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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

conseil d'alsace : réflexions de miroir – § 19

"Spiegeltje, spiegeltje aan de wand, Wie is de mooiste van 't hele land?"
Mercredi dernier, le plus grand quotidien d’Alsace, déguisé probablement parce que l’on approche de mardi-gras, en courroie de transmission des services de propagande des trois conseils, régional et généraux, donnait la parole à deux sommités politiques régionales, l’une pour le "NON", en la personne de Monsieur P. Elkouby, conseil général socialiste, et l’autre pour le "OUI" avec Madame A. Munchenbach, présidente du mouvement "Unser Land" [ voir l’article du mercredi 12 octobre 2011 de ce blog ]. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’une et l’autre ont disposé de la même place pour exposer leur point de vue, ce qui montre que l’on ne transige pas avec les règles de l’objectivité au sein de cette publication que la France entière nous envie. L’un des fléaux de la balance se trouve néanmoins surchargé, et devinez lequel, quand on jette un coup d’œil à la rubrique "courrier" qui donne la parole à un économiste, un expert comme on les aime qui est également élu municipal dans le Haut-Rhin, qui plaide … pour l’union économique alsacienne. Ça tombe bien ! D’ailleurs, ne ponctue-t-il pas son poulet d’un vibrant "… Cette union sera notre force." Ah oui, l’union fait la force, comme l’oignon fait la soupe, un pour tous, tous pour un, mais où va-t-il chercher tout ça ? Il est dommage que ce personnage, Monsieur J.-L. Ginder, soit si modeste qu’il ne précise pas qu’il est conseiller municipal de Bollwiller où il mène un combat quotidien d’opposant à la mairie. Il est sur tous les fronts, oui, tous les fronts, y compris quand les riverains de la rue d'Issenheim font appel à lui lorsque des "Gens du voyage" installent leurs caravanes sur un terrain agricole semi-viabilisé. Il interpelle alors le le maire de son village pour qu'il les expulse ou qu’il viabilise pleinement ce terrain agricole car des familles avec enfants y vivent sans eau, sans électricité ni chauffage, et sont de fait dans une situation non conforme aux "principes français de salubrité" [ sic ]. Il n’a pas craint d’engager un "dialogue" avec le cabinet du ministre de l'Intérieur de l'époque, M. B. Hortefeux, certain que celui-ci saura donner raison aux riverains [ extrait du blog ( qui semble un peu en panne ) de ce monsieur qui pourrait nous expliquer ce que sont les "principes français de salubrité" par exemple ]. Mais il écrit, des livres, au moins un, fort peu commenté, "phobiamanagement" présenté de cette jolie manière : "Comment entreprendre en se délivrant de la peur, comment l’oublier pour passer à l’action ? De fait, nous acceptons qu’une opinion distillée et répandue nous prescrive un code de conduite sociale standardisé auquel nous nous conformons la plupart du temps… En déroger déclenche la peur, notre peur. Cette peur, cette arme absolue nous inclut, de fait, dans la masse. Se débarrasser, maîtriser ou se jouer de cette dernière nous permet de passer dans le lot si restreint de ceux qui entreprennent, dirigent et survolent la masse. Comment entreprendre en se délivrant de la peur, comment l’oublier pour passer à l’action ? Ce livre vous mène dans l’univers du tout est possible si vous le désirez. Laissez-vous porter par ses pages et n’ayez plus peur. Votre perception de la réalité est subjective, vivez votre vie en tuant vos phobies. Tout est possible. Tout vous est possible sans peur !" Voilà quelqu’un avec qui on aimerait passer des vacances.
Passons sur ce citoyen de Pfaffenhoffen qui se demande s'il fallait un referendum et veut qu'on lui dise ce qu’il peut lire, y compris sur le blog de Pumpernickel, s’il se donne le minimum de mal. Gageons que cette personne continuera ses incantations même lorsqu’elle aura reçu le matériel de propagande qui lui sera envoyé. Mais lui donner la parole ne mange pas de pain et renvoie une image favorable du plus grand,
du plus talentueux et du plus objectif quotidien d’Alsace.
Dans ce contexte, retrouver Madame A. Munchenbach, alias "Babette Svattengger" lorsqu’elle signait ses contributions à Tonic magazine, publication réputée pour sa retenue, sa mesure et la distance qu’elle sait tenir vis-à-vis des événements et des personnes, n’est pas surprenant. Nous avons droit à toute la déclinaison du bréviaire localiste sur fond de "Selbstverwaltung" dans le cadre de ce qu’elle appelle encore la République, mais pour combien de temps ? Nous avons droit à ces raccourcis savoureux qui feraient coïncider la courbe de progression du chômage avec celle de la progression du monolinguisme, rien que ça. Elle n’hésite pas à tirer le signal d’alarme face à cette acculturation qu’elle constate et déplore. S'agit-il d'un autoportrait ? Quelques phrases plus loin, elle oppose "Paris", source de tous nos ennuis, à l’Alsace, revendiquant ensuite ce statut d’autonomie qui serait aujourd’hui la norme partout en Europe, ne craint-elle pas d’affirmer. C’est vrai que la situation de nos amis belges est absolument enviable, et qu’il y a lieu de se réjouir des menées sécessionnistes des flamingants, déjà dénoncées par Jacques Brel. Voilà une personne qui mérite d’être lue et relue, et on pense que les "oui-istes" doivent être particulièrement contents de la compter en leurs rangs.
Elle se couvre de ridicule en en appelant au bon sens, qui probablement ne doit pas plus mentir que la terre, pour justifier son ralliement [ en échange de quel plat de lentilles ? ] au projet boulangiste. Et d’enfoncer le clou en invitant les électeurs, Alsaciens de souche et d’adoption [ ? ] à voter "oui-ja" [ ? ] le 7 avril. On touche le fond, et cette personne ne doit pas beaucoup aimer la région au nom de laquelle elle prétend parler pour lui infliger un tel traitement.

Au fil de ces lectures, on retrouve perpétuellement cette revendication selon laquelle l’Alsace doit prendre ses affaires en main. Le seul problème, c’est que cela n’a aucun sens puisque tout ce qui a été construit ces vingt dernières années, en particulier dans le cadre de ce que l’on appelle la "construction européenne", réduit à néant toute possibilité de décision indépendante par les états eux-mêmes. Chacun sait que l’essentiel du travail législatif, et l’actuel débat sur le "mariage pour tous" ne soit pas faire illusion, consiste à transposer dans le droit national les directives qui nous sont envoyées par une commission européenne qui gouverne en toute impunité, ne faisant même pas mine d’en référer à des instances démocratiquement élues. Et ce n’est pas être "souverainiste" que de dire cela, c’est seulement le constat de la réalité. Les démocrates, et les européens, eux, ne peuvent pas se reconnaître dans ce type de fonctionnement qu’il importe d'abord de modifier en profondeur pour revenir à des principes acceptables avant de se lancer dans on ne sait quelle "réforme" que l’on présente invariablement comme simplificatrice de la prise de décision, face à une situation actuelle taxée de coûteux archaïsme contre-productif comme l’ose celle qui n’est plus rien depuis que les électeurs lui ont refusé leur confiance.
Un exemple : tout le monde sait qu’un certain nombre de dépenses collectives peut être décidé par l’exécutif qui n’a à en rendre compte qu’a posteriori. C’est la règle à tous les échelons des "collectivités territoriales". Où l’on constate, en fin de mandat, que, même dans des communes de taille plus que modeste, ce sont des centaines de milliers, voire des millions d’euros qui ne font l’objet d’aucune délibération, puisqu’une simple information du conseil municipal suffit. Peut-on rappeler qu'une des différences entre la démocratie et la tyrannie, c’est le vote démocratique du budget ?
Pumpernickel reproduira dans sa prochaine livraison ce texte de Roger Lepeix, numéro 31 paru en mars 2003, alors que l’on n’en était encore qu’à la discussion de l’acte II de la "décentralisation", dans lequel il détaille, avec un sens aigu de l’anticipation, le lent et méthodique démantèlement du substrat de l’unité nationale et de l’égalité entre les citoyens, où qu’ils habitent sur le territoire de la République. Que ne l’a-t-on entendu lorsqu’il parlait de la fin du tarif unique du timbre-poste ? C’est maintenant la règle qui va s’imposer. Idem pour l’énergie ou une instruction publique mise à mal par des "évaluations" normatives qui avantagent les possédants en stigmatisant les prolétaires. Sans que l’on y prenne garde, cette déplorable histoire de "collectivité" soi-disant unique est une étape supplémentaire apportée à la déconstruction d’un ensemble constitué de pouvoirs, de solidarités, de confrontations sociales collectives au profit du règne de l’individualisme étriqué, du retour au tribalisme étroit et du nationalisme destructeur, rien de moins.

P.S. : Monsieur Ch. Bach a été destinataire fin janvier du numéro 67 de Pumpernickel. Il n’a pas pas jugé bon d'en accuser réception, mais on ne peut penser à tout. Nous avons eu le plaisir de lire dans la rubrique des déhaina [ édition du lundi 4 février ] que la participation était l’élément qui était susceptible de contrecarrer les projets d'un personnag, l'ex-futur prince-électeur, que l’on peut qualifier d’autoritaire et de cassant. C’est curieux, mais ce même point apparaît en page I du supplément intérieur du numéro 67 de Pumpernickel. Loin de quiconque l'idée de penser que Pumpernickel ait été le seul à déceler là le caillou dans la chaussure de l'ex-futur prince électeur d'alsace. Tout juste peut-on constater qu'il l'a fait avant les autres. Depuis ce lundi 4 février, la région sait que nous sommes au moins deux personnes à penser la même chose, Pumpernickel qui l'a écrit depuis pas mal de temps, et Monsieur Ch. Bach qui semble lui emboîter le pas. Éloge du vice à la vertu ?

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