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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

expulsion, j'écris ton nom. – 2

Il est toujours savoureux de lire les rapports de services qui ne savent pas comment se sortir du pétrin dans lequel ils se sont eux-mêmes empêtrés. Ainsi doit-on supporter les circonlocutions embarrassées des ces inspecteurs qui doivent ménager les uns tout en ne désavouant pas les autres, tout le monde sachant que pour ces gens, présenter ses excuses n’est jamais autre chose que perdre la face. Ils ignorent que l’on se grandit souvent en acceptant, simplement, et rapidement, de reconnaître que l’on s’est trompé, que l’n a fait une erreur, que l’on a manqué de jugement. A trop s’entêter, on s’engage dans la faute et le cul-de-sac, comme c’est le cas avec cette affaire "Leonarda". Voilà que c’est maintenant le sommet de l’État qui s’en mêle, ou qui s’emmêle, on ne sait trop. Passons naturellement sur les déclarations convenues d’un ministre de l’Intérieur qui est fidèle à la tradition selon laquelle il importe d’abord de donner raison aux fonctionnaires de police, d’abord exemplaires, même et surtout si on leur demande d’effectuer des tâches avec lesquelles ils ont toutes les peines du monde à être d’accord. Car ce sont d’abord des êtres humains, doués de raison, et à ce titre, ils méritent de ne pas être instrumentalisés par des donneurs d’ordre éloignés des réalités quotidiennes et peu au fait des rapports humains de la société quotidienne.
Il aura suffi d’une vingtaine de pages pour que des inspecteurs au-dessus de tout soupçon et dont la neutralité et l’impartialité ne saurait être mise en doute par qui que ce soit puissent conclure que "la décision d'éloigner la famille Dibrani est justifiée en droit", ce qui veut à peu près tout et rien dire. Comme ils ne l’ont peut-être pas remarqué, un concept vient souvent parasiter le droit, c’est ce que l’on appelle l’humanisme, notion étranger qui s’accommode mal des nécessités auxquelles nos gouvernants sont confrontés. Refusant de prendre leur part à l’accueil d’une part de la misère du monde, ces gens convoquent ce droit que l’on tord souvent dans tous les sens pour lui faire dire tout et son contraire. Invoqué pour faire la leçon à tel dictateur, il est contourné quand il devrait s’imposer dans une lecture extensive chez nous, comprenne qui pourra.
En poursuivant la lecture de ce chef-d’œuvre de langue de bois, on apprend que des critiques sont émises quant aux "conditions d'interpellation de Leonarda, confiée aux forces de l'ordre en pleine sortie scolaire" ! ça tombe bien puisque c’est exactement ce que pointent tous ceux qui sont un peu au courant de la situation, fragilisant par là l’argumentation, si l’on peut utiliser ce terme, des emboucheurs de trompettes gouvernementales qui voyaient déjà dans cette famille, et singulièrement cette enfant [ tour à tour "jeune fille" et "jeune adolescente", on attend "jeune adulte"… ] l’archétype de l’escroquerie à l’accueil des réfugiés. C’est d’ailleurs curieux comme l’heure est actuellement à la surveillance, à la vérification et au contrôle de tout ce qui ne ressemble pas à une femme ou un homme de préférence européen, intégré, parlant la bonne langue et titulaire de la bonne carte d’identité.
Pour en revenir à cette pauvre Leonarda, manifestement dépassée par les événements et tête de casting d’un mauvais feuilleton organisé par de piètres scénaristes sur un thème cent fois rebattu interprété par des acteurs de seconde main, on en est maintenant à devoir lire que "les forces de l'ordre n'ont pas fait preuve du discernement nécessaire" parce qu’elles étaient essentiellement "focalisées sur l'objectif de parvenir à regrouper la famille et de ramener la jeune fille auprès de sa mère", ce qui les a empêchées de prendre en compte "le fait que Leonarda Dibrani se trouve dans un bus dans le cadre d'une sortie scolaire" et qu’elles n’ont pas conséquent "n'ont pas pris la mesure des enjeux que représenterait une intervention pour interrompre cette sortie", ce qui les a empêché d’évaluer les conséquences possibles de cette interpellation.
En fait, il faut leur expliquer que des enfants forment un groupe, et qu’il s’agit souvent d’êtres humains qui ont une sensibilité souvent à fleur de peau, du fait de leur âge. Eh ouais, à 15 ans, le corps se transforme, et ce n’est pas toujours facile. Mais nos fonctionnaires de police, ou du moins ceux qui les contrôlent, ne le savent pas, ou bien viennent-ils de découvrir qu’il est nécessaire de le rappeler. Bref, on nous prend pour des crétins en nous débitant des sornettes auxquelles leurs auteurs eux-mêmes ne croient pas. Mais les apparences sont sauves, un marché de dupe est proposé à cette enfant, et on passe à la prochaine. Tout cela relève d’une invraisemblable méconnaissance des rapports humains ordinaires et montre à quel point ceux qui prétendent tout régenter dans nos vies sont d’une ignorance qui, en l’occurrence, glace le sang.
N’oublions pas non plus ce courageux ancien élu qui s’est déconsidéré en se mettant au service d’une entreprise qui ne grandit personne. Car, tout de même, utiliser la confiance de quelqu’un pour lui faire dire où il est et ensuite le répéter la police, quand il s’agit d’une enfant, ce n’est pas très chic.
On oublie trop que la grandeur des démocraties, et leur supériorité, c’est de ne pas se conduire comme les dictatures, de ne pas cultiver la vengeance et de reconnaître le droit à l’erreur. En fait, de ne pas se mettre au niveau de la barbarie, parce qu’on a choisi la civilisation. Chacun son camp !

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