligner, une fois de plus, l’universalité de la démarche de celui dont le projet est différent de celui des autres, car il est né ici, qu’il y a toujours habité, qu’il est l’un des leurs, et autres fadaises. Intelligent, le troisième vice-président a préféré retirer une candidature présentée par le président, manière de montrer qu’il aurait pu en être de même lorsque le conseil municipal de Wissembourg a désigné les délégués communaux au SDEA.

Pour le reste, on a assisté à un grand moment de consensus, quand chacun dit vraiment ce qu’il pense, parce qu’il n’y a pas d’enjeu de pouvoir. Une déléguée, issue de l'opposition wissembourgeoise, a mis la question des rythmes scolaires sur le tapis, introduite par une lettre qui lui a été envoyée par un parent d’élèves qui ne supportait toujours pas la parodie de "concertation" tendance "continuons ensemble divers gauche funambuliste" qui a abouti à imposer le mercredi matin à tout le monde parce que l’on disait successivement aux uns que les autres l’avaient déjà choisi, et qu’il ne revenait à rien d’opter pour le samedi matin.
Pour celui qui est allé à l’école lundi, mardi, mercredi, vendredi et samedi, de 8h30 à 11h30 et de 13h30 à 16h30, toute cette pseudo-discussion, avec les rappels et les oublis des diverses réunions qui se seraient tenues et des avis qui auraient été donnés, n’a à peu près aucun intérêt puisque les enfants sont totalement absents de la question. On se crêpe le chignon pour savoir si les bus rouleront à vide ou non ou s’il y aura assez d’argent pour faire fonctionner le périscolaire, pas pour savoir si nos enfants auront les moyens d’exprimer clairement leur pensée ou d’analyser méthodiquement celle des autres, pour peu qu’ils en aient une.
En s’abritant derrière le formalisme des décrets et en refusant l’action collective, les élus, tous les élus, sont collectivement responsables du chaos qui s’installe et de la frustration qui en est engendrée chez celles et ceux, praticiens de la pédagogie, qui demandent seulement qu’on leur donne les moyens de faire éclore l’intelligence et d’éveiller le discernement. Tout le reste, c’est du baratin.

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