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pumpernickel

pumpernickel

commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

en prévision de ce soir, au 1er étage du relais culturel, 18h30

Les cabinets OTE-ingénieries et Perspectives urbaines ont bien mérité des budgets publics. Le "document de travail" qu’ils ont rédigé a dû les mobiliser de longues semaines, tant il semble marqué par une originalité et une inventivité au-delà du remarquable. Mais où vont-ils chercher tout ça ? Le simple énoncé des axes essentiels le long desquels s’inscriront les orientations générales du plan d’aménagement et de développement durables du plan d’urbanisme intercommunal laisse sans voix : conforter et renforcer le dynamisme socioéconomique de l’ensemble du territoire en s’appuyant sur Wissembourg, valoriser un cadre urbain de qualité, conforter l'accessibilité du territoire et inscrire le développement du territoire dans le [ sic ] préservation de l'environnement et du paysage. Il est certain qu’un tel programme emportera l’unanimité générale au terme d’une séance à l’issue de laquelle le conseil municipal "prend[ra] acte de la tenue, en son sein, d'un débat sur les orientations générales d’aménagement et de développement durables du Projet d’Aménagement et de Développement Durables (PADD) dans le cadre de l'élaboration d'un PLU intercommunal, et [dira] que la présente délibération sera transmise Monsieur le préfet du département et à Madame la Sous-préfète de Wissembourg".
On remarquera sur la fiche de synthèse que le conseil municipal aura ouï l’exposé du maire [ sic, est-ce pour nous préparer au "oui-oui" auquel nous allons avoir droit ? ] et qu’il se sera soumis aux injonctions du conseil communautaire pour respecter les prescriptions légales, en se pliant à un débat dont on ne sait même pas s’il est sanctionné par un vote. On est en plein dans le formalisme, dans les apparences, dans un jeu d’ombres chinoises qui ne grandit ni ceux qui s’y prêtent ni ceux qui l’organisent.
Lors de cette comédie, on va entendre ceux que l’on ne voit jamais dans un train se faire les chantres du renforcement de la place du ferroviaire dans les déplacements quotidiens, ou ceux qui utilisent les mots à tort et de travers nous raconter qu’il faut développer les déplacements alternatifs. On signalera à ces rédacteurs de pacotille qu’une "alternative", c’est ou bien ci ou bien ça, ou qu’il existe le courant alternatif, une fois positif une fois négatif, et qu’un transport ne saurait être alternatif, à moins que l’on considère normal de faire l’aller en vélo et le retour à pied.
Le reste est à l’avenant, et, pour celles et ceux d’entre nous qui ont un peu de mémoire, nous renvoient au milieu des années ’80 quand le CEDENA voulait écrire l’avenir de l’arrondissement.
On commence très fort avec une génuflexion appuyée à un SCoT-AN qui ne représente que lui-même en  remettant une louche sur le thème de ces logements qu’il faut produire à marche forcée, sans doute pour faire venir les emplois. Jusqu’à présent, on avait cru comprendre que c’était l’inverse, d’abord les emplois et ensuite les logements, mais on a changé tout ça. La nouvelle doxa s’impose donc, en dépit de tous les enseignements, de toutes les expériences, de toutes les évidences. On va même jusqu’à chiffrer l’absurde avec une insupportable segmentation de la "production" [ 80 logements par an à Wissembourg, 45 pour Seebach, Schleithal et Riedseltz, et 25 pour les villages qui ont des objectifs qualifiés de modestes ] de ces 150 Logements par an, 2 250 à l'horizon 2025 [ sic, sic et re-sic ] pour "accueillir" 5 400 personnes sur le territoire intercommunal… Reste à savoir de quoi vivront tous ces gens. On attend les questions et les propositions qui ne manqueront pas de fuser lors de ce passionnant débat qui s’annonce particulièrement animé. Au passage, on nous remet dans la tête que seuls 7% des logements sont actuellement vacants. À force de le répéter, ça va finir par s’imposer comme une vérité, mais pour l’instant, on en reste au dogme. À moins que l’on s’en remette au choix à Madame Soleil, aux entrailles de poulet ou aux reflets de la lune.
Il y a aussi cet invariant dans le discours de ces gens, qui ne savent énoncer que du superposable : l’inévitable "dent creuse", terme méprisant dont l’utilisation excessive provoque la nausée, qui désigne le plus souvent le jardin potager accolé à la maison familiale.
Passons sur le catalogue façon "commission pour la libération de la croissance française", présidée en son temps par Monsieur J. Attali, qui mélange tout avec n’importe quoi, l’essentiel avec le superflu, le fondamental avec l’accessoire : "soutenir la récupération et la valorisation de l'eau pluviale" voisine ainsi avec "organiser les nouveaux quartiers pour prendre en compte la course solaire et optimiser les consommations énergétiques", c’est effectivement du même ordre.
On ne manquera pas de conforter [ ? ] et de renforcer [ ? ] le tissu économique, ce qui nous rassure tous. Ce qui nous fait surtout craindre le pire, c’est de constater qu’une intercommunalité qui a équipé une zone dite d’activité où il ne passe pas grand-chose va être chargée de corriger les erreurs qu’elle a commises, par exemple en ne prévoyant pas de raccordement ferroviaire. Ce sera sans doute le moment de demander au sixième vice-président du conseil général où en est l’installation "prochaine" du centre technique qui était prévue, et au moins annoncée à la veille des élections municipales de mars 2008 [ rappelez-vous, clic sur le lien, cet article du 11 février 2008 ].
Dans le catalogue, au chapitre "bonnes intentions qui ne mangent pas de pain", on trouvera naturellement la préservation des terres agricoles [ voir la désertiquee zone dite d’activité, un trait d’humour involontaire sûrement ] ou le renforcement de la desserte en technologies de l’information et de la communication. On tartine, on tartine, ça n’a aucun intérêt, mais ça remplit les pages.
La préservation du patrimoine architectural et urbain du territoire est un trésor de cette inimitable langue de bois chère aux aménageurs : préserver les identités urbaines du territoire, valoriser les volumes du bâti ancien, adapter les formes urbaines à l’environnement bâti, avoir un regard adapté pour les villages "annexes" et les hameaux, maîtriser les formes urbaines et les typologies de bâti, définir des enveloppes urbaines cohérentes [ on allait justement le proposer, et d’ailleurs, n’est-ce pas l’objet premier de ce type d’exercice ? ], développer les espaces partagés et pour terminer, être plus impliqué dans les politiques départementales en matière de déplacements, ouf ! C’était notre axe 2.
Le numéro 3 est de la même veine, avec ce genre de phrase : "Le renforcement de l'offre de transports en commun sur l'ensemble du territoire afin d’améliorer les liens entre les communes constitue un souhait du territoire en lien avec le développement de l'offre en transport en commun vers Haguenau et Strasbourg, voire vers l’Allemagne, afin de "désenclaver" le territoire et fluidifier les déplacements pendulaires. A plus long terme, la valorisation du transport ferroviaire, par un renforcement de la place des gares de Riedseltz et Hunspach, constitue également un point fort du projet du territoire." On lit ça alors que le plus grand chaos n’en finit pas régner sur les voies du TER que l’on entretient sans que les intérêts des usagers soient même examinés [ dernière initiative : la réfection des voies entre Hunspach et Riedseltz a fait stopper les trains … à Haguenau, alors qu’il aurait été possible de les emmener jusqu’à Soultz-sous-Forêts ]. On fera à nouveau remarquer que tout cela vient de gens que l’on ne voit jamais dans un train régional, sauf lorsqu’une caméra est dans le coin.
L’axe 4 est en lui-même un réquisitoire contre la quasi-totalité des initiatives prises ces quarante dernières années par ceux qui voudraient nous faire la morale et nous donner des leçons de maintien. Qui a donc encouragé l’agriculture intensive et le remembrement à l’origine des coulées de boue qui commencent à provoquer d’irrémédiables ravages ? Qui donc a sabré, et avec quel entrain, la ceinture de verger qui donnait à Wissembourg son charme inimitable pour en faire d’étiques zones soi-disant d’activité ? Alors on tricote sur la prise en compte du potentiel "eau", mise entre guillemets on ne sait trop pourquoi, ou la protection des biens et des personnes [ d’habitude, on écrit "des personnes et des biens", parce que l’on met les êtres vivants avant les choses, mais c’est une question de point de vue ], ou encore ces interminables préservation préalablement assorties de formules incompréhensibles ouvrant la voie à toutes les conjectures [ "Afin de préserver et valoriser la cohérence du grand paysage, de conserver l'image du territoire, les développements futurs devront être encadrés par le PLU dans le respect de la logique d'implantation des ensembles urbains préexistant par rapport au relief tout en préservant les éléments naturels qui participent à la richesse du territoire en multipliant les évènements paysagers." ].

Confondant tout, et s’en remettant à une lecture minimale des prescriptions réglementaires [ ils sont obligés d’organiser un débat pour ne pas risquer de perdre à la suite d'un recours, alors ils organisent ce qui a les apparences d’un débat, et la morale est sauve, puisque ce qui est légal est forcément moral ], les élus vont participer à une sorte de mardi-gras avant l’heure au cours duquel chacun fera ou bien assaut de réflexions que l’on voudra sérieuse, modérées, pragmatiques ou bien le choix du sommeil réparateur en se disant que quoi que  l'on fasse, quoi que l'on dise, quoi que l'on pense, les décisions sont déjà prises, la commune doit passer sous les fourches caudines d’une intercommunalité à qui elle a abandonné toutes ses prérogatives sans aucune contrepartie, et qu’il vaut mieux faire profil bas.
On cherchera en vain l’appel à l’exercice responsable de la citoyenneté ou les invitations aux réunions de quartier au cours desquelles la parole est laissée à ceux qui ne font que déléguer le pouvoir que la démocratie leur confère.
P.S. : dix-huit pages seraient nécessaires pour coucher sur le papier les impérissables propositions du document de travail disponible en ligne ; une fois mis sous forme texte, il ne reste plus que six pages, pour trois mille quatre cent cinquante-huit mots, et on ne compte pas les redondances. Le développement durable, ce n'est pas aussi la sobriété, et l'abandon des fioritures inutiles, symptôme du gaspillage que l'on prétend combattre.

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