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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

conseil d'alsace, ou l’emballement général – § 14

C’était le 23 décembre dernier, commis à la propagande régionale, Monsieur J. Fortier, que l’on a connu mieux inspiré, se fendait d’un article nous mettant en garde vis-à-vis des résultats de la prochaine consultation dont nous serons victimes début avril 2013. Rendez vous compte, "le 6 juillet 2003, à 2 190 voix près (soit 2 % des exprimés), la Corse disait non à une collectivité territoriale unique." Mais, se reprend-il aussitôt, "le contexte politique d’alors y était pour beaucoup." C’est sans doute cela qui sauvera peut-être la chimère politico-administrative imaginée par le boulangisme régional au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes probablement. On passera évidemment sur le rappel des précédents qui n’ont rien à voir puisqu’ils concernaient des entités qui sont géographiquement et socialement complètement différentes de la situation que nous connaissons, à moins de considérer l’Alsace comme une île, excentrée et dépendante de la manne métropolitaine ; la comparaison est par conséquent ridicule.
Non, c’est la Corse qui intéresse Monsieur J. Fortier, et on se demande encore pourquoi. Un millions deux cent soixante-dix mille électeurs inscrits en Alsace, cent quatre-vingt-dix mille en Corse, soit six à sept fois moins, des histoires politiques, sociales et économiques qui n’ont rien à voir, rien de tout cela ne semble déranger notre analyste qui poursuit sur un ton qui finit par engendrer le rire puis la pitié. D’accord, il s’agissait de "unifier" deux départements, mais notre professeur d’occasion aurait sans doute pu nous rappeler qu’au départ, avec le numéro "20", la Corse était un seul département, si bien que l’on revenait à la case "départ", constatant l’insuccès, c’est le moins que l’on puisse dire, de la précédente solution. Que l’on sache également, le conseil régional d’Alsace n’a pas les contours de l’assemblée corse, au statut particulier pas si lointain de ceux des TOM. Et même si Monsieur J. Fortier le fait remarquer, il continue à s’embarquer dans l’impasse de la justification des projets boulangistes.
Il ne semble pas gêné que l’on ait transposé ce système de prime au gagnant propre aux régimes autoritaires. Tout ce qui sert de modèle ou de référence quand il s’agit de nous bassiner avec les réussites des autres, c’est-à-dire "le modèle d’Europe du Nord" a banni ce dérégulateur démocratique, qui quand on l’explique aux étrangers, en particulier avec les municipales, provoque immanquablement chez l’interlocuteur un regard d’incrédulité qu’il est difficile de dissiper. Après nous avoir dit que les villes votaient "non" et les campagnes "oui", ce qui risque de se produire chez nous, voilà qu’il nous rejoue le thème "les extrêmes" contre "les médians", antienne que l’on connaît bien et qui a été abondamment utilisée lors de la campagne de matraquage à l’occasion du texte Giscard, dit traité constitutionnel européen. Il n’est pas à une erreur près lorsqu’il confond "projet Juppé" et "projet Fillon" "sur les retraites", écrit-il prudemment, sorte d’euphémisme pour nous rappeler la casse sociale organisée par la droite, et dramatiquement avalisée par la gauche. Mais qu’importe, le rouleau compresseur aplatit tout sur son passage, autorisant les raccourcis les plus surprenants.
Soucieux de bien faire, Monsieur F. Buchy, également dans les colonnes du premier quotidien d’Alsace [ on n’ose plus parler d’un quotidien d’information ] remet le couvert mais avec plus de précautions, manquant manifestement d’enthousiasme. Il préfère comparer "avec des pincettes" les divers précédents, ce qui est de sa part le signe d’un certain recul dont on ne saurait blâmer les journalistes.
On notera tout de même le recours à cet insupportable anglicisme, sorte de tic de langage de mauvais goût, quand il écrit que "le référendum alsacien du 7 avril prochain pourrait être impacté par une actualité particulière ou un contexte économique et politique qui feraient que les Alsaciens voteraient pour bien autre chose que de répondre à la question posée" [ pumpernickel suggère : "une actualité particulière ou un contexte économique et politique amenant les Alsaciens à voter pour bien autre chose qu’une réponse à la question posée pourraient affecter le résultat du prochain référendum." ].
Effectivement, comme il le fait remarquer, et si la consultation prochaine était une manifestation supplémentaire du décalage entre des élus qui ont concocté un projet et des citoyens qu’il ne concerne pas ? Avec prime au "tous pareils, tous pourris" lancé par les héritiers des émeutiers du 6 février 1934 qui chargeaient les gardes mobiles avec des rasoirs et des billes d’acier en scandant "À bas la démocrassouille !". Quelle tête aura le Boulanger lorsqu’il aura divisé "sa" région, qu’à l’évidence il n’aime que lorsqu’il la possède intégralement, attisé les conflits et cristallisé les oppositions ? Mais a-t-il envisagé un tel scenario ?
Ce bref instant de lucidité étant passé, Monsieur F. Buchy reprend le fil de la propagande institutionnelle en énumérant les axes que nous aurons à supporter dans les trois mois qui viennent : réduction significative du nombre des élus [ ça, c’est pour flatter l’extrême-droite ], réalisation d’économies substantielles [ ça, c’est pour flatter la bourgeoise ], simplification et efficacité accrue du service public [ ça, c’est pour flatter les gogos ], garantie d’un équilibre géographique [ ça, c’est pour flatter les "localistes" ] et assurance que l’Alsace peut prendre vraiment son destin en mains [ ça, ça ne veut rien dire, mais ça ne mange pas de pain ]. Là, c’est le recopiage intégral des "éléments de langage" fournis par les services "communication" des trois assemblées réunies.
Dans tout ça, où en seront les recalés du bonheur libéraliste, égoïste, cupide, mercantile qui nous est vendu au quotidien, que restera-t-il du droit du travail [ que le "projet" s’apprête à dynamiter ], que subsistera-t-il de l’égalité entre les citoyens d’un même pays, chacun peut compléter la liste à sa guise.
Le plus stratégique, même si ce n’est pas le plus civique, c’est bien de ne pas aller voter, pour que la barre du quart des inscrits ne soit pas atteinte et qu’il rentre à Ingwiller son projet sous le bras.

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