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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

103ème semaine – 1477 ± 7 – "loi travail" – n° 77 en téléchargement

Loi travail : "Cette réforme est nécessaire, elle n’a rien d’extrême et n’est pas expérimentale" selon Monsieur  A.  Landier, professeur à la "Toulouse School of Economics", dont le nom figure sur la liste des prestigieux personnages qui veulent nous en mettre plein la vue en étalant leurs titres pour nous faire prendre les vessies de leur prétention pour les lanternes de la modernité néo-libéraliste [voir texte et liste en fin d'article]. Ils ont choisi les pages du quotidien vespéral des marchés pour s’exprimer, voulant ainsi sans doute manifester une objectivité que personne ne saurait leur contester. Ben voyons…  !

Le collectif composé d’une trentaine d’économistes, parmi lesquels figure le Nobel d’économie Monsieur  J.  Tirole, défend le projet de réforme de la ministre du Travail, Madame  M.  El  Khomri, accusé par certains de consacrer la précarité au travail. Pour eux, ce serait exactement le contraire. "L’objet même de cette loi est de libérer toute une partie de la population qui est aujourd’hui prisonnière de la précarité c’est-à-dire d’une succession de CDD qui n’aboutissent pas à un CDI parce que l’employeur a peur pour la pérennité de l’emploi, de l’activité qu’il veut créer", a expliqué Monsieur  A.  Landier.

Quand le ministre de l’Économie disait que la vie des entrepreneurs était moins drôle que celle des salariés, on commence à comprendre de quoi il parlait.

"Beaucoup d’employeurs préfèrent embaucher des gens en CDD plutôt qu’en CDI parce qu’ils savent très bien que le CDI, en cas de changement de stratégie de l’entreprise, les expose à un risque énorme auprès des prud’hommes. C’est-à-dire qu’on ne peut pas licencier facilement en cas de pépin", a expliqué Monsieur le professeur, qui a tendance à nous prendre pour des êtres mineurs qui manquent singulièrement de raison.
Pratiquant l’humour au troisième degré, cet éminent spécialiste a tenu à souligner que "les signataires de ce texte ne sont pas du tout partisans". Selon lui, "c’est important que les économistes montrent que ce texte n’est pas idéologique et qu’il répond à une sorte de consensus. On s’aperçoit que le travail de pédagogie n’est pas passé."

Pour que nous comprenions mieux de quoi on parle, il a tenu à imager son propos de manière légère et respectueuse. Il s’est en effet interrogé sur la situation actuelle, la comparant à celle d’un pays où le divorce serait difficile, voire impossible. Et c’est là qu’il faut être bien attentif  !
"–  Et que deviendrait le marché du mariage dans ce cas  ? Il est probable qu’il s’effondrerait  !"
Ainsi, ce monsieur considère le mariage comme un marché qu’il convient d’alimenter et de libérer pour qu’il ne s’effondre pas afin sans doute que les affaires des entrepreneurs de mariage puissent continuer à prospérer. On ignore si ce personnage qui considère que l’amour que l’on officialise devant les autorités civiles ou religieuses est une marchandise est lui-même marié. Si c’est le cas, on envie bien naturellement la place qu’occupe celui ou celle qui partage sa vie, et qu’il considère comme une marchandise. Cotée à l’argus  ?

Ne voulant pas en rester là, il a poursuivi sur sa lancée, très en verve, le lascar.
L’un des problèmes, selon lui, vient du fait que les titulaires de CDI sont trop nombreux, formant une caste de salariés protégés qui sont autant de freins à la liberté de ces pauvres entrepreneurs qui redoutent de les licencier. Il serait temps, toujours selon lui, que tous ces privilégiés comprennent, enfin, qu’ils doivent faire l’impasse sur ces avantages qu’ils tiennent d’un autre âge, celui où l’on considérait que, du fait d’un rapport de sujétion avec l’employeur, l’employé devait bénéficier de droits garantis par la puissance publique. Donc, que cessent tous ces corporatismes à l’égoïsme outrancier et que l'on se mette au plus tôt au diapason de "la novéconomie" [comme la "novlangue" d’Oceania, d’Orwell dans "1984"] naturellement dépourvue d’idéologie prônée par tout ce bestiaire de docteurs Folamour [qui ne jurent que par la mise en concurrence de chacun avec son ombre, le travail dont les uns bénéficient ne leur étant donné qu'au détriment des autres qui en sont privés] et que l’on puisse enfin profiter en rond sans s’embarrasser de tout ce fatras de lois et de règlements, pour le plus grand bonheur de ce  1% qui possède davantage que les  99% restants.

A-t-on le droit d’être épouvanté par de telles déclarations proférées sans vergogne par un donneur de leçon dont le bilan l’autoriserait à commencer par se taire  ? Que penser de lui et de cette cohorte de cooptés qui s’autorisent à la ramener pour servir la soupe à un gouvernement démonétisé, intégralement dépassé par la situation, à la ramasse sur tous les fronts, dont chacune des initiatives amplifie sa descente et précipite sa chute  ? Que savent-ils de la situation de ces ouvriers que l’on contraint alternativement aux heures supplémentaires à rallonge un jour et au chômage forcé le lendemain  ? Ont-ils une idée de la vie de celles et ceux qui ne peuvent plus se projeter au-delà de six mois du fait de la précarité quotidienne  ? Envisagent-ils une seconde l’existence des travailleurs pauvres contraints à la soupe populaire ou au vestiaire de la Croix-Rouge  ? Imaginent-ils le quotidien de ces millions de nos concitoyens contraints de "vivre" avec les quelques centaines d'euros des minima sociaux ? Sommes-nous pour eux autre chose qu'un stock ou une portion de statistique, dépourvus de sensibilité comme ils le sont eux-mêmes  ? En fait, qu'avons-nous de commun avec eux  ?

Ces questions et bien d'autres encore sont incontestablement à l'origine du succès de cette pétition dont le succès les effraie parce qu'ils n'imaginent pas que nous ayons encore quelque ressource pour leur résister. À l'instar de leur maîtresse dominatrice, Madame  M.  Thatcher, ils en sont encore à penser qu'il faut nous infliger "un traitement de choc" pour nous plonger dans la sidération qui leur donnera le temps d'enfoncer le clou et de rendre leurs mauvaises recettes irréversibles. Mais la riposte dépasse sans doute ce qu'ils avaient échaufaudé, contraignant leurs domestiques à revoir leur copie, à la marge naturellement, tout en faisant passer quelques mesurettes pour d'importants compromis.

Parmi les éléments proposés dans le projet actuel
☞  En cas de licenciement illégal, l’indemnité prud’homale est plafonnée à 15 mois de salaire.
☞  Les 11 heures de repos obligatoire par tranche de 24 heures peuvent être fractionnées.
☞  Une entreprise peut, par accord, baisser les salaires et changer le temps de travail
☞  Les temps d’astreinte peuvent être décomptés des temps de repos
☞  Le dispositif « forfaits-jours », qui permet de ne pas décompter les heures de travail, est étendu
☞ Les apprentis mineurs pourront travailler 10 heures par jour et 40 heures par semaine
☞  Le plancher de 24 heures hebdomadaires pour un contrat à temps partiel n’est plus la règle dans la loi (confirmation d'une loi antérieure).
☞  Il suffit d’un accord d’entreprise pour que les heures supplémentaires soient 5 fois moins majorées.
☞  Une mesure peut-être imposée par référendum contre l’avis de 70% des syndicats.
☞  Une entreprise peut faire un plan social sans avoir de difficultés économiques.
☞  Après un accord d'entreprise, un-e salarié-e qui refuse un changement dans son contrat de travail peut être licencié.
☞  Par simple accord on peut passer de 10h à 12h de travail maximum par jour.

Et maintenant Pumpernickel numéro 77 en téléchargement.
VJean-calude Meyer, animateur de "la Feuille de Chou", traîné en justice par un fonctionnaire municipal qui n'accepte pas que l'on ait un avis sur ses manières, et surtout que l'on en fasse part à des lecteurs. Une conférence de presse était organisée jeudi dernier à Strasbourg, où se sont retrouvés quelques-uns des membres du comité de soutien ainsi que des représentants d'organisations politiques, syndicales et philanthropiques Nouvelles d'Alsace étaient représentées, en plus naturellement de la coordination nationale permanente des media libres ; alterpresse68 et Pumpernickel étaient naturellement à leur place. L'accent a été mis sur la liberté d'expression et la situation qui est imposée aux Roms, contraints d'être "logés" dans des structures excentrées, aux marches de la ville. Rendez-vous a été pris pour le 5 avril, au palais de justice pour soutenir notre camarade et ami dans l'adversité.
Parallèlement, il a été décidé d'un échange d'articles dans les prochaines publications. Ains. Pumpernickel réservera-t-il une page à ses amis pour traiter dun fait à portée régionale.

Texte de la "tribune" et liste des courageux signataires

Le chômage, désormais au plus haut niveau depuis l’après-guerre, ne frappe pas tout le monde de la même manière. Il se concentre sur les jeunes et les moins qualifiés. Un chômeur sur quatre a moins de 25 ans, un sur trois n’a aucun diplôme et 80 % n’ont pas dépassé le bac. Ces publics sont les grands perdants d’un marché du travail qui exclut les plus fragiles ou les relègue dans des emplois précaires, tant les entreprises craignent d’embaucher en CDI. Ces inégalités sont insupportables. En réduisant l’incertitude qui entoure le CDI, le projet de loi El Khomri est de nature à changer la donne : c’est avant tout à ces publics défavorisés qu’elle va donner accès à un emploi durable. Une réforme d’ampleur est nécessaire.
Le code du travail ne donne aujourd’hui aucune définition précise des difficultés économiques justifiant un licenciement, et n’encadre pas non plus le montant des indemnités en cas de licenciement non fondé. Il est devenu une source d’insécurité pour l’entreprise comme pour le salarié, car il laisse au juge un champ d’appréciation qui va bien au-delà de ses compétences juridiques. Aujourd’hui, ni le salarié ni l’employeur ne sont capables de savoir si les difficultés économiques seront considérées comme suffisantes par le juge pour justifier un licenciement. Ils sont également incapables de prévoir précisément le coût des fins de CDI, tant le montant des indemnités octroyées par les prud’hommes relève d’une logique difficilement prévisible. Un salarié dont l’ancienneté est comprise entre deux et cinq ans peut se voir proposer entre un et dix mois de salaire aux prud’hommes si son licenciement est considéré comme non fondé. Cette incertitude est lourde de conséquences pour les salariés autant que pour les entreprises, notamment les plus petites, souvent incapables d’affronter de longues périodes de contentieux juridiques en s’offrant les services de cabinets d’avocats spécialisés.
Par crainte d’embaucher en CDI, les entreprises ont massivement recours au CDD, bien au-delà des cas prévus par la loi. Les CDD représentent 90 % des embauches. Les jeunes et les moins qualifiés ne connaissent pratiquement que ce type de contrat, parfois durant de nombreuses années. Or, outre la précarité, les CDD proposent moins de formation professionnelle, offrent des salaires plus faibles, et pénalisent l’accès au crédit et au logement.
L'exemple espagnol
Un barème plus précis des indemnités octroyées par les prud’hommes et une définition objective des situations pouvant justifier un licenciement sont de nature à inverser ces tendances. C’est ce que propose le projet de loi El Khomri. L’exemple de l’Espagne devrait faire réfléchir ses détracteurs. Ayant adopté une loi similaire en 2012, ce pays a connu un surcroît de 300 000 embauches en CDI dès l’année suivante. Ces embauches sont surtout le fait de PME pour lesquelles la crainte du conflit prud’homal pèse le plus sur les décisions d’embauche. Ces embauches en CDI ont bénéficié en priorité aux personnes abonnées au CDD, ce qui a permis de réduire les pertes d’emploi.
Pour que la réforme du licenciement devienne un pilier d’un « Jobs Act » à la française permettant d’en finir avec le chômage de masse, il y aurait urgence à la compléter dans plusieurs directions. L’une concerne la formation professionnelle : elle doit être profondément refondée pour devenir opérationnelle, en particulier en instaurant un système individualisé qui laisse l’employé ou le chômeur choisir son prestataire de services de formation. Cela suppose la mise en place d’un système d’évaluation des formations transparent et indépendant. Une autre serait d’améliorer les garanties de revenus pour les chômeurs en formation et la recherche d’un nouvel emploi.
Enfin, il faudrait renforcer les avantages des contrats longs, notamment à travers un système de bonus-malus des cotisations à l’assurance chômage incitant les entreprises à privilégier de telles embauches. En attendant ces réformes indispensables, le projet de loi El Khomri représente néanmoins une avancée pour les plus fragiles. En réduisant fortement l’incertitude attachée à la rupture des contrats de travail, il incite les entreprises à revenir vers des embauches en CDI. C’est un moyen de lutter efficacement contre les inégalités et la précarité.

Collège de France  : Philippe Aghion
CNRS  : Elie Cohen, Marie Claire Villeval, André Zylberberg
Ecole polytechnique  : Pierre Cahuc, Francis Kramarz
Edhec  : Arnaud Chéron
Essec  : Radu Vranceanu
EHESS  : Alain Trannoy
Ensae  : Robert Gary-Bobo
ENS Cachan  : Hubert Kempf
London Business School  : Richard Portes, Hélène Rey
New York University : Thomas Philippon
Paris School of Economics  : Agnès Bénassy-Quéré, François Bourguignon, Antoine d’Autume, François Fontaine, Pierre-Yves Geoffard, Jean-Olivier Hairault, Katheline Schubert, Claudia Senik
Peterson Institute for International Economics  : Olivier Blanchard
Sciences Po  : Etienne Wasmer, Stéphane Carcillo, Yann Algan
Toulouse School of Economics  : Augustin Landier, Jean Tirole [Prix Nobel d’économie  2014]
UC Berkeley  : Pierre-Olivier Gourinchas
Université du Mans  : François Langot
Université Paris-II  : Marc Ferracci
Université Paris-Est Marne-La Vallée  : Yannick L’Horty

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