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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

anniversaires

L'appel du 22 mars 1871 énonce que les membres de l'assemblée municipale de la Commune de Paris, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l'opinion, sont révocables, comptables et responsables et leur mandat est impératif.

C'est le 22 mars 1958 qu'Aimé Césaire, dont nous commémorons le centenaire de la naissance, et qui sera au centre de la fête de Pumpernickel le 8 septembre prochain, a fondé le Parti progressiste martiniquais.

Le 22 mars 1968, les enragés, au nombre de 142, investissent la salle du conseil de la faculté de Nanterre. Commémorent-ils à leur manière l'occupation, le  21 mars 1967, du bâtiment des filles de la cité universitaire d'Antony, occupation reconduite en février 1968 ? Peu importe, ce sera le déclencheur du grand mouvement qui trouve ses origines dans les blocages d'une société qui ne comprend rien à ce qui se passe : doublement du nombre des étudiants entre 1961 et 1968, concurrence de groupes comme les situationnistes à Strasbourg qui s'emparent de l'AFGES en 1966 et publient leurs thèses dans une brochure restée fameuse signée de Mustapha Khayati "de la misère en milieu étudiant…", lutte de pouvoir des groupuscules de gauche et d'extrême-gauche et émiettement politique, autant d'éléments dont seule la conjonction permettra au mouvement social de déboucher sur une gigantesque grève générale qui sera canalisée par la CGT, soucieuse de ne pas se laisser déborder sur gauche.
Naturellement, il n'est pas possible de comprendre quoi que ce soit à ce que la réaction a qualifié d'événements, comme elle l'a fait pour parler de la guerre en Algérie [ contre laquelle l'UNEF était très engagée ] si on ne se rappelle pas le contexte de la guerre du Vietnam [ à l'époque, on ne parlait que d'offensives, de B-52, de tapis de bombes, de napalm ou d'agent orange ], du ressentiment anti nord-américain, d'interminables discussions théoriques sur un avenir incertain mais joyeux ou sur le conservatisme social. La relecture qui en a été imposée par celles et surtout ceux qui se sont ensuite convertis au "libéral-libertarisme" a intégralement brouillé l'Événement qu'aura été la prise de conscience du rôle de l'individu, à ne pas confondre avec l'individualisme. Il s'est naturellement trouvé quelque "penseur" absorbé par le système dominant pour ricaner, du haut de son insignifiance du formidable espoir que ceux qui étaient encore des prolétaires avaient placé dans un grand mouvement d'émancipation.
Il n’est pas étonnant que cela soit resté dans la gorge de ceux qui ne comprennent que la loi de l’argent, de la cupidité et de l’exploitation. Ainsi les entend-on, hautains et méprisants, moquer ces illuminés qu’ils n comprendront jamais qui veulent simplement mettre en œuvre la solidarité, le respect et la dignité, un triptyque qui leur est inconnu, eux qui ne connaissent que l’égoïsme, le cynisme et la veulerie.

Après tout, ces trois anniversaires méritaient bien d’être rassemblés, hommage à la Commune, ce fantastique épisode de quelques semaines durant lequel on a inventé la gratuité scolaire, les écoles professionnelles, les bourses pour les enfants du Peuple. N’oublions pas que les écoles que la Commune voulait instaurer était faites pour "apprendre à l’enfant à respecter et à aimer les autres, lui inspirer le goût et le souci de la justice, lui faire comprendre qu’il doit s’instruire non pas seulement pour lui-même et son propre avenir mais dans l’intérêt de la collectivité".
Ah, on comprend mieux pourquoi il fallait extirper du tissu social tous ces germes mauvais qui en bousculaient l’équilibre au service des puissants et des exploiteurs.
Pour parler de ces bandits, il suffit de rappeler ce qu’en disait le vice-gouverneur de la Banque de France après qu’il eut reçu leurs représentants venant demander qu’on leur remette l’argent pour payer les "moblos". "Il est amusant de voir ces enfants de la Commune mendier ce qu’ils n’avaient qu’à saisir !" a écrit cet homme qui mérite bien la damnatio memoria.
Note : contrairement à son appellation, la Banque de France n’était pas un établissement d’État. Elle conservait néanmoins dans ses coffres les liquidités qui lui étaient confiées, dont une bonne vingtaine de millions de francs venant de la municipalité parisienne, et qui appartenaient par conséquent à la Commune. Mais, cela, les Communeux, ou Communards, l’ignoraient. Et Monsieur le vice-gouverneur de la Banque de France s’est bien abstenu de le leur dire. Il raconte même l’effroi de ces pauvres gens devant ces amoncellements de billets et de pièces, ces gens à qui on avait appris la probité, et qui n’osèrent pas se servir dans ce qui était à eux ! Il les a donc "autorisés" à prendre neuf millions de francs, en leur faisant signer des reçus portant la mention "argent réquisitionné". Dans le même temps, le même personnage donnait 258 millions aux Versaillais, responsables de la défaite, de la capitulation, de la misère et de l’humiliation, ce qui a permis de dire que la Banque de France, la Bourse et la Caisse des Dépôts et Consignations ont été des enclaves versaillaises dans le Paris de la Commune.
Il est probable que c’est par manque de temps qu’aucun de nos professeurs d’histoire n’aura trouvé cinq minutes lorsque nous étions à l’école, mes camarades et moi, et que nous avons vécu le centenaire de la commémoration de la Commune, pour nous parler de heures ignominieuses de l’histoire de notre pays.
Merci à Henri Guillemin de toutes ces précisions découvertes avec effarement.

Quant à Aimé Césaire, on laissera aux artistes et aux spécialistes le soin d’en parler et de le mettre en musique.

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Régis Hulot 23/03/2013 09:37


Peut-on rappeler, au sujet d'Henri Guillemin, qu'il fut l'un de ces grands esprits qui sortirent de le rue d'Ulm tout au long du XXème siècle, et dont le destin était d'abord d'enseigner dans de
très ordinaires lycées, même de province. Un certain nombre d'entre eux firent ensuite des carrières universitaires, journalistiques, littéraires ou autres. Certains continuèrent, modestement
mais avec quel éclat, à enseigner qui la littérature, qui la philosophie, qui les mathématiques, à ceux qui leur étaient confiés.


Henri Guillemin, qui était vraiment un "fils du peuple" - qualificatif attribué à un autre personnage qui n'était pas du même style, fut aussi un homme engagé, puisqu'il fut secrétaire de Marc
Sangnier, créateur du Sillon.


Quant aux autres, les "petits marquis" qui font leur notoriété en flattant les puissants, oublions-les vite. D'ailleurs, il y a si longtemps que, même parfois venus du même ruisseau que ceux
qu'ils affectent de mépriser, ils nous ont oubliés. Jacques Dutronc chantait jadis une petite chansons où il reprenait en boucle un "qui se soucie de nous, pas vous" et se terminait par "qui se
soucie de vous, pas moi". Tout était dit.