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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Semaine 31 – 1980 ± 7 – "forum libé" mulhouse – 2

À l’évidence, l’idée du maire de Mulhouse de répondre aux sollicitations intéressées d’un journal qui n’est plus la pâle copie du quotidien fondé par Jean-Paul Sartre, et torpillé une première par Serge July, a des conséquences inattendues dont ses promoteurs se seraient sans doute passés.
Il y a cette question du financement de cette sorte de "political circus" sur fond de course à l’audience, quel que soit le moyen, en faisant appel à des "têtes d’affiche" susceptibles d’attirer le spectateur à qui on fera croire qu’il est maintenant un acteur de son avenir. Le problème de toute cette mise en scène, c’est que l’on oublie de préciser que de multiples annonceurs [ on dit maintenant "sponsors" voire "mécènes", parce que c’est plus valorisant que commanditaire ] attendent un substantiel retour sur investissement, et que seul un grand nombre d’entrée permettra de rémunérer les camelots germanopratins que l’on aura invités.
Quoi qu’il en soit, les citoyens que l’on aimerait tenir à l’écart de tout ce battage ont décidé de ne pas s’en laisser compter par un maire qui multiplie ces dernières semaines les initiatives d’affichage, qu’il s’agisse d’une pétition, d’un texte envoyé à toutes les mairies du coin ou d’une prise de parole lors d’une manifestation en faveur d’une région réduite à ses "frontières".
Prenant au mot ces élus adeptes de l’"Open governement partnership" [ voir note en fin d’article ], ils ont écrit aux organisateurs qu’ils forcent à la discussion :

À Monsieur P. Puledda, l'adjoint au maire de Mulhouse chargé de l'organisation du forum Libé.

Monsieur l'adjoint,

En confirmant votre grande disponibilité, vous m'avez rapidement proposé une rencontre en réponse à mon envoi d'un courriel daté du 16 octobre 2014. Je vous en remercie.
Vous m'avez rappelé que vous devez néanmoins tenir compte de votre participation à la prochaine réunion du conseil municipal de Mulhouse, programmée demain lundi, le 20 octobre 2014, à partir de 17h 30, au Parc Expo. Finalement, ce hasard de calendrier n'est pas un obstacle. Il peut permettre d'aplanir les difficultés qui pourraient résulter d'un manque de clarté de la situation. Le maire et tous les conseillers municipaux qui se sentent concernés vont sans doute aborder la question du financement du forum des 24 et 25 octobre. C'est en effet un point sur lequel les milieux associatifs mulhousiens s'interrogent beaucoup.
En répondant à un militant qui vous questionnait sur ce sujet, vous avez vous-même répondu en des termes insatisfaisants, en dénonçant les chiffres "complètement fantaisistes et sans rapport avec l'ordre de grandeur" publiés dans les colonnes du journal L'Alsace (entre 300 000 et 400 000 euros) ; les données connues concernant les précédents "forum Libé" vont pourtant bien dans ce sens… Certes, comme vous l'avez laissé entendre, les contributions qui seront apportées sous diverses formes par les différents partenaires de l'opération compliquent, aujourd'hui, l'évaluation.
Mais le maire peut, aujourd'hui, s'engager à payer sur ses deniers toutes les dépenses liées au forum Libé qui ne seront pas couvertes par les sponsors. Et ce - pourquoi pas ? -, sous le contrôle de l'association "Démocratie Ouverte", partenaire du forum Libé mulhousien ; mais sans oublier, surtout, le contrôle de la Chambre régionale des comptes. Voilà qui serait à la fois "hautement citoyen", budgétairement sain et politiquement rigoureux. Et qui permettrait aussi à moyen terme d'éviter l'erreur qui consisterait, comme vous l'avez dit en usant de propos un peu inquiétants, à "renoncer à d'autres manifestations" pour financer celle-ci. Les associations, déjà fortement déçues par le renoncement au "sommet de la ville", dont la préparation était déjà bien avancée, ne l'accepteraient pas.

C'est pourquoi, la clarification attendue des débats qui se dérouleront demain lundi 20 octobre au sein du conseil municipal de Mulhouse devrait aussi concerner les nombreuses propositions qui ont d'ores et déjà été faites par quelques associations. Elles sont de nature à dessiner les contours de ce que pourrait être un "forum off" ou/et - en étalant leur réalisation dans le temps et dans l'espace - un "forum bis". Là, c'est tout à fait compatible avec vos propos, lorsque vous affirmiez : "– Ce qui compte pour moi, c'est d'amorcer une démarche, et qu'on aille plus loin ensuite."

Je ne voudrais pas manquer demain cette entrée du conseil municipal de Mulhouse en "territoire hautement citoyen", pour reprendre le concept fondateur de "Démocratie Ouverte". C'est pourquoi je viendrai écouter les débats au Parc Expo et serai donc disponible pour vous rencontrer à la fin du conseil municipal.

Outre le plaisir de faire votre connaissance, ce pourrait être l'occasion, avec d'autres, de régler sans tarder quelques aspects pratiques : place réservée à une table de presse et ouvrages divers à la Filature lors du forum Libé, modalités de participation de Libé et des organisateurs du forum au débat sur le thème "La grève ? Encore ?" le 23 octobre au soir, veille du "forum officiel", etc.
Si un tel mini "conseil off", purement technique, lundi soir, vous pose quelque problème, une rencontre telle que nous l'envisagions dans nos récents échanges de courriels, est évidemment toujours possible : à savoir mardi matin, le 21 octobre, à 10h, dans les locaux de la mairie, 2 rue Curie.

Bien cordialement, B. Schaeffer

On attend évidemment la suite avec gourmandise et impatience.

Mais au fait, que va-t-il donc se dire durant ces deux jours ? Laissons aux organisateurs le soin de se décrire.
Laurent  Joffrin d’abord, lors de la conférence de presse destinée à annoncer l’événement : "– Pourquoi on fait ça ? Parce qu’on considère, à Libé, que l’organisation de ce type de forum est toujours une expérience précieuse et qu’un journal a aussi un rôle d’animateur civique à tenir, un rôle d’animateur démocratique…" À défaut de savoir écrire, voilà quelqu’un qui aime le "parler vrai"… selon l’Alsace.
D’ailleurs, toujours selon l’Alsace, son hôte n’est pas en reste. Et Jean Rottner [ un partenaire engagé et un maire qui envoie ! ndlr ] d’enchaîner en répliquant, à distance, à certaines des critiques venues de la gauche locale : "– J’en entends déjà, dire, ‘‘Ouais, vous allez encore faire un truc de Parisiens’’… Hé bien, non ! Oui, bien sûr, il y aura des grands noms au cours de ces deux jours, mais il s’agit surtout d’organiser un événement fort, autour de l’engagement citoyen et de la démocratie participative." À défaut de savoir écrire, voilà quelqu’un qui aime le "parler vrai"…

Et maintenant, le programme, avec rien que de l’inédit, du moderne, du dernier cri :
- Participation citoyenne : un défi à relever ensemble
- Favoriser l’innovation sociale et entrepreneuriale
- Handicap, maladies psychiques : réinventer la solidarité
- Démarche "zéro pesticide" : quelle place pour le citoyen ?
- Un conciliateur à Mulhouse ?
- Des associations qui donnent envie de s’engager
- Le citoyen, acteur dans son quartier
- Ensemble, préparons la journée citoyenne 2015
- De nouveaux dispositifs pour faciliter l’expression de tous
- Evaluons ensemble !
- La ville numérique et ses possibles
- Conseils citoyens : quel scénario à Mulhouse ?
- Mulhouse, une "ville amie des aînés"
- Ville et associations : un partenariat prometteur
- Vers une transparence budgétaire ?
- Comment mieux concerter sur des projets locaux ?

Cela n’est pas sans rappeler cet autre happening, organisé cette fois le Nouvel Obs et Terra Nova, en juin 2011, à Strasbourg, et complètement oublié. Là aussi, il y avait "les grands noms" de l’intelligence et de la réflexion, avec Rocard, Pécresse, Lang, Hirsch, Lepage, Kahn, Collomb, Fourest, Valls, Védrine, Joly, Duhamel, Baupin, Hollande, Montebourg, Moscovici, Jadot, Cespedes, Cavada, Weil, etc.. Il est toujours amusant de ne pas avoir intégralement perdu la mémoire ! Et le thème, c’était, tenez-vous bien : quelle idée pour la France ?
Sans vouloir être méchant, si l’on s’en tient aux résultats, ce n’est pas vraiment une excessive réussite.

Cette fois-ci, on sera plus modeste, sans doute par manque de moyens avec seulement une douzaine de "penseurs" dont la liste recoupe partiellement celle, pléthorique, d’il y a un peu plus de trois ans [ entre crochets figurent les légendes des photos de ces éminents personnages ] :
Chico Whitaker, Daniel Cohn-Bendit, Will Burns, Réda Didi, Florence Durand-Tornare , Henri Verdier, Marion Carrel [ sociologue ], Corinne Lepage [ au Forum de Toulouse Midi-Pyrénées ], Sandrine Bélier, Alain Finkielkraut [ philosophe, posant dans son appartement à Paris, le 12 octobre 2007 ], Christiane Taubira, L'écrivain Alexandre Jardin [ posant lors de l'enregistrement de l'émission présentée par Michel Field ]. Chacun peut aller chercher lui-même des renseignements complémentaires biographiques concernant ces indvidus.

On peut être maintenant sûr qu’il ne sortira rien de tout ce charivari cacophonique, sauf que l’on aura dépensé beaucoup d’argent pour pas grand-chose, et que le maire de Mulhouse aura cru en être, quelques instants du moins.

Monsieur L. Joffrin se fend d’un présentation sur le site du journal qu’il précipite dans l’abîme avec une constance et opiniâtreté qui forcent l’admiration :
"La politique va mal. Quels que soient les mérites des élus de tous bords, le fossé s’élargit d’année en année entre classe politique et ses mandants. Travaillée par les extrêmes, minée par l’abstention, souvent paralysée par les intérêts particuliers, la démocratie souffre d’un mal endémique où les citoyens se sentent, à tort ou à raison, dépossédés du pouvoir par une oligarchie indistincte et lointaine. Dans ce monde de l’autonomie proclamée, les individus isolés ont le sentiment de perdre toute prise sur leur devenir collectif. À cette maladie de langueur et de découragement, il n’est qu’un remède, la réinvention de la souveraineté populaire, qui s’exprime par trois impératifs : la transparence, la coopération la participation.
Voici quelques mois, la France a rejoint l'"Open governement partnership", une initiative multilatérale qui engage une soixantaine de gouvernements à rénover la démocratie pour la rétablir. Libération et la ville de Mulhouse ont décidé de prendre leur part dans ce mouvement de rénovation. C’est le sens du forum que nous organisons les 24 et 25 octobre prochains à Mulhouse, sous l’égide du maire de la ville, Jean Rottner, de manière à tisser de nouveaux liens entre les élus et les citoyens. Deux journées de débats et d’ateliers seront consacrées à la discussion de nouvelles formes de participation civique.
"

Au fait, c’est quoi l’"Open governement partnership" ou, en français, le "Partenariat pour un gouvernement transparent" ?

C’est un organisme international visant à promouvoir un gouvernement ouvert, par une augmentation de la participation civique, la lutte contre la corruption et la mise en œuvre des nouvelles technologies afin d'offrir un service plus efficace et plus responsable. Cette initiative a été lancée le 20 septembre 2011 lors d'une réunion des huit pays fondateurs : Brésil, Indonésie, Mexique, Norvège, Philippines, Afrique du Sud, Royaume-Uni et États-Unis d'Amérique. En tant que secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton a joué un rôle clé dans la mise en place de cet organisme, dont la philosophie s'inspire de la "Open Government Initiative" lancée par Obama en 2009.
L'objectif est de fournir une plateforme internationale qui encourage les pays membres à réformer leur gouvernement afin de le rendre plus ouvert et plus responsable en s'appuyant sur les principes énoncés dans la Déclaration des droits de l'homme et la Convention des Nations unies contre la corruption.

Il s’agit entre autres de mettre en vigueur de très hauts standards d'intégrité professionnelle dans l'ensemble des administrations. Un gouvernement responsable implique des standards éthiques élevés, ainsi que des codes de conduite pour les fonctionnaires. Les membres s'engagent à mettre en place des politiques anti-corruption extrêmement robustes, accompagnées de mécanismes et de pratiques favorisant la transparence dans la gestion des finances publiques et les achats du gouvernement. Ils s'engagent à établir ou à maintenir un cadre légal de publication des revenus et des avoirs des hauts fonctionnaires. Ils protègeront aussi les personnes dénonçant des irrégularités. Ils renforceront les moyens de dissuasion contre toute forme de corruption, tant dans le secteur public que privé et échangeront leur savoir-faire en la matière

Voici la liste des pays qui appartiennent à cette internationale de la probité morale :
Afrique du Sud, Albanie, Argentine, Arménie, Australie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Brésil, Bulgarie, Canada, Chili, Colombie, Corée du Sud, Costa Rica, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Etats-Unis d'Amérique, Finlande, France, Géorgie, Ghana, Grèce, Guatemala, Honduras, Hongrie, Indonésie, Irlande, Israël, Italie, Jordanie, Kenya, Lettonie, Liberia, Lituanie, Macédoine, Malawi, Malte, Mexique, Moldavie, Mongolie, Monténégro, Norvège, Norvège, Nouvelle-Zélande, Panama, Paraguay, Pays-Bas, Pérou, Philippines, République Dominicaine, République Slovaque, République Tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Salvador, Serbie, Sierra-Leone, Suède, Tanzanie, Trinidad et Tobago, Tunisie, Turquie, Ukraine, Uruguay.

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