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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

indemnités plafonnées ? voire !

Dans une enquête publiée par les Dernières Nouvelles d’Alsace le dimanche 16 septembre 2012, deux références journalistiques régionales font le point sur le cumul des mandats des parlementaires alsaciens. Outre que l’exercice est trop réduit pour être significatif des comportements de ces élus qui s’estiment obligatoirement au taquet des indemnités, ou qui pensent que le travail fourni par une structure est proportionnel au nombre de vice-présidents [ et par conséquent d’élus fortement rétribués ], on relève cette phrase qui doit tout de même être précisée : "Premier enseignement de cette enquête : il s’agit de moins en moins de boulimie de pouvoir, d’autant plus que les indemnités additionnées sont désormais plafonnées. Souvent, c’est l’itinéraire électoral du parlementaire qui explique le processus. D’abord élu dans une commune, il en devient maire, puis, grâce à ses collègues élus, éventuellement conseiller général, puis sénateur ou député.", écrivent Jacques Fortier et Franck Buchy.
On précisera à nos deux experts que les indemnités ne sont que partiellement plafonnées, les gros lourds du cumul ayant recours à la pratique dite de redistribution de l’écrêtement. Il s’agit pour ceux qui pourraient prétendre à plus du plafond [ un peu plus de huit mille euro par mois ] d’avoir la faculté de redistribuer ce qui ne leur a pas été servi à d’autres élus ou à des collaborateurs appartenant à leur cabinet. Tous les débordements fruits de l’imagination humaine sont alors permis. On a même parlé de l’un gavant sa famille quand l’autre arrose des élus non rétribués par ailleurs. Il est intéressant à ce propos de citer Monsieur le Sénateur J.-L. Masson : "Ce système reste toutefois à l'origine de nombreuses dérives : clientélisme politique pour assurer la majorité dans un conseil général, reversement par un maire au profit d'une élue municipale avec laquelle il est lié à titre familial ou personnel."
Cette pratique est d’autant plus insupportable qu’elle émane de celles et ceux qui n’ont jamais de mots assez durs pour nous contraindre à l’austérité quand il ne s’agit pas de nous convaincre qu’une bonne cure de misère ne nous ferait pas de mal, demandez aux Grecs ce qu’ils en pensent.
Cela a amené des parlementaires à déposer, tant à l’Assemblée nationale qu’au Sénat des projets de loi tendant à supprimer la possibilité de redistribuer l'écrêtement des indemnités des élus en cumul de mandats. Ces propositions dépassent les lignes de fracture partisane, puisqu’elles émanent tant de la droite que de la gauche, ce qui est somme toute rassurant quant au niveau moral des représentants que la Nation a choisis. Là où le bât blesse, c’est que bien qu’un amendement supprimant cette possibilité de redistribution de l'écrêtement ait été voté en Juin 2011 par l’Assemblée nationale et qu’il ait été entériné par la commission mixte paritaire, avec l'accord du Gouvernement, un amendement du président du groupe UMP du Sénat a été voté le 11 juillet 2011 pour rétablir le statu quo. Le lendemain, l'Assemblée nationale confirmait cette position !
La proposition de Monsieur le Sénateur J.-L. Masson comportait un article unique : « La part écrêtée du montant total de rémunérations et d'indemnités de fonction visé ne peut faire l'objet d'un quelconque reversement, même indirect. »
C’était manifestement excessif, mais il est fâcheux que la règle de l’information minimale ait prévalu, à tel point qu’il existe des journalistes qui s’obstinent à faire croire que les indemnités sont désormais plafonnées.
Tout cela ne serait-il pas en fait que l’écume de la vague ? Ces histoires d’indemnités, de pléthore de vice-présidences, de mise en place de systèmes claniques ne sont-elles pas le symptôme d’un mode de désignation des élus qui les encourage à adopter des méthodes moralement insoutenables. Alors que le vote préférentiel permet d’élire celles et ceux qui travaillent réellement au service de l’intérêt général [ on citera le cas de ce député néerlandais élu bien que figurant à la trente-huitième place de la liste de son parti, le CDA, qui n’a obtenu que treize sièges à la Chambre basse ], nous restons hystériquement accroché à ce sacro-saint scrutin majoritaire de circonscription qui met en selle de petits hobereaux insipides passant l’essentiel de leur temps non pas à organiser l’avenir au service de l'intérêt collectif mais à s’assurer une rente, financière en l’occurrence.
On aimerait que les journalistes si prompts à délimiter les contours de la bonne conduite politique aient aussi quelques instants pour éviter de brouiller les cartes en répandant le trouble et la confusion.

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Régis Hulot 20/09/2012 08:42


Il est bien attristant de constater que nos parlementaires ont bien du mal à se montrer vertueux, et que la gent journalistique, du moins une partie de cette catégorie professionnelle riche en
donneurs de leçons et pourvoyeurs de conseils, a tout autant du mal à dénoncer comme il convient les errements des élus de la République - à moins que ces personnages, ce qui est tout à fait
improbable, ne bénéficient ad hoc des largesses que permet cet "écrêtement" bienvenu.
Là n'est pas mon affaire.

J'aimerais revenir sur le cumul, le scandaleux cumul des mandats et des fonctions, qui a pour effet que, faisant mine de faire beaucoup de choses, on n'en fait bien aucune.

Je voudrais rappeler un bon exemple qui nous vient de l'antiquité romaine. Il y a plus de deux millénaires, Rome, qui a semé une forme de civilisation dans tout le continent européen et un peu
au-delà, a inventé le "cursus honorum" (on trouve cette entrée dans Wikipédia), la "course des honneurs", qui faisait qu'on commençait au bas de l'échelle des fonctions publiques, pour achever
une carrière au sommet en devenant Consul (la fonction de Dictateur était de nature et d'accès différents). De ce fait, le tri se faisait assez naturellement et seuls ceux qui avaient assez de
santé, d'ambition, de courage, et de compétences (de talents aussi, à tous les sens du terme!) parvenaient au faîte des responsabilités.
J'insiste sur le fait que les deux journalistes cités par Pumpernickel donnent l'impression de justifier le CUMUL ("D’abord élu dans une commune, il en devient maire, puis, grâce à ses collègues
élus, éventuellement conseiller général, puis sénateur ou député"), alors que le cursus honorum organise la SUCCESSION des mandats, ce que n'est tout de même pas la même chose.

Les hommes ne sont que ce qu'ils sont, mais rien ne leur interdit de consentir à un effort qui pourrait leur valoir honneur et respect. Interdire le cumul (des mandats, des fonctions, des
indemnités et de tous les grands et petits avantages annexes, car il y en a) devrait aller de soi, et ouvrir la porte du service de la République à de nombreux autres citoyens. On verra ce qu'il
en sera dans les mois à venir.

J'espère quant à moi ne pas avoir à constater que les élus d'aujourd'hui ne sont pas meilleurs que ceux d'hier. On connait déjà le fameux aphorisme selon lequel le pouvoir corrompt, et le pouvoir
absolu corrompt absolument. On sait aussi que le pouvoir ne se partage pas, et que le pouvoir absolu ne se partage absolument pas.
La présente majorité parlementaire nous apprendra-t-elle que pour devenir riche il faut s'emparer de l'argent des autres, et que pour le rester il faut éviter de le partager?


 


RH