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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Gérard Garrido, le bruit et la NR

Tout avait si bien commencé ! En une de son édition du 4 février 2012, " La Nouvelle République du Centre-Ouest ", dite NR, ne titre-t-elle pas que 34% des habitants de Tours trouvent qu’il y a trop de bruit. Rendez-vous en pages 16 & 17 pour un dossier qui ne manquera pas de mettre les choses au point.
Petite déception quand on doit lire page 16 " en ville mais loin du bruit " surmonté d’un délicat " l’été, j’en ai vraiment ras-le-bol des trains ! " censés répondre à " 92 000 Tourangeaux ont mal aux oreilles " au-dessus d’un " l’Homme n’est pas conçu pour subir le bruit ", ni la bêtise, est-on alors tenté d’ajouter pour faire l’unanimité.

Vient alors ce grand " dossier " que l’on voudrait faire prendre pour une source d’information qui tordrait le cou à tous ces racontars selon lesquels il y aurait des problèmes de bruit à Tours.

Page de gauche, en partie haute, deux témoignages de paisibles riverains qui ne se plaignent en aucun cas d’une circulation automobile, deux-roues motorisés, V.L. et P.L., qui ne saurait damer le pion au trafic ferroviaire. Ce dernier n’est-il pas, depuis la nuit des temps, à l’origine de tous les maux dont les malheureux riverains du chemin de fer sont affligés ? Ne s’habitue-t-on pas à tout, comme le précise Renée qui ne semble pas regretter le temps où ses enfants allaient jouer en bas de chez elle, dans le canal asséché … qui a été reconverti en autoroute urbaine, ce qui représente une flatteuse promotion. Il faut préciser qu’elle parle du temps où il y avait des machines à vapeur, et qu’à l’époque, on était très incommodé par les fumées qui rentraient dans le bâtiment où elle s’est installée en 1964. Raymonde de son coté a trouvé la parade à des nuisances sonores qui ne la dérangent pas en choisissant de dormir de l’autre côté où c’est plus agréable [ mais plus agréable que quoi, puisque tout va si bien que l’on ne trouve rien à redire à la situation, on commence à s’y perdre … ] ou bien de partir en vacances ou en weekend dès qu’elle en a la possibilité [ mais pour fuir quoi, puisque tout va si bien ? ].
Puis ce sont deux honnêtes citoyens qui répondent aux questions du journaliste. Ils vivent dans une sorte de petit paradis en ville loin du bruit, mais pas du centre, à moins de dix minutes de l’hôtel de ville où ils ne doivent pas manquer d’aller faire leurs dévotions, en remerciant le maire d’avoir veillé à ce que les poubelles ne soient pas vidées avant dix heures du matin.
Sur une colonne de droite, une allusion est faite aux particuliers qui tentent depuis des années de réduire les norias de poids-lourds le long de cette autoroute voulue par un maire qui est présenté comme un visionnaire parce qu’il a construit à tour de bras, on dirait maintenant en dépit du bon sens, au temps où il était de bon ton d’adapter les villes aux voitures. La journaliste est par conséquent dans l’obligation d’avoir une pensée, c’est sa formulation [ ! ] pour tous ceux qui militent pour que la liberté de respirer un air relativement propre dans un environnement calme soit envisageable à moyen terme probablement ; c’est louable de sa part, mais ne saurait faire pendant à ces " témoignages " dégoulinant de conformisme et en accord presque préalable avec les décisions de ne rien faire qui seront " actées " par un vice-président de " Tour(s) plus " chargé du développement durable.

Ce personnage s’exprime sur la page de droite de ce " dossier ", pauvre en nouveautés en même temps que constellé de ces lieux communs, de ces poncifs, de ces stéréotypes ou de rappels à ces " règlements " dont nous nous apercevons qu’ils sont faits d’abord pour ne pas déranger ceux qui nous ennuient et ennuyer ceux qui sont présentés comme des gêneurs quand ils s’avisent de réclamer leur dû : celui d’ouvrir une fenêtre sans être submergé par le vacarme de la circulation automobile ou de dormir sans avoir le brouhaha de l’autoroute en bruit de fond.
Ce vice-président, à qui l'on donne obligeamment la parole, s’empresse de dire que " le bruit est une question difficile car soumise à la subjectivité de chacun ". Cette remarque est la plupart de temps le fait de celles et ceux qui ne sont pas confrontés à ce type de nuisance, dont les petits reporters de la NR oublient de préciser, mais c’est sûrement par manque de place, qu’il est le premier sujet de désagréments dont se plaignent et dont souffrent les Français, à l’instar de ces 92 000 Tourangeaux qui n’ont pas encore compris que tout va bien sur le front de cette question difficile car soumise à la subjectivité de chacun. Sacrifiant à une tradition bien établie, le gros de l’article se limite à nous détailler les procédés techniques utilisés pour tenter de donner un semblant de vraisemblance à un " document " conçu par un cabinet spécialisé qui a " déterminé une modélisation des bruits à partir d’un logiciel qui analyse des données très fines ". C’est vrai qu’il faut un certain estomac pour énoncer de pareilles énormités qui aboutissent à un " niveau sonore moyen sur 24 heures " … qui a pour effet de lisser les valeurs, et surtout d’effacer celles qui aurait l’heur de déplaire à Monsieur le vice-président de " Tour(s) plus " chargé du développement durable. Tout le reste est à l’avenant, avec la promesse d’une grande concertation qui devrait déboucher sur l’incontournable document qui ne manquera pas de démontrer, cartes à l’appui, et raisonnements scientifiques à la clef, que tout va bien et que Raymonde, Renée, Maurice et Frédérique sont loin d’être exceptionnels. Il faut dire qu’en regard de ces quatre exemples, les 92 000 Tourangeaux, qui ont mal aux oreilles, sont de peu de poids.
Il y a bien ce rabat-joie de service d’ORL du CHU qui la ramène avec ses excès de cholestérol, ses hypertensions, ses défaillances du système immunitaire qui frappent celles et ceux qui sont exposés à une question qui reste soumise à la subjectivité de chacun, comme dirait l’autre. Qu’il se rassure, on mettra bientôt tous ces gens qui se plaignent d’on ne sait trop quoi à la raison, du plus fort de préférence, qui a la bonne idée de coïncider avec celle du pouvoir, comme cela tombe bien.

Pour terminer, il y a cette petite pépite de mauvaise foi du xyloglotte vice-président etc. qui nous déclare que " l’autoroute est une artère de civilisation, mais il ne faut plus qu’elle soit une balafre de bitume où pétaradent les voitures ". Se rend-il compte de ce qu’il dit ? Probablement pas, car si l’on suit bien sa " pensée ", pour lui, actuellement, l’autoroute est bien l’artère de la civilisation de la balafre de bitume sur laquelle les voitures pétaradent ! Le pauvre homme, espérons que la prochaine fois il ne commettra pas un tel lapsus qui trahit une si curieuse tournure d’esprit ! Il continue d’ailleurs à s’enfoncer en prétendant qu’au nom des travaux effectués par Cofiroute, le fermier général qui s’engraisse des péages, il n’y aurait aucun point noir de bruit, au sens réglementaire, le long de l’autoroute A10 dans la traversée de l’agglomération tourangelle. Voilà à l’évidence un type qui connaît bien son sujet, et singulièrement le sort que ses prédécesseurs ont réservé à leurs infortunés administrés, sacrifiés sur l’autel de cette civilisation de la balafre de bitume sur laquelle …

Citons l’exemple de Madeleine L. [ qui préfère garder l’anonymat ]. Elle a emménagé il y a 45 ans dans un immeuble largement antérieur à la balafre de bitume. À l’époque, le boulevard Heurteloup ressemblait au Mail dont parlent les anciens Tourangeaux, des arbres centenaires en agrémentaient le terre-plein, et il était possible à des enfants d’y jouer en toute quiétude, à l’instar de ceux de Renée, Raymonde, Maurice et Frédérique. La balafre de bitume décidée par le prédécesseur de l’actuel maire de Tours a changé tout ça, organisant le chaos, avec rampe de lancement pour l’accès à l’autoroute, longue ligne droite pour relier la commune voisine, embouteillages pendulaires et autoroute à quelques centaines de mètres, sur laquelle on roule à des vitesses largement supérieures à la réglementation [ une fois le radar franchi ] sans aucune attention pour les riverains. Ils doivent supporter vingt-quatre heures sur vingt-quatre des niveaux sonores constants largement supérieurs aux seuils admissibles, même selon le " document " conçu par ce cabinet spécialisé qui a " déterminé une modélisation des bruits à partir d’un logiciel qui analyse des données très fines ".
Si Madeleine L. a pu bénéficier de l’installation de vitres isolantes, ce n’est que parce que le concessionnaire de l’autoroute a dû le faire à la suite de la mise en service d’une troisième voie de circulation. Doit-on ajouter à ce vice-président d’armée mexicaine que ces double-vitrages n’ont été installés qu’après une vingtaine d’années durant lesquelles on a prétendu qu’il n’y avait pas de problème ; doit-on comprendre que l’on ait alors résolu un problème qui n’existait pas, comprenne qui peut ! Après dix ans de service, les huisseries sont maintenant usées, et on n’a pas encore entendu que Cofiroute se soit manifesté pour les changer. Signalons qu’à l’époque, ce sont à de véritables comptes d’apothicaires [ pardon aux apothicaires ] qu’ont été exposées les copropriétés pour décider si tel logement était ou non " éligible " comme jargonne le vice-président aux galons d’opérette, à la manne du fermier général.
Parce que la vérité, c’est ça et rien d’autre, et cela ne souffre aucune contestation.

Il est bien dommage que l’on n'ait rien trouvé de tout cela dans l’article de la NR, le rédactionnel n’étant manifestement pas à la hauteur du titre prometteur de une ! Comme il est fâcheux qu’aucune place ne soit faite aux solutions, si ce n’est quand notre vice-président nous met en garde : " La carte du bruit n’est pas un document opposable [ ? quelqu’un connaît-il la signification de cette formulation de langue de bois ? ] On ne pourra pas dire : « je suis dans le violet, faîtes quelque chose monsieur le maire ! » ; c’est plutôt un diagnostic, une opportunité donnée aux décideurs de ne pas commettre de bévues sur le bruit. " Outre que l’opportunité de telles formulations est largement discutable, et témoigne d’une grande pauvreté langagière, nous voilà prévenus, pas question d’exciper de ce document pour réclamer justice, c’est silence dans les rangs, et vacarme sur la route !

Maintenant que faire si on veut résoudre la question sonore ?
D’abord, on va regarder ce que l’on fait ailleurs. Les enfants de Madeleine L. en savent, eux, sans doute un peu plus que ce chargé de communication déguisé en responsable d’agglomération chargé d’un développement durable aux contours indéfinis. Dès que l’on passe les frontières, là où les autres ne sont pas plus intelligents que nous, la hauteur, la longueur, la forme, le matériau des murs antibruit changent de modèle : les zones urbanisées, habitées, sont plus ou moins systématiquement mises à l’écart du bruit, au lieu d’être plus ou moins systématiquement ignorées chez nous, des revêtements, certes onéreux mais efficaces, sont systématiquement utilisés pour réduire les bruits dus au frottement, principale source de désordre phonique, etc., comme si on n’avait pas commencé par nier, puis dénigrer, moquer et humilier celles et ceux qui se plaignent de ce qui n’est pas une nuisance subjective. Et comme peu de gens le savent, il y a même un mur antibruit primé pour son architecture, c’est à Utrecht, aux Pays-Bas !

Au moment où Tours se lance, probablement avec raison, mais encore aurait-il été sans doute judicieux de plus chercher à convaincre qu’à imposer, dans l’aventure du tramway, et pour bien connaître Strasbourg, les enfants de Madeleine L. savent que ce moyen de transport change la nature de la ville en y apportant un surcroît de bien-être pour ses habitants, peut-on envisager de distraire quelques millions d’euros que coûterait un mur antibruit pour protéger des dizaines de milliers d’habitants d’une nuisance majeure ? Que pèseraient ces sommes en regard de celles qui vont être mobilisées pour la première ligne de tramway, même si ce ne sont pas les mêmes lignes budgétaires, comme on aime à le dire à ceux qui se mêlent de ce qui les regarde ?

Et puis, comme ne le savait pas ce vice-président, ce dimanche 5 février 2012, la ville était sous la neige [ ce qui a permis à la NR de titrer que la Touraine était sous la neige, décidément, on ne peut rien cacher aux journalistes d’investigation ! ], et les riverains de l’autoroute ont pu goûter quelques heures au plaisir du calme et du silence alors que les automobilistes, pour protéger leur chère voiture, consentaient à rouler lentement, ne générant plus de vacarme, respectant les riverains, allant néanmoins là où ils ont besoin d’aller, sans mettre la pression à quiconque, sans klaxon, sans chercher à dépasser ceux qui sont devant eux. Et là, on n’est effectivement plus dans cette civilisation de la balafre de bitume sur laquelle les voitures pétaradent. Et là, le vice-président n’y est pour rien, c’est l’aléa climatique qui met tout le monde d’accord. Peut-on espérer que la raison soit accessible à ce conseil d’agglomération qui se déciderait, enfin, à tourner le dos au conformisme des bureaux d’étude. Qu’on en finisse avec cette paresse intellectuelle, cet ânonnage laborieux de ces " vérités " dépassées, ces sentences, ces développements qui n’ont de durable que le nom, tout ce qui nous ennuie, tout ce qui fatigue, tout ce qui nous empêche simplement de vivre simplement.

Vous pouvez retrouver cet article de la NR d’un clic sur le lien, ainsi que la carte du bruit, qui n’est qu’un diagnostic, et n’est pas un document opposable ", comme dirait notre préféré de la semaine.
Transmis à la NR et à ce vice-président.

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