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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Semaine 30 – 1987 ± 7 – manifestations du samedi

Samedi 11 octobre dernier, on avait le choix pour aller manifester.

Soit on habitait pas trop loin de Düsseldorf et on se joignait aux quelque 20 000 Kurdes, ou sympathisants de la cause kurde, qui ne peuvent pas se satisfaire de la situation actuelle infligée tant par les autorités d’Ankara que par une coalition hétéroclite qui, malgré ses moyens, peine à freiner des bandes de barbares déguisés en théologiens de pacotille. Mais Ankara, ça reste tout de même un problème. Comme on dit, l’Histoire ne se répète pas, elle se contente de bégayer. On peut si on veut se rappeler l’épisode tragique l’insurrection de Varsovie, réplique au sens tellurique de l’insurrection du Ghetto de Varsovie, quand les Russes observaient à la jumelle la destruction systématique de la capitale polonaise, trop contents de voir les Allemands en finir avec ces Polonais qu’ils n’ont jamais aimés. La vérité oblige à dire que l’AK [ Armia Krajowa ], la Résistance polonaise, a fourni une vingtaine de pistolets aux héros commandés par Mordechaï Anielewicz, sans doute parce qu’elle manquait d’armes, elle aussi…
Durant les deux mois d’août et septembre 1944 que dura le soulèvement, le bilan humain a été terrible, sans que cela émeuvent les responsables soviétiques qui restèrent l’arme au pied, assistant, passifs, à la mise à mort de près de 200 000 personnes, civiles et militaires [ dont 18 000 au sein de l’AK ].
C’est un peu la même chose qui se joue en ce moment autour de cette ville de Kobané, et même en pire, puisque les chaînes de télévision ont installé leurs trépieds sur les hauteurs qui la surplombent et nous servent les images lors de chaque journal télévisé.
Les Kurdes de la diaspora sont mobilisés et tentent de rappeler les termes de ce fameux traité de Sèvres d’août 1920 qui fut prestement remplacé par celui de Lausanne de juillet 1923, après la chute de l’empire ottoman et l’arrivée de Mustafa Kemal. C’est sans compter avec l’entêtement du régime turc, qui montre sur ce sujet une grande constance, qui ne supporte pas que des velléités autonomistes s’expriment au sein d’un Kurdistan où les affrontements ont fait des dizaines de milliers de victimes. Le traitement infligé à Abdullah Öcalan confiné dans l’île-prison d’Imrali, au milieu de la mer de Marmara, est une manifestation de cette psychorigidité qui nourrit l’esprit de vengeance et le ressentiment. Et ce ne sont pas les signes envoyés par-ci par-là par un pouvoir qui passe son temps à remettre la religion, ou l’idée qu’il s’en fait, au centre de la société qui vont y changer quoi que ce soit : il faut en finir avec cette question kurde qui empoisonne la vie de ceux qui ne rêvent que de femmes soumises et voilées, de société patriarcale et de sujétion à une lecture tronquée des textes sacrés.
Il y avait tout de même du monde à Düsseldorf, quelques dizaines de milliers de manifestants.

Soit on habitait Strasbourg et on pouvait se joindre aux quelques dizaines d’opposants, cent cinquante paraît-il, au traité TAFTA encore en cours de négociation. Mais c’est quoi ce truc ? Oui, c’est vrai, ni Christian Bach [ DNA ], ni Yolande Baldeweck [ L’Alsace ] ne vous auront expliqué ce que c’est : ils ont tant de paires de pompes à cirer qu’ils n’ont que deux mains et doivent se concentrer sur l’essentiel.
Les collectifs anti-Tafta regroupent Attac, la Confédération paysanne, la Ligue des droits de l'homme, Europe Écologie-Les Verts, le PC, le PRG, le NPA,… ce que l’on peut appeler les forces progressistes et humanistes. Il sont hostiles à ce "Trans-Atlantic free trade agreement", ce grand marché transatlantique UE-USA qui est synonyme de défaite des peuples. Ils interpellent les élus en leur adressant des courriers pour que les communes se déclarent "hors-Tafta". Des communes, des départements et des régions l’ont déjà fait.
Régions : Basse Normandie, Bretagne, Champagne-Ardenne , Franche-Comté , Ile de France, Limousin, Lorraine, Midi-Pyrénées, Nord-Pas de Calais, Pays de la Loire, Picardie, Poitou-Charentes, Provence-Alpes-Côtes d’Azur, Rhône-Alpe.
Départements : Hérault, Tarn, Seine saint Denis, Val-de-Marne.
Communes & Communauté de communes : Agassac, Allonnes, Aubenas, Audincourt, Aytré, Bagnères de Bigorre, Baratier, Barcillonette, Barjac, Barre des Cévennes, Bédarieux, Besançon, Briançon, Cenne-Monestié, Chateauroux les Alpes, Cherbourg, Clichy, Communauté de communes de Haute Provence, Coudekerque-Branche, Crampagna, Crevoux, Crolles, Dunkerque, Equeurdreville-Hainneville, Firminy, Florac, Fraisses, Gennevilliers, Gevrey-Chambertin, Grande Synthe, Grenoble, Guillestre, Habas, Ile Saint Denis, Kaysersberg, L’Argentière-la-Bessée, La Montagne, Laroque d’Olmes, Lavelanet, Le Sen, Leffrinckoucke, Les Assions, Lieuche, Limoux, Malarce sur la Thine, Martigues, Mireval-lauragais, Montataire, Montclus, Montreuil, Montreuil-Bellay, Navacelles, Niort, Niozelles, Orsay, Paris, Peyremale, Quetigny, Rezé, Rochegude, Saillans, Saint Denis, Saint Etienne de Fougères, Saint Etienne de Fougères, Saint Leger du Bourg Denis, Saint Martin de Clelles, Saint Nazaire les Eymes, Saint Pierre des Tripiers, Saint Rirand, Saint-Etienne-du-Rouvray, Saint-Martin-d’Hères, Saint-Martin-de-Queyrieres, Saint-Maurice-d’Ibie , Saint-Pierre-des-Corps, Saint-Victor-de-Malcap, Saran, Sautel, Savournon, Sevran, Seyne sur mer, Sougraigne, Tencin, Tharaux, Unieux, Viens, Villejuif, Villeneuve Saint Georges, Vivre en Cévennes.
Et la liste n’est pas close !
Négocié depuis le mois de juillet 2013, TAFTA, l'accord commercial trans-atlantique ou Trans-Atlantic Free Trade Agreement (aussi connu sous le nom de TTIP, Transatlantic Trade and Investment Partnership ou Partenariat Transatlantique de Commerce et d'Investissement) est un projet d'accord commercial entre l'Union européenne et les États-Unis. Il concerne des domaines aussi variés que l'accès aux médicaments, la sécurité alimentaire ou le règlement des différents privés-publics. Les négociations, menées par un petit groupe de fonctionnaires non élus, sont censées durer au moins jusqu'à fin 2014.
On y présente les normes sociales, sanitaires et environnementales comme des barrières commerciales et des obstacles à la croissance. On y prône le recours à des tribunaux d’arbitrage "indépendants" [ demandez conseil à Madame Ch. Lagarde, elle en connaît un rayon ] pour démêler la justice commerciale. Ces tribunaux d'exception pourraient décider, par exemple, qu'en interdisant l'exploitation des gaz de schiste, la France nuit aux intérêts des pétroliers et la condamner soit à dédommager, soit à permettre la pollution de nos nappes phréatiques pour le plus grand profit de quelques multinationales.
C’est contre cela qu’une mobilisation européenne a été organisée ce samedi 11 octobre avec des manifestations à Luxembourg, Berlin, Linz, Ljubljana, Londres, Madrid, Paris, Édimbourg, Hambourg, Helsinki et Strasbourg.

Si on avait un peu de temps à perdre, on pouvait aussi rejoindre le cortège des grognons de la droite alsacienne, emmenés par les présidents de ces structures de cooptation que sont les chambres consulaires et leur satellite, le conseil économique, social et environnemental, qui protestaient de leur identité localiste en sifflant la Marseillaise ou en éructant contre ces Lorrains, ces Champenois ou ces Ardennais pour qui il était hors de question de payer. À défaut de la fête de l’Autre, c’était vraiment la fête à l’autre, petite poussée éruptive d’égoïsme à la sauce flamande ou catalane, ces régions, riches et donc travailleuses, laborieuse, courageuses qui ne veulent pas entretenir ces fainéants, ces paresseux, ces profiteurs qu’ils méprisent. Fort heureusement, l’Alsace généreuse, intelligente et attentive aux autres n’était pas de ce rassemblement d’aigreur et de repli sur soi. Comme on n’est pas cruel, on ne demandera pas aux mères et aux pères de famille, en particulier à celles et ceux qui, sur la scène, postillonnaient leur haine et leur dépit quelles langues parlent leurs enfants, et surtout si c’est celle de leurs grands-parents.

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Hulot 16/10/2014 08:50

C'est vrai que quand on regarde Kobané, on peut voir Varsovie. C'est Giraudoux qui écrivait que "le privilège des Grands, c'est de contempler les catastrophes d'une terrasse". Nous sommes sur la terrasse, mais cela veut-il dire que nous soyons "grands"?
Parler des Kurdes, c'est bien sûr parler de l'Empire ottoman dont il est de bon ton, chez nous, de donner une image des plus flatteuses. D'autres peuples européens, qui connaissent le problème d'un peu plus près, ont une opinion plus... mitigée de leur ancien colonisateur et souverain.

C'est pourquoi je ne saurais trop recommander la lecture d'un livre d'Olivier Delorme (d'un pavé! plus de 2000 pages pour les trois volumes) que je suis en train d'achever intitulé "La Grèce et les Balkans" qui donne le premier panorama global de l'histoire de cette région, vue depuis la Grèce et l'hellénisme en général, et rappelle aussi l'abandon du traité de Sèvres sous le titre: Nettoyage ethnique et traité de Lausanne.
J'en reparlerai certainement.