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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

camp de représailles de Weiler

Au départ, cet article des DNA édition de Wissembourg du mercredi 10 novembre 2010 annonçant l’inauguration de la nécropole restaurée de Weiler ne soulevait aucun commentaire. À y regarder un peu plus près, il n’est sans doute pas inutile d’apporter quelques rectificatifs à certaines formulations.

Les soldats français n’ont pas été “ recrutés ” au Sénégal, au Maroc et en Algérie. Ils ont été mobilisés dans les “ troupes coloniales ”, comme “ combattants des colonies ”, dans le cadre de campagnes que l’on pourrait assimiler à des “ razzias ” quand on regroupait les hommes des villages et qu’on leur expliquait sommairement qu’il était bon pour eux de suivre les “ sergents recruteurs ”. Une fois sur le front, ces troupes ont été engagées dans des secteurs où elles ont dû accomplir des tâches dites de “ nettoyage de tranchées ” qui leur ont donné une réputation qui les rendait particulièrement redoutées des leurs adversaires.

[ Sous les ordres de Mangin, elles ont été engagées en particulier au Chemin des Dames, lors de la désastreuse et idiote offensive dite Nivelles, qui, commencée le 16 avril 1917 à 6h00 était perdue le 16 avril 1917 à 7h00. Ce qui n’empêchait pas ce général de grommeler, alors que des dizaines de milliers de jeunes se faisaient massacrer (40 000 soldats français sont tués !), “ – Attaquons, attaquons, attaquons … comme la lune ! ”. ]

Une fois prisonniers, ces soldats ont dû, à l’instar de leurs infortunés camarades de combat vingt ans plus tard, ils ont été victimes d’une discrimination qui discrédite définitivement leurs geôliers. Quant aux Russes, l’animosité que leur vouaient les Allemands n’est plus à commenter, eux qui, une bonne vingtaine d’années plus tard, ont donné toute la mesure de leur imagination.

Alors que la guerre faisait rage, chacun des belligérants était tenu d’appliquer la convention de La Haye du 18 octobre 1907 dont quelques articles méritent d’être rappelés :

Article 4.
Les prisonniers de guerre sont au pouvoir du Gouvernement ennemi, mais non des individus ou des corps qui les ont capturés.
Ils doivent être traités avec humanité.
Tout ce qui leur appartient personnellement, excepté les armes, les chevaux et les papiers militaires, reste leur propriété.
Article 5.
Les prisonniers de guerre peuvent être assujettis à l'internement dans une ville, forteresse, camp ou localité quelconque, avec obligation de ne pas s'en éloigner au delà de certaines limites déterminées; mais ils ne peuvent être enfermés que par mesure de sûreté indispensable, et seulement pendant la durée des circonstances qui nécessitent cette mesure.
Article 6.
L'Etat peut employer, comme travailleurs, les prisonniers de guerre, selon leur grade et leurs aptitudes, à l'exception des officiers. Ces travaux ne seront pas excessifs et n'auront aucun rapport avec les opérations de la guerre.
Les prisonniers peuvent être autorisés à travailler pour le compte d'administrations publiques ou de particuliers, ou pour leur propre compte.
Les travaux faits pour l'Etat sont payés d'après les tarifs en vigueur pour les militaires de l'armée nationale exécutant les mêmes travaux, ou, s'il n'en existe pas, d'après un tarif en rapport avec les travaux exécutés.
Lorsque les travaux ont lieu pour le compte d'autres administrations publiques ou pour des particuliers, les conditions en sont réglées d'accord avec l'autorité militaire.
Le salaire des prisonniers contribuera à adoucir leur position, et le surplus leur sera compté au moment de leur libération, sauf défalcation des frais d'entretien.
Article 7.
Le Gouvernement au pouvoir duquel se trouvent les prisonniers de guerre est chargé de leur entretien.
A défaut d'une entente spéciale entre les belligérants, les prisonniers de guerre seront traités pour la nourriture, le couchage et l'habillement, sur le même pied que les troupes du Gouvernement qui les aura capturés.

Ecrire dans ce contexte, que les prisonniers travaillaient dans les mines de la Sarre est à la fois vrai et incomplet, surtout si l’on ajoute que qualifiés d’insuffisamment productifs, ils étaient transférés à Weiler, qui serait alors une sorte de mouroir. En fait, des prisonniers de guerre ont bien été employés par les Allemands pour travailler dans les mines, de sel et de charbon. Ce type de traitement concernait surtout ceux ou bien pour lesquels on n’avait que peu de respect, Russes et troupes coloniales, ou bien les fortes têtes, prisonniers qui avaient tenté de s’évader [ l’évasion restant le premiers des objectifs de tout prisonnier de guerre qui se respecte ]. Les camps comme ceux de Weiler peuvent alors être assimilés à des espaces de représailles et de punition où les rations alimentaires sont réduites en dessous du minimum vital, les pauvres victimes de ces mauvais traitements, en contradiction avec les termes de la convention de la Haye, ne devant leur survie qu’au bon vouloir des populations locales qui venaient louer leurs services à l’administration du camp. Les registres portent ainsi les noms de ces Wissembourgeois qui utilisaient cette main-d’œuvre particulière. Parmi eux figure celui du rabbin de Wissembourg.

On est alors bien loin de la mythologie déployée dans le film “ La grande Illusion ” où dominent les sentiments chevaleresques et le respect des personnes. La vie était bien différente à 100 km au nord du château du Haut-Koenigsbourg où a été tourné ce chef-d’œuvre !

C’est bien à un espace de désolation et de honte que l’on rend hommage, et surtout et avant tout à ses pauvres victimes, réduites à la misère et au dénuement. On se prend à regretter l'absence de Monsieur le consul de la République fédérale d'Allemagne. Le travail du Souvenir français, honoré seulement 92 ans après la fin des hostilités, n’en est que plus respectable et plus émouvant.

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