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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

conseil d'alsace – la Boulangie dans le pot au noir ? – J - 16 jours ! – § 43

Pot au noir : situation peu claire et dangereuse.
Curieusement, ce vendredi 22 mars n’a pas donné lieu à l’une de ces impérissables et inoubliables "opinions", de préférence boulangienne, dans les colonnes du bras médiatique de la propagande quotidienne régionale [ autre signification de l’acronyme PQR, pour "presse" quotidienne régionale ]. C’est une sorte de pause en attendant le rebond de demain avec son cortège de théâtre d’ombres, d’ectoplasmes naphtalinisés ou de vieilles gloires nous renvoyant à des périodes difficiles de l’histoire locale. Chacune et chacun de ceux que l’on exhume de la période "Pfimlin" nous renvoient à quelques épisodes qui ne sont pas à leur avantage.
Un exemple au hasard : qui a ordonné la destruction de la Maison Rouge ? On n’a pas demandé à ce "Paris" que l’on exècre tant en ce qu’il serait à l’origine de tous les maux qui nous frappent. La décision de cette destruction a bel et bien été prise ici, dans la région, au cœur du "territoire", et l’ordre a bien été donné par les prédécesseurs de ceux qui bassinent avec leurs histoires idiotes.
Il existe si peu de photos de ce témoignage d’une architecture qui faisait de Strasbourg une sorte d’avant-poste viennois en terre française, tout comme la Neustadt fait de la capitale régionale un exemple d’une certaine forme de génie bâtisseur. Doit-on rappeler qu’on lançait des centaines de chantiers d’immeubles à Strasbourg au début du XXème siècle, et que la ville a été "terminée" avant Berlin ?
Bref, la droite qui n’était pas encore "majorité alsacienne" mais déjà largement hégémonique n’a pas fait dans le détail en ordonnant que l’on rase cet hôtel pour en faire ce hideux bâtiment abritant un magasin qui s’apprête à fermer, quel parcours !
Il y a ce texte publié en 1973 dans le numéro 32 de la revue Elsa. Comme il n’est pas signé, il est possible de le publier. Il est visionnaire et donne de cette classe politique qui se réclame de l’héritage humaniste rhénan qui inspirait l’équipe d’alors une image bien éloignée de la doctrine sociale exprimée dans l’encyclique "Rerum Novarum" qui a fondé la doctrine sociale de l’Église qui sert de boussole aux humanistes rhénans qui nous saoulent actuellement. En voici quelques extraits :
Quelques mots, Monsieur Pfimlin, à propos de la Maison Rouge.
« Ils n’oseront pas faire ça ! » Personne n’y croyait vraiment. Il y a seulement quelques mois, l’ancien sénateur Paul Wach, toujours adjoint au maire, n’avait-il pas affirmé : « Jamais de la vie, je m’en porte garant, la Maison Rouge ne sera détruite ! » Pourtant, en dépit des protestations, des manifestations et de signatures recueillies pas le docteur Raymond Leissner, ils ont osé, ils ont commencé les travaux de démolition dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 août 1973.
[ … ] Aujourd’hui, la Maison Rouge n’est plus qu’un amas de gravats. Certains se sont rempli les poches en vendant ses pierres à prix d’or. Le malheur des uns fait le bonheur des autres.
[ … ] Construit avec du grès de Champagne, l’édifice était en parfait état. Son architecture, dans le meilleur goût de ce baroque du dix-neuvième, ne manquait pas d’élégance. Œuvre franco-allemande, due aux architectes Brion [ un Français ] et Haug [ un Allemand ], elle était inscrite à l’inventaire des monuments historiques, pour sa valeur tant architecturale qu’historique.
[ … ] À la mi-septembre, sentant la nécessité de se justifier, il confiait aux Dernières Nouvelles : « Lorsque j’ai appris il y a trois ans que la Maison Rouge était condamnée, j’ai éprouvé un sentiment de regret très vif… D’emblée, j’ai prévu que sa disparition susciterait des réactions parmi la population. Parce que la Maison Rouge est sur la place Kleber, et que cette place publique est une scène sur laquelle se sont déroulés tant d’événements strasbourgeois. »
Au cours des journées rhénanes, il répondait à un journaliste de l’Humanité qui l’interrogeait sur sa politique d’urbanisme : « Cet édifice, lourd et boursoufflé, de style de Guillaume II, n’est pas un immeuble ancien. Il a juste mon âge. » Paroles malheureuses mais combien significatives, car chacun sait que les édifices de cette époque sont plus que nombreux à Strasbourg. Ce qui n’a rien d’anormal, une grande partie de la ville ayant été construite après 1870. Paroles malheureuses car elles font craindre le pire. Monsieur Pfimlin aurait-il l’intention de faire démolir le Palais du Rhin [ le projet a été envisagé ! ], le Palais universitaire, la Bibliothèque universitaire, la Comédie, l’Hôtel des Postes, la Gare centrale ?
[ … ] Monsieur Pfimlin a le droit, que nul n’envisage de lui contester, de ne pas aimer les réalisations architecturales de l’époque wilhelmienne, comme un Anglais a le droit de na pas aimer le style victorien. Personne ne lui en voudra d’être plus ou moins complexé à l’égard de cette marque impériale que notre histoire douloureuse a laissée sur notre ville. Mais Strasbourg n’est pas la propriété personnelle de Monsieur Pfimlin, et si Strasbourg lui déplaît, il peut aller habiter ailleurs, pourquoi pas à Roubaix où il est né.
[ … ] Les critères esthétiques sont relatifs. La preuve : Monsieur Pfimplin estime que l’Esplanade est une réussite.
[ … ] En préservant ici et là quelques îlots anciens, il se donne bonne conscience, et s’estime habilité à démolir le reste, tout ce qu’il qualifie, méprisant, d’immeubles sans caractère.
Le caractère de Strasbourg, ce ne sont pas seulement des maisons classées. Ce sont aussi les demeures simples, avec leurs toits pentus, leurs encadrements de pierre, leurs petites fenêtres, leurs lucarnes, leurs poutres si souvent dissimulées sous une couche de crépis.
[ … ] Monsieur Pfimplin n’a rien compris à notre ville. Pour lui, n’a de caractère que ce qui peut faire baver le touriste. Il raisonne en homme d’affaires [ … ]. Il faut par conséquent craindre le pire. Dans cinq à dix ans, Strasbourg ressemblera à n’importe quelle ville européenne sans caractère. Partout, des immeubles en béton, des banques, des parcs de stationnement, des centres commerciaux, des « drug stores », et quelques îlots sauvegardés pour les touristes en quête d’exotisme. Partageons-nous les conceptions et le goût de Monsieur Pfimlin ? Rien n’est moins certain.
[ … ] La transformation de Strasbourg ne doit pas être le privilège des promoteurs. Elle est avant tout l’affaire des Strasbourgeois. Chaque citoyen de cette ville a le droit à l’infirmation et à la critique dans une démocratie qui commence au niveau de la commune. Strasbourgeois, ne vous laissez pas endormir ! Demain, ils vous mettront une « voie express » sur les bords de l’Ill, une tour Maine-Montparnasse sur la place Brant, et comme le prédisent des pessimistes, Erwin von Steinbach n’ayant jamais demandé de permis de construire, lui qui ne savait pas le français, ils finiront par détruire la cathédrale.
O Strossburi ! O Strossburi !
[ in "Strasbourg disparu, la Maison Rouge et l' Homme de Fer", ouvrage de Christian Lamboley paru en 1990 aux éditions Contades ]

Ça,  c’est pour il y a quarante ans. Mais récemment, rappelons-nous cette huitième merveille du monde qui allait attirer des centaines de milliers de touristes en mal de déniaisement entre Vosges et Rhin, l’immortel Bioscope ! ses promoteurs ne sav(ai)ent que ça veut dire "cinéma" en néerlandais, et quel cinéma ils nous ont fait, à grands de millions de la Caisse des Dépôts, chargée de combler, année après année, le déficit d’exploitation. Cédé pour l’euro symbolique, alors que 41 millions d’euros ont été investis sur le site, plombé par des pertes de 28 millions, on en est à confier aux artisans du désastre la charge de trouver des repreneurs ! Il y aurait une dizaine de dossiers sérieux, portés par des investisseurs qualifiés ainsi par la PQR : alsaciens, « nationaux », ou encore « trinationaux » , avec des partenaires suisses. C’est intéressant de lire que le comité syndical du Symbio (Syndicat mixte du Bioscope) et le groupe de travail composé d’élus du conseil général du Haut-Rhin et du conseil régional pour piloter la reprise du site d’Ungersheim procèdent déjà à ce type de triage. Sans oublier qu’on ne lit nulle part qu’une remise en question est à l’ordre du jour, avec convocation publique des responsables de la catastrophe. Non, on va tout faire en conclave, entre "nous", de souche ou d’adoption. Cette fois, à chacun de juger sur pièce, aux résultats produits, de cette Alsace du 1% qui veut nous faire croire qu’elle va faire de grandes choses "pour notre bien". Ben voyons.

A une quarantaine d’années d’intervalle, on retrouve les mêmes comportements, arrogants, hautains et dédaigneux, de ceux qui croient tout savoir parce qu’ils répètent par cœurs la dernière leçon de leur chargé de communication, imperméables à l’argumentation, insensibles au raisonnement et crispés sur leurs certitudes.
Les promoteurs de cette histoire de fusion dont nous ne sommes que les jouets ont déjà tant échoué, il est plus que temps de leur montrer, en restant chez nous, que nous n’avons que faire d’eux, eux qui nous doivent tout, et qui ne sont rien sans nous.

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