Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
pumpernickel

pumpernickel

commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Semaine 9 – 2135 ± 7 – si beau dimanche pour la saison !

Hier, Bernardswiller pour rendre visite à une amie artiste qui ouvrait sa maison dans le cadre des "ateliers ouverts" comme annoncé il y a une petite semaine : on était entre gens de bonne compagnie et c’était bien agréable.
On redécouvrait que l’expression artistique n’est pas uniquement l’affaire de ces soirées plus ou moins bricolées au cours desquelles on fait semblant de rendre aux citoyens, l’espace de quelques heures, ces lieux publics qu’on leur a confisqués. Ça, c’était pour "la nuit des musées " version "continuons ensemble divers gauche tendance funambuliste".
Plus sérieusement, il est si doux de laisser aller son regard au gré des détournements d’objets, des tableaux d’une quarantaine de photographies quand on n’est pas occupé à feuilleter quelques recueils de poésie, de nouvelles ou d’illustrations. Que la grimace des pisse-vinaigre devenait étrangère, que le sourire de nos hôtes nous devenait familier ! Joli déplacement chez des gens modestes et géniaux, tout simplement.

Et pendant ce temps-là que se passe-t-il donc chez nous ?
Nous croyions que la période de brame électoral étai finie, mais c’était faire preuve d’un surcroît d’optimisme : ils étaient encore là, à nous pomper l’air pour tâcher de nous persuader de leur accorder une confiance dont ils ont montré qu’ils n’en étaient pas dignes, à distribuer leurs dépliants pathétiques sur lesquels ils nous annoncent, depuis 1989, date de la première élection du "parlement européen" qu’ls vont tout faire, mais alors tout faire, si, si, tout faire, mais puisqu’on vous le dit, tout faire, pour rapprocher l’Europe des citoyens ! On aime ces discours de moulins à prière, débité par des professionnels de la parole, qui ne croient pas une seconde aux stupidités qu’ils nous assènent.
Au-delà de ces promesses qui ne peuvent pas être tenues, et qu’il serait par conséquent plus prudent de ne pas formuler, leur gros problème, c’est l’abstention, que l’on attend massive, et qui va gonfler mécaniquement les résultats de l’extrême-droite, dont les militants vont se déplacer en masse, car c'est un vote d'adhésion.
Localement, il sera intéressant de voir si l’on assiste au même spectacle qu’aux municipales, quand de zélés citoyens tournaient autour des assesseurs quand ils tournaient les pages des registres, repéraient leurs "amis" qui n’avaient pas encore voté, leur passaient un coup de fil, et on les voyaient rappliquer un petit quart d’heure plus tard, en famille, pour accomplir un devoir électoral qui est aussi un droit, qui est aussi civique. Pour mémoire, on rappellera que le vote est consciencieux, sincère, libre, égal, secret, éclairé et désintéressé. Ajoutons, mais est-ce bien nécessaire, qu’il ne peut être, en bonne république, ni ethnique ni religieux.
Mais pourquoi diable les citoyens ne se reconnaissent-ils pas dans cette Europe qui leur est vendue, et qui, quand ils la contestent, leur vaut d’être taxés d’eurosceptiques ?
Oui, car on en est arrivé à ce paradoxe : ceux qui mettent des dizaines de millions de personnes à la misère, la troïka bien connue de la BCE, de la commission européenne et du FMI, sont ceux qui définissent, selon leurs critères, les bons et les mauvais "Européens". Parmi les banalités qu’ils aiment nous servir, il y a sempiternellement cette "l’Europe c’est la paix !", slogan d’autant plus vide de sens qu’il s’adosse aux 200 000 morts en Bosnie, c’est donc la paix des cimetières, ou encore "l’Europe c’est la prospérité !", naturellement "grâce à l’euro" alors que les chômeurs sont si nombreux qu’ils constituent le vingt-neuvième état-membre de cette soi-disant union, sans
oublier "l’Europe c’est la justice !", en oubliant soigneusement que la justice sans la justice sociale, c'est comme une valise sans poignée.
Anecdote : cette semaine, les cinq candidats à la présidence de la Commission, Alexis Tsipras [ gauche radicale, le préféré de Pumpernickel qui votera par conséquent "Front de Gauche" ], Jean-Claude Juncker [ PPE, pote de Viktor Orbán, de la Fidesz-Union civique hongroise (Fidesz-MPSz), dictateur constitutionnel hongrois ; le fait de l’écrire me vaudrait la prison, là-bas ], le social-démocrate Martin Schulz [ sans commentaire tellement les socialistes allemands peuvent être fidèles à eux-mêmes ], Guy Verhofstadt [ qui a le charisme de Jean Lecanuet ] et Ska Keller [ sans commentaire tellement les écologistes allemands peuvent être décevants ] ont discuté lors d’un débat. Quel en a été le thème récurrent ? L’austérité, voilà, tout est dit, car bien entendu c’est la ceinture pour tout le monde et le jackpot pour quelques-autres.
Qui peut nier que la Grèce est le pays que les dirigeants européens ont choisi comme cobaye de l'austérité la plus dure, plongeant un peuple dans la sidération, conséquence de la thérapie de choc ? Et ce ne sont pas les quelques incantations de l’une ou des autres en faveur d’une lutte plus déterminée [ ? ] contre l'évasion et la fraude fiscales qui vont changer quoi que ce soit.
Mais, pour les gens ordinaires comme vous et moi, les maître-mots de leur Europe restent "perte de confiance", "immobilisme", "technocratie", "déficit démocratique", "contraintes", "égoïsme", "soumission à la finance", excusez du peu !

Ce débat aura au moins eu le mérite que l’on parle, enfin, de ces traités, négociés en secret, que l’on va signer dans et sur notre dos, en particulier ces insupportables Transatlantic Free Trade Area [ TAFTA ]ou encore Transatlantic Trade and Investment Partnership [ TTIP ] qui ont les faveurs de l’actuelle commission en général et de son président en particulier, [ voir ce blog à la page du 25 avril 2014 ].
Ce sera le transfert du pouvoir des États vers les multinationales, comme durant le milieu des années ’90 quand on a voulu nous imposer l’accord multilatéral sur l’investissement [ un AMI qui ne nous voulait pas de bien ! ].
Les griefs à l’encontre de ce "traité" sont nombreux :
– vie privée [ avec des règles favorisant les géants de l'internet, la protection contre l'utilisation abusive des données personnelles de millions d'Européens deviendra mission impossible ]
– sécurité alimentaire [ sujet sensible par excellence, les normes européennes, plus strictes que celles américaines (pesticides, additifs toxiques, OGM, hormones,…) pourront être condamnées comme barrière commerciales illégales ]
– multinationales vs États [ les pays signataires du Tafta assureront la mise en conformité de leurs lois, règlements et procédures avec les dispositions de ce traité ; sinon, ils seront poursuivis devant des tribunaux ad hoc (un panel de membres issu d'un club d'avocats privés et englués dans des conflits d'intérêts, affirment les opposants) créés pour arbitrer les litiges entre investisseurs et États. ]
– principe de précaution [ l'UE est acquise au principe de précaution, tandis que les États-Unis préfèrent les contentieux après dommage, mode de régulation lourd de conséquences pour la santé publique, la protection des consommateurs et l'environnement ]
– emploi et rémunérations [ les États-Unis n'ont pas signé certaines normes concernant les droits syndicaux. Le TTIP entraînera un affaiblissement de la situation des travailleurs de l'UE ]
– santé et retraite [ les médicaments seront sous brevet plus longtemps, la distribution des génériques bloquée, les services d'urgence privatisés, et les retraites par répartition démantelées ; les assurance privées attaqueront en justice l'assurance publique pour concurrence déloyale ]
– banque et finances [ cinq ans après la crise des subprimes, les négociateurs américains et européens veulent purement et simplement rayer le mot "régulation" ; le projet Tafta enterrera la taxe sur les transactions financières ]
– eau et énergie [ ces biens seront privatisés. Toute municipalité s'y opposant pourra être accusée d'entrave à la liberté de commerce ; le prix du gaz et du kW sera "libre" et la fracturation hydraulique deviendra un droit pour les sociétés voulant exploiter du gaz de schiste, qui pourront exiger des dommages et intérêts auprès des pays qui s'y opposent ]
– services publics [ le Tafta limitera le pouvoir des États de réglementer et d'offrir à tous des services publics tels que les services à la personne ou les transports ferroviaires ]
– enseignement [ les universités privées pourront attaquer en justice l'Éducation nationale pour concurrence déloyale, et ce de la maternelle au doctorat ; les sociétés privées pourront contester aux écoles toute subvention municipale, régionale ou nationale ]

En votant anti-libéraliste, on peut mettre un coup d’arrêt à cette entreprise.
En ne votant pas anti-libéraliste, on est sûr qu’aucun coup d’arrêt ne sera mis à cette entreprise.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article