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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Juppé_retraites_“ concertation ”

Alors ça y est, les restes de “ notre ” gouvernement engagent la “ concertation ” sur la “ réforme ” des retraites. Et pour être franc, côté pouvoir, on est gâté. C’est un ancien liquidateur, qui a travaillé jusqu’en 2002 dans un cabinet d’audit pour entreprises, le nouveau ministre du travail, 4ème du “ cabinet Fillon ” [ merci la stabilité ministérielle ! ] qui va “ négocier ” avec les “ partenaires sociaux ”.

On est bien obligé d’utiliser les guillemets, c’est une façon de mettre le lecteur en garde face au jargonnage de ces individus qui galvaudent les concepts et s’approprient le vocabulaire de leurs opposants pour les disqualifier et brouiller leur message.

L’actuel occupant du ministère de la rue de Grenelle gagne à être connu. Il est le grand inspirateur de la RGPP, acronyme barbare qui désigne la révision générale des politiques publiques, s’inspirant elle-même de la LOLF, loi organique relative aux lois de finance. En fait il s’agit d’un montage pseudo-juridique qui permet de mettre en musique ce que tous ces gens entendent raconter par les gourous qui les inspirent dans les séminaires néo-libéralistes qu’ils fréquentent. Le maître-mot de tout cela, c’est avant tout qu’il faut en finir avec la fonction publique, que la précarité doit être la règle [ sauf pour eux, et si l’occasion se présente pour leurs amis et alliés ], que la pression doit être mise sur ceux qui travaillent [ les plus nombreux, les plus pauvres, ceux qu’ils ne connaissent pas ] et que tous les avantages doivent détournés au profit de ceux qui possèdent [ les moins nombreux, les plus riches, ceux qu’ils connaissent ], le tout au nom de ces déficits que notre inconscience et notre ignorance nous auraient fait creuser, nous les manants qui vivont au-dessus de nos oyens. À ce titre, le scandale du “ bouclier fiscal ” qui permet aux mille ménages les plus riches de récupérer 368 millions d’euros n’en finit pas d’entacher d’ignominie l’initiative de ceux qui l’ont fait voter. Et à ce titre, l’actuel ministre du travail, habitué des maroquins, porte une responsabilité évidente.

Il était aussi, l’est-il encore, un proche du maire de Bordeaux. Encore un personnage qu’il est presque comique, si le sujet n’était pas pour beaucoup d’entre nous proprement tragique, de l’entendre gloser sur les retraites, les sacrifices que l’on doit demander aux plus fortunés pour soulager la misère des malheureux, la justice sociale et son avenir qu’il a du mal à envisager autrement que présidentiel. Pour un peu, il nous referait ce coup de la fracture sociale qui a si bien marché lorsque celui qu’il a servi s’en est emparé pour mettre un peu de populaire dans son discours de 1995.

Tiens, oui, au fait Monsieur A. Juppé, ça ne vous rappelle rien ? Les grandes grèves de 1995 lorsqu’il a voulu lancer la “ réforme des retraites ” et qu’il était “ droit dans ses bottes ”, l’homme de la dislocation nationale, de la désagrégation des solidarités, du dynamitage du système hérité du Conseil national de la Résistance. Donc, Monsieur A. Juppé est effectivement le personnage le plus qualifié pour parler des retraites comme il le fait en s’abandonnant à une interview de ce qui a été le journal de référence de la presse française, et qui n’est même plus l’ombre du quotidien vespéral des marchés. Cela se passait durant le weekend. Et ce qu’il dit sur la solidarité, sur la rupture à laquelle il prétend n’avoir jamais adhéré et autres billevesées, prend une saveur particulière quand on se transporte quelques années auparavant.

Nous sommes en 2003. Lui qui militait depuis des années pour l'allongement de la durée de cotisation des fonctionnaires, au moins à quarante ans, n’a pas manqué de faire valoir ses droits à la retraite d'inspecteur des finances après… trente-huit ans et trois mois ! Le président de l'UMP s’est défendu en affirmant qu'il ne fait qu'appliquer la loi. Et c'est exact : bien qu'il ait peu fréquenté l'Inspection des finances, Alain Juppé a pu cotiser en tant qu'élu détaché de son corps d'origine. Les cotisations sont calculées sur la base du traitement qu'il aurait touché s'il était resté à l'Inspection des finances, en tenant compte de l'avancement à l'ancienneté. Théoriquement, la retraite ne peut être prise qu'à 60 ans, mais il existait une dérogation pour les élus en cours de mandat, qui ramène la barre à 50 ans ! À 57 ans et demi, Alain Juppé n'était pas pour autant le plus jeune élu-fonctionnaire à la retraite. Laurent Fabius, par exemple, a pris en 2001 sa retraite du Conseil d'Etat à 55 ans.

Lorsque la procédure de liquidation sera achevée, la retraite d'Alain Juppé devrait atteindre 3 654 euros par mois. A cela s'ajoutent ses indemnités de maire, de 1er vice-président de la communauté urbaine, etc. Toutefois, ces indemnités sont plafonnées à une fois et demie l'indemnité de base de député. La retraite de fonctionnaire, en revanche, est pleinement cumulable. Le revenu global de Juppé le met donc à l’abri du besoins et son comportement [ “ j’en profite pendant qu’il en est encore temps ”, et “ c’est moral parce que c’est légal ” ] lui donne toute légitimité pour nous faire la leçon. On se demande pourquoi, en vue des présidentielles, il ne s’est pas encore associé à son nouvel ami, Monsieur M. Rocard, celui qui répète jusqu’à nous en donner la nausée qu’il est très important, quand on veut “ engager une réforme ”, de le faire dans le plus grand secret de façon à prendre les adversaires par surprise pour ne pas leur laisser le temps de riposter. Voilà encore quelqu’un qui se fait une grande et belle idée du fonctionnement de la démocratie. Pas étonnant qu’il ait servi de faire-valoir, en compagnie de Monsieur A. Juppé, à une pseudo-commission chargée de “ réfléchir ” sur la taxe carbone, enterrée avant sa conception.

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