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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

cartes de fidélité vs monnaie locale – suite

Que faut-il penser du télescopage des cartes de fidélité prochainement en vigueur à Wissembourg ? Deux associations de commerçants, deux présidents, deux bureaux, deux équipes de "manajeurs", deux "zekspairs" en "nymphormatique", deux centres de décision ici pour les uns et là pour les autres, deux histoires, deux "échelons pertinents", on se croirait à Hong-Kong, "un pays, deux systèmes" ! Dans l’un et l’autre cas, on s’abrite derrière les rapports des études inévitablement d’impact concluant à la nécessité de s’organiser, si possible de façon coordonnée, pour "faire face à l’évasion commerciale et à la concurrence de Strasbourg et de l’Internet". Si les uns sont discrets sur leurs sources, les autres revendiquent le travail d’une décennie durant laquelle ils se sont battus pour conserver un pactole estimé à cinq millions d’euros sur la zone de la communauté de communes élargie.
Rien de tout cela n’est contestable ni contesté, et surtout pas les efforts que font les uns et les autres pour maintenir une activité commerciale dans ce qui n’est déjà presque plus un chef-lieu d’arrondissement.
Cela étant dit, peut-on s’interroger sur la suite, et sur les méthodes utilisées, ainsi que sur les véritables protagonistes de cette affaire.
Il y a bien entendu les commerçants qui sont ceux qui prennent les risques du stock, de la variation des habitudes des chalands et qui paient les impôts de toutes sortes au titre de leur activité.
Il y a aussi les clients qui sont portés par cette vague venue d’on ne sait trop où qui les amène à vouloir toujours payer moins cher, en affectant de ne pas se douter que plus les rabais seront importants, moins la qualité des produits sera fiable, et plus les commerçants devront faire appel à des fournisseurs issus de pays lointains où les ouvriers sont mal payés, travaillent dans des conditions indignes et ont des horaires dignes du XIXème siècle.
On oublie souvent les pouvoirs publics qui ont leur part de responsabilité dans ce montage. Si les entrées d’agglomération sont devenu d’une indigence hideuse, on le doit en grande partie à ceux qui ont accordé des emplacements à ces enseignes reproduites à des milliers d’exemplaires aux quatre points cardinaux du continent qui vendent des produits formatés, le plus souvent médiocres et insipides. Il apparaît maintenant que Wissembourg n’échappera pas à la règle avec l’ouverture prochaine de ces "cellules" où nous devrions trouver pour presque rien tout ce dont nous n’avons pas besoin.

Face à cela, au mieux de chercher à inventer la énième recette de l’eau tiède, on nous sort la pierre philosophale des cartes de fidélité qui devraient remettre de l’ordre là où elles ont toujours contribué à instituer le chaos. Il est dommage qu’il n’y ait pas eu moyen de proposer à ces deux associations de commerçants ce véritable second terme de l’alternative qu’est la monnaie locale.
Comme il semble qu’il faille rafraîchir les mémoires, on trouvera ci-dessous des extraits de ce qui a été écrit dans le numéro 65 de Pumpernickel d’il y a dix-huit mois, téléchargeable [ voir p. 6 ]. Depuis, on peut dire que rien n’a évolué, et que par conséquent, et selon la logique-même des apôtres de la croissance à tout prix, on peut dire que l’on a régressé. Il s’agissait, mais qui l’a vraiment compris, d’une anticipation sur l’état de la commune au cas où une réelle municipalité du changement aurait été élue.

Le nickel wissembourgeois
[ … ]
Monnaie locale, monnaie sociale
Que n’a-t-on entendu pourtant sur son aventurisme, son dilettantisme et l’hétérodoxie de ce qui a été mis dans nos porte-monnaie ! Proposer des coupons échangeables localement, une monnaie fondante [ qui perd de sa valeur au fur et à mesure des mois qui passent si elle n'est pas utilisée pour l’échange, fonction première de l’argent ], indexée sur l’euro [ la monnaie qui nous a partiellement ruinés ], dont l’achat est suscité chez les moins favorisés par une incitation financière [ la commune verse un complément de 20 nickel aux familles bénéficiaires des minima sociaux ] avait de quoi mettre vent debout d'innombrables détracteurs, ceux qui n’y comprenaient rien n’étant pas les moins bavards ! Mais les faits se sont imposés, et, circulant beaucoup plus vite que l’argent officiel, l’argent local a donné un coup de fouet au commerce local, à la satisfaction de tous, les sycophantes locaux étant les premiers à acquérir ce nouveau moyen de paiement, mais est-ce une nouveauté ? Il est très rapidement devenu chic d’arborer l’autocollant " ici, on aime le nickel ! ".
[ … ]
Fonctionnement
Les consommateurs échangent 100 euros contre 100 nickels auprès d'une association qu’ils veulent soutenir sans devoir faire de don. Ils peuvent ensuite les dépenser dans des magasins locaux, à parité avec l’euro. Les magasins qui acceptent les nickels peuvent les dépenser à leur tour pour leur propres achats ou les revendre 95 euros les 100 à l’émetteur des nickels. La perte est consentie car ces magasins gagnent la clientèle des consommateurs qui participent au programme. Les associations achètent 100 nickels à 97 euros et les vendent aux consommateurs 100 euros, d’où un bénéfice de 3 euros à chaque transaction. Le bureau émetteur des nickels en vend 100 pour 97 euros et il les rachète à 95 euros, la différence remboursant les frais administratifs. Notons que la logistique a été fournie en partie par les amis de l’opération " Sol-violette " mise en place par la ville de Toulouse, dont il convient de rappeler quelques principes : reconnaissance des pratiques responsables et éthiques, affectation de la monnaie à un circuit local en la retirant des marchés financiers, désendettement des acteurs économiques car ils ne paient plus d’intérêts pour sa création, complément de l’argent officiel, garanti, démocratique [ ses acteurs (acheteurs, vendeurs, financiers et institutions) gèrent collectivement son fonctionnement ] et socialement utile car investi dans le réseau par une contribution à l’épargne solidaire. Avec en prime la satisfaction de participer activement à une solution locale d’une crise mondiale qui nous est imposée.
[ … ]

Il est indispensable de remettre l’argent à sa vraie place, celle d’un moyen d’échange. Il ne l’est pas moins de ressembler l’ensemble de la collectivité pour permettre à chacun de ses membres de vivre dignement de son travail. Les pouvoirs publics ont l’obligation de corriger les excès, surtout quand ils ont pour conséquence de mettre quelques-uns au ban de la société parce qu’ils sont confrontés, momentanément ou durablement, à des difficultés financières. Tous doivent alors se grouper, privés, pouvoirs publics et associations, pour que les conditions d’une solidarité active soient rassemblées et qu’un terme soit mis à la paupérisation des plus nombreux face à l’enchérissement des autres, la minorité.
Celles et ceux qui auront eu la patience de lire ce qui précède auront compris d’une part que le mécanisme financier est tout sauf aventureux, de même que l’affaire est loin d’être originale puisqu’à ce jour une bonne vingtaine de monnaies locales ont cours en France.
Exemple : un nouveau billet s'invite dans le portefeuille des Bretons, le galléco, la nouvelle monnaie locale lancée par le Conseil général d'Ille-et-Vilaine qui va faire son apparition dans une partie de la Bretagne, à Rennes notamment. C’est une monnaie complémentaire, ou même une monnaie solidaire pour relocaliser l'économie et encourager les entreprises et les consommateurs à respecter des valeurs écologiques et sociales [ france info, 22 avril 2013 ]. De même va-t-on voir apparaître le Stück à Strasbourg dans un an. Même à Villeneuve-sur-Lot, chez le dissimulateur fiscal, on échange avec des Abeilles !
Et pendant ce temps-là, on nous propose la carte de fidélité qui va tout changer…

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