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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Semaine 29 – 1994 ± 7 – 11 X 14 : combien ?

Samedi 11 octobre 2014, combien seront-ils ?

Celles et ceux d’entre nous qui ont un semblant de mémoire se rappelleront sans doute ce 22 novembre 1984, quand l’union sacrée était alsacienne et se faisait autour d’un synchrotron que le gouvernement, honni par la réaction locale, avait décidé d’installer à Grenoble alors qu’il l’avait promis à Strasbourg. C’était il y a trente ans, et tout le bestiaire politique se retrouvait, main dans la main, non seulement pour défiler contre cette Gauche dont elle n’a jamais reconnu la légitimité [ on se rappelle cette brillante saillie de Monsieur F Baroin qui ne craignait de dire tout haut ce que les autres ne murmuraient déjà plus, c’était le mardi 8 novembre 2011 à l’Assemblée Nationale : "– Est-ce du courage de mentir, de basculer dans la démagogie, de taire la vérité, de vous accrocher à des vieilles lunes socialistes qui vous ont certes conduit par effraction au pouvoir en 1997 ?", renchérissant même : "– Oui, par effraction !" ] pour manifester contre cette traîtrise, profitant de l’occasion pour refuser d’accueillir le président de la République qui dut se rabattre sur Mulhouse, accueilli par Monsieur J.Kliffa ! Comme le faisait remarquer le journal "L’Unité" dans son édition du 23 novembre 1984, sous le titre "Le prétexte alsacien", la droite a pu à l’époque bénéficier d’une puissante campagne de presse orchestrée par les Dernières Nouvelles d’Alsace. On peut se demander si les choses ont vraiment tant changé que cela si l’on se réfère à ce qui nous a été imposé il y a dix-huit mois, lorsque le président du conseil régional a tenté de faire introniser Prince-Électeur de Moder-&-Thur.
Il y eut à l’époque dix bons milliers de manifestants, emmenés par tout ce que comptait l’Alsace éternelle de restes du MRP ou des comités de défense de la République, groupes gaullistes particulièrement actifs dans cette province où chaque occasion est bonne de se montrer plus légaliste que les autres.

Quelques années plus tard, une autre cause rassemblait l’ensemble de la société, toutes tendances confondues, c’était l’affaire DHL. L’avionneur-coursier envisage de s’installer à Entzheim, mais ses projets de dix-sept vols de nuit provoquent une incroyable levée de boucliers. Tout le monde s’y met, et cette fois, c’est le monde politique et la société contre les acteurs de la vie économique, qui ne craignent de publier une lettre ouverte signée par 2 000 d’entre eux qui prétendent représenter 100 000 emplois.
Le samedi 14 septembre 1996, entre 12 000 et 15 000 manifestants [ alors qu’on en attendait entre 5 000 et 20 000, selon la presse ) défilent, silencieusement dans les rues de Strasbourg. C’est finalement la rue qui a obtenu gain de cause, les décideurs politiques, toutes tendances confondues, comprenant qu’ils avaient beaucoup plus à perdre qu’à gagner en laissant s’installer une entreprise qui prétendait créer ici jusqu’à 1 700 emplois pour gérer 34 rotations par nuit alors que ses installations danoises, à l’époque, se contentaient de 160 personnes pour gérer 28 rotations quotidiennes [ DNA du 13 septembre 1996 ].

On résume : 1984, dix mille manifestants, 1996, quinze mille manifestants.

Mais à l’époque, on ne mobilisait les transports ferroviaires pour attirer les gogos dans les rets des fondés de pouvoir des chambres consulaires contre un projet de regroupement régional sur fond de radicalisme autonomiste qui en dit long sur les dégâts engendrés par des décennies de frustration culturelle. Cette fois, ça va au-delà de tout entendement, et il suffit d’aller consulter le site des organisateurs de ce prurit protestataire pour se demander comment des gens sincères, généreux et désintéressés ont pu y apporter leur soutien. On pense en particulier à celles et ceux qui sont engagés depuis des décennies dans la sauvegarde du patrimoine linguistique, qui multiplient les campagnes en direction de publics les plus diversifiés pour redonner aux dialectes leurs lettres de noblesse et élargir leur audience. Mais que vont-ils donc faire avec ces chevaux de retour "Rot un Wiss" qui sont à cent lieux de leur activité patiente, continue et le plus souvent exemplaire. Au nom de quoi vont-ils aller grossir les rangs des supporters des présidents des chambres de commerce et d’industrie, d’agriculture et des métiers régionales ? En quoi ces trois personnages qui se sont déconsidérés en apportant un soutien de fait largement surjoué à l’initiative boulangienne de l’an dernier peuvent-ils revendiquer une quelconque légitimité à organiser la vie politique, eux qui ne rêvent que d’une chose, en finir, et au plus vite, avec le droit du travail et l’égalité de tous les citoyens au sein de la République.
On reste perplexe quand on lit qu’une association de troubadours "sera présente elle aussi ce samedi 11 octobre à 14h30, Place de Bordeaux à Strasbourg lors de la grande Manifestation pour une Alsace Unie". Et qu’elle nous invite à la retrouver "pour faire connaître [ notre ] attachement à la région Alsace", parce que "c’est maintenant qu’il faut le faire !" Et qu’elle en profitera "pour nous rencontrer et parler des chanteurs d’Alsace, des nouveaux CDs, des prochains, …", autrement dit, ce n’est plus une manifestation, c’est une sorte de foire à la culture, un forum de rencontres, la grande confusion des genres, si on s’en tient aux apparences.
Et en plus, même au risque de se faire retoquer par la préfecture qui va exercer – enfin – son rôle de contrôle de légalité, on vous fait une fleur en uniformisant les tarifs ferroviaires, € 5,00 pour tout le monde ! Comme le fait justement remarque le parti communiste français du Bas-Rhin, "faciliter l’accès à tous à la culture et aux vacances grâce à des billets TER à € 5,00 n’est même pas envisageable, mais le faire pour rameuter pour participer à une manif régionaliste aux relents identitaires, c’est possible !"

Tout ce désordre nous renvoie à ces fortes paroles que nous avons dû lire il y a six mois lorsqu’un candidat excipait de ses origines pour différencier son projet de celui des autres [ "Mon engagement personnel est différent de celui des autres candidats car je suis né ici. J’ai grandi à Wisssembourg. J’y ai toujours vécu. Je suis l’un d’entre vous. "Ich bin e weisseburcher"."] Rien en fait n’est plus détestable que d’en appeler au hasard [ chacun sait que le descendant est étranger à son lieu de naissance tout comme à la personnalité de ses parents ; en revanche, les ascendants ont la responsabilité des enfants qu’ils élèvent, dans tous les sens du terme ] pour s’approprier on ne sait quel héritage que l’on ne mérite que si on sait le développer en acceptant le regard des autres et leurs impressions. Samedi prochain, on se demande vraiment qui va se retrouver dans ce salmigondis singulariste qui va donner une fois de plus le visage d’une région autocentrée, soucieuse de conserver d’abord pour elle-même cette prospérité qu’elle doit d’abord aux autres. En tout cas, ce ne sera pas la fête de l’altérité.

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