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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Habiter quelque part

On peut laisser MM. Ayrault et Valls s'énerver à Notre-Dame des Landes ou ailleurs, expulser des maisons qu'ils habitent depuis des générations des paysans qui ne demandent qu'à travailler et vivre paisiblement, démanteler ces camps de Roms qui n'iront qu'un peu plus loin moisir dans la même misère, et prétendre que le changement déjà en marche et que le gouvernement va de l'avant et prend les mesures indispensables à la construction d'un avenir meilleur.

Côté logement, on sait que, pour le moment, les choses ne semblent pas s'arranger. C'est du moins le constat dressé par la fondation Abbé Pierre qui, depuis maintenant plus de deux générations, et sous des formes diverses, cherche à offrir aux plus défavorisés un toit qui ne soit pas un taudis infect.

On passera sur le dossier consacré à "l'habitat indigne". A la description qui est donnée de certains lieux, on se dit que seuls des êtres humains peuvent accepter de vivre dans de telles conditions - des animaux, eux, seraient partis, ou seraient morts. Après tout, le siècle passé, et celui que nous entamons, ont été prodigues en horreurs, et notre esprit semble devenu presque imperméable à la misère ou à la souffrance d'autrui.

On passera aussi sur cette photo, en vingtième et dernière page, qui montre le président de la République (François Mitterrand) avec à sa gauche(!) l'Abbé Pierre et à sa droite Hervé de Charrette (à l'époque ministre de droite et de quelque chose de certainement très social) le jour de la remise du rapport de Haut Comité pour le logement des défavorisés. Cette photo a dix-sept ans. Depuis, il faut espérer que des progrès ont tout de même été accomplis.

Mais on ne passera pas sur le projet de loi actuellement dans les tuyaux et qu'a présenté la ministre idoine, une certaine Mme Cécile Duflot, par ailleurs opposante déterminée à la construction d'un aéroport à Notre-Dame des Landes (pas la peine de rire, c'est bien assez triste comme cela).

Vente du foncier public à prix cassé, modification de la loi "SRU" (part de logements sociaux portée de 20 à 25%, multiplication par cinq des pénalités), autant de bonnes mesures. Mais qui seront bien longues à mettre en œuvre.

Pourtant, une mesure aurait créé l'indispensable choc économique et psychologique qu'on attend encore dans ce domaine : la réquisition. Seule la réquisition permet de loger, sans délai, ceux qui sont actuellement confinés dans des taudis, sans que les propriétaires soient le moins du monde lésé - on n'est pas moins propriétaire d'un logement parce que s'y trouve ou pas un occupant. Seule la réquisition donne aux propriétaires (personnes privées ou institutions publiques ou privées) un signal clair et précis sur la volonté de l'Etat de résoudre le,problème du logement indigne. Seule la réquisition permet de remettre sur le marché des centaines de logements, les propriétaires préférant alors choisir leurs locataires plutôt que de se les voir imposer par la puissance publique.

Mais la réquisition, c'est aussi le mal absolu: en mettant un terme (ou en en donnant la perspective) à la pénurie, on dévalorise les patrimoines immobiliers, on affaiblit les fortunes, on disqualifie les principes qui ont fait les quelques dizaines de fortunes qui dictent leur loi.

Et c'est bien pour cela qu'on ne réquisitionnera pas.Courageux, certes. Mais pas téméraires, nos gouvernants.

RH

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