Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
pumpernickel

pumpernickel

commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Conseil communautaire Sauer-Pechelbronn

C'est un peu long, mais c'est exhaustif

Comme prévu, j’ai fait le déplacement à la maison des services et des associations à Durrenbach, ce lundi 15 mars 2010. Première surprise, un comité d’accueil constitué d’une bonne cinquantaine d’habitants de Wingen formait la haie d’honneur pour ces élus qui arrivent tous ou presque nantis de la petite serviette contenant tous ces prestigieux dossiers qu’ils seraient les seuls à comprendre. En tout cas, il leur a bien été nécessaire de comprendre que les habitants de Wingen sont loin d’être unanimes derrière un maire qui semblait assez solitaire dans sa fanfaronnade quand il a prétendu faire front, sourire de circonstance, sous les huées dont il était l’objet en entrant dans la salle de réunion.

Cette communauté de communes comprend 24 communes, 2 communes associées et 18 000 habitants [ Biblisheim, Diffenbach, Durrenbach, Eschbach, Forstheim, Froeschwiller, Goersdorf, Gunstett, Hegeney, Kutzenhausen, Lampersloch, Langensoultzbach, Laubach, Lembach, Lobsann, Merkwiller, Morsbronn, Niedersteinbach, Oberdorf, Obersteinbach, Preuschdorf, Walbourg, Wingen et Woerth ]. Il est constitué d’un conseil de 65 membres, plus 25 suppléants, d’un bureau de 26 membres et d’un bureau exécutif de 9 membres présidé par le maire de Gunstett. Ce bureau était d’ailleurs réuni de 19h00 à 19h30 lorsque les manifestants battaient le pavé et faisaient tourner les crécelles pour mettre un peu d’ambiance. Ils avaient eu aussi la bonne idée de venir nombreux et d’occuper les places de stationnement, obligeant tous nos prestigieux personnages à un peu de marche à pied avant d’entrer dans le temple des délibérations.

L’ouverture de la séance se fait à 19h40 après que le différent sur les horaires de convocation eut été réglé. Oui, car curieusement, les convocations écrites étaient fixées à 19h00, mais un courriel avait été envoyé pour reculer l’horaire, ce qui a eu pour effet de contrarier un intervenant.

Les conseillers reçoivent un boîtier de la forme d’une zapette de télécommande qui leur permettra de voter “ sans fil ”. Accessoirement, cet instrument rend le vote moins solennel en lui donnant une sorte d’anonymat. C’est comme les machines à voter : c’est super pratique, mais on finit par ne plus faire la différence entre un distributeur de chewing-gum et un programme politique. Remarquez, c’est peut-être l’objectif…
Ainsi saurons-nous, au deuxième essai qu’il y a 57 présents, qui deviendront 60 au fur et à mesure de l’arrivée des retardataires, dont le président du conseil général.

Comme c’est la règle, le président propose l’ajout de quelques points à l’ordre du jour, dont un sur le programme des animations qui sont proposées sur le “ territoire ”, drôle de substantif pour qualifier cet ensemble de communes. Bon, c’est vrai on parle aussi de “ pays ”, histoire d’achever une fois de plus le détricotage de ce qui ressemblait encore à un ensemble constitué qu’on appelait une nation [ et je ne suis pas nationaliste, qu’on se le dise ! ], histoire de justifier que tous les Français n’habitant pas le même territoire, puisqu’ils sont répartis sur des territoires, ne soient plus traités de la même façon. Au vu des notes que j’ai prises, il apparaît que le sport est souvent envisagé sous formes de concours, de raids et de parcours découvertes, à l’issue desquels des classements sont établis pour déterminer les meilleurs parmi les bons. En entendant cela, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Albert Jacquard, qui s’insurge depuis des lustres contre la mise en concurrence organisée dès la petite enfance qui usine les esprits et les formate à la recherche de la médaille, passons.

Puis vient enfin ce point pour lequel nous sommes si nombreux à être venus, la délégation de compétence du projet hôtelier de Wingen à la communauté de communes. Tout de suite, on annonce qu’un temps de parole sera donné à un représentant de l’association pour qu’il puisse exposer les arguments des opposants à cette entreprise. Apprécions le geste à sa juste valeur, d’autant qu’il est, au moins pour moi, complètement inhabituel. C’est bien la première fois que je vois des élus descendre de leur piédestal pour laisser la parole à un Peuple dont ils sont les mandataires. Remarquons aussi que le porte-parole de l’association a été pris au dépourvu, et qu’il a dû, avec brio et clarté, improviser sa défense.

Le vice-président chargé du sujet, maire de Lembach, a d’abord rappelé qu’il s’agit de répondre à une sollicitation de la commune de Wingen pour que la communauté prenne le relais. Ce soir, on n’est pas sollicité sur la validation d’un projet, mais sur la validation d’une prise de compétence. Ça change tout !
Dans la foulée, le maire de Wingen a embrayé sur le thème du projet qui n’est pas ficelé, qui est le fruit d’une concertation exemplaire, qui reprend une vieille idée sur des terrains propriété de la commune. Au passage, il précise que l’on est passé du POS au PLU “ à cause de la loi ” [ on sent que ça lui a fait plaisir ! ]. Nous avons eu évidemment droit au SCOTAN [ décidément, celui-là, quand on n’a plus d’argument, il suffit de s’y référer pour faire semblant de donner un peu de consistance à l’insignifiant ] qui remarque le déficit de place pour l’accueil des touristes. Il s’est cru bien inspiré en précisant que si lors de l’enquête publique il y a bien eu une pétition contre la prochaine DUP, le commissaire-enquêteur en a écarté les termes du fait de la pauvreté des arguments développés, et que la décision du juge [ ?? Alors là, on est complètement dans les choux, un juge, pour une enquête publique ? Mais lequel ? ] avait entériné le tout. On sent le gars qui maîtrise à fond.
Viennent ensuite les inévitables diapos d’image de synthèse d’un powerpoint tiré du livre blanc avec des interrogations [ auxquelles on répond immédiatement ] sur les accès pendant les travaux, les nuisances infligées aux riverains, les certifications super-écolos, l’intégration dans le paysage, HQE, et autres absences d’impact [ où l’on remarque que le verbe “ impacter ” à l’instar du verbe  “acter ” fait florès chez tous ces personnages en mal de reconnaissance sociale ]. Comme tout cela vous a déjà été narré, le parc naturel ( ?) régional des Vosges du Nord a été mis à contribution et “ nous avons intégré ses réflexions ”. Nous voilà naturellement rassurés, non ? les animations vont être “ mises en réseau ”, d’ailleurs, les jeunes agriculteurs sont feu et flamme pour ce projet, et ils ont pratiquement pris l’engagement de se lancer dans le bio pour alimenter la cuisine du resto ! Bien voyons ! Et même, tellement que ça va être bien, on va s’engager dans une filière “ excellence bois ” !
En reprenant la parole, et probablement conscient des dégâts occasionnés par cette intervention, le vice-président chargé du sujet, maire de Lembach, a tenu à préciser que si le maire de Wingen a parlé au futur, il s’est exprimé aussi au conditionnel, car nous l’avons tous remarqué, ce projet n’est qu’un projet, et nous discutions bien d’un principe. Ben voyons !

En prenant la parole, le représentant de l’association a fait part de ses surprises : qu’on lui offre la parole, comme ça, au débotté, et pour ce qu’il a entendu et vu à l’écran. Concertation ? Comment peut-on qualifier ce qui s’est passé de concertation, alors que tout était imposé. Il ne manque de préciser, avec force, qu'il a découvert certaines diapos ce soir, et qu'à Wingen, personne ne les connaît, à part peut-être quelques membres du conseil municipal. Et ces “ réponses ” aux pétitionnaires : si vous connaissez un investisseur, qu’il vienne à la mairie ! Respect de l’existant ? Alors que l’on va mettre à mal une zone de vergers et une forêt que le maire se proposait même de sanctuariser il y a peu. Qu’en sera-t-il des chemins forestiers que l’on va défoncer, ou des accès alors que les pentes les rendent impraticables ? La zone concernée est humide, c’est le bassin versant du Heimbach classé Natura 2000 ! On a demandé à l’agriculteur le plus proche de changer d’activité parce que les nuisances olfactives sont incompatibles avec le public qui va venir s’ébaudir dans les environs de sa ferme. Comment accepter les toitures végétalisées alors que la règle, pour les habitants du village, c’est les tuiles en terre cuite ! L’argument “ emploi ” été rapidement démonté tant il s’agit là d’une sorte de pirouette oratoire dénuée de compacité.

La réponse ne s’est pas fait attendre par la bouche du président, salarié de “ pôle-emploi ”, ex-organisme public qui fait la une des journaux pour sa politique sociale et le respect de ses infortunés salariés. “ – On va monter un programme de formation pour le secteur de l’hôtellerie-restauration, c’est en route.” N’a-t-il pas redouté de déclarer, ne s’apercevant pas qu’il était en profonde contradiction avec ceux qui venaient de dire que rien n’était acquis, que rien n’était ficelé. En plus bureau et bureau exécutif ont donné leur accord à ce transfert de compétence qui ne verra le jour que lorsque les communes de la communauté, destinataires d’un dossier des opposants au projet, auront délibéré.

La discussion qui a suivi a donné lieu à quelques échanges qui n’ont pas empêché cette assemblée d’accepter par 30 voix contre 23 et 7 [ courageuses et anonymes ] abstentions le principe de ce transfert qui devra être avalisé par deux tiers des communes représentant plus de la moitié de la population pour être effectif.

Les participants n’ont pas manqué de relever la présence de deux autres projets du même ordre à Merckwiller et à Morsbronn. Tant mieux aurait dit le promoteur privé de Wingen, car la concurrence nous stimule ! Ben voyons ! Et en plus il ne s’agit pas de projets concurrents mais complémentaires, pour preuve cette intervention exotique d’un représentant de Kurtzenhausen qui fait la distinction entre spa pour tous et spa pour quelques-uns On est vraiment peu de choses, nous les imbéciles qui ne saisissons pas les finesses et les subtilités de telles réflexions.
Sans compter que nous nous devons de faire aussi bien, et encore mieux si possible que la Forêt-Noire ! Le vice-président chargé du sujet, maire de Lembach, en profite alors pour rappeler que c’est grâce à von Stichaner que le premier hôtel s’est implanté à Steinbach, et regardez maintenant comme toute cette industrie est florissante. Sans compter que les terrains sont déjà réservés et qu’une autre solution obligerait à une révision du PLU [ encore la loi qui nous met des bâtons dans les roues ! Mais quand en finira-t-on avec ces contraintes qui sont autant de freins au développement et à l’expansion ? ] , ce qui décoiragera ce pauvre investisseur qui ira voir ailleurs [ il l’a d’ailleurs déjà fait ! ] et nous perdrons nos 32 emplois. C’est ça que vous voulez ? CQFD, le projet de Wingen, et surtout son maire, c’est la réédition, que dis-je, la résurrection de von Stichaner.

Heureusement pour nous, il y aura eu l’intervention intelligente et réfléchie du maire de Diffenbach, Monsieur A. Atzenhoffer. Il est maire d’un village qui n’a pas de programme “ lotissement ” car il considère que c’est d’abord le village qu’il faut soigner, en lui gardant son caractère et en respectant la propriété privée. Malheureusement, cette intervention a été recouverte par des considérations sur le montant des investissements de tous ordres, routes ou connexions Internet, que nécessitent un tel projet, puis on a embrayé une fois de plus sur les bienfaits plus ou moins futiles d’un progrès qui doit se faire dans le respect de l’environnement, mais comme dirait qui nous savons quand il “ visite ” le salon de l'agriculture, “ l’environnement, ça commence à bien faire ! ”

Voilà, c’était fini, grâce à 7 participants qui se sont réfugiés dans l’abstention [ mais comment peut-on s’abstenir ? ], la messe était dite. Il ne reste plus à l’association qu’à engager un combat inégal, en allant dans toutes les mairies pour savoir quand on va débattre de cette affaire, lointaine pour la plupart des élus. Il lui faudra solliciter de chaque conseil municipal un droit d’expression comparable à celui qui lui a été octroyé l’autre soir. Il lui faudra préparer son dossier, à ses frais, alors qu’en face, c’est avec l’argent public [ normal, puisque les intérêts d’un investisseur privé coïncide(raie)nt avec l’intérêt général… ? ]. Cela relève de la gageure et épuisera les bonnes volontés. Sans compter qu’il se trouvera facilement un “ responsable ” pour gloser sur ces trublions qui ne sont même pas capables d’utiliser les tribunes qui leur sont offertes.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article