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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

conseil d’Alsace : pilonnage de la PQRV – § 15

PQRV : presse quotidienne régionale de révérence

Nos duettistes régionaux s’en donnent à cœur joie en alternant un coup pour toi un coup pour moi les dithyrambes à l’idée géniale de notre phare de la réflexion locale, on parle évidemment de Monsieur P. Richert, appelé ici “ le Boulanger ”, parce qu’il roule tout le monde dans la farine.
Jeudi 27 décembre, il s’agit de faire le résumé de l’actualité 2012. Comme on n’imaginait même pas s’y attendre, c’est, à la surprise générale, le futur referendum qui occupe une petite moitié de la page sous le titre éminemment objectif “ collectivité unique, un choix historique, un référendum pour une Alsace réunie ”. Autrement dit, celles et ceux d’entre nous qui auraient la mauvaise idée de bouder les urnes passeront à côté de l’Histoire, rien que ça, sans oublier qu’ils se détermineront pour une Alsace désunie. Cela fait penser à cette réponse de l’actuel président de la République à qui on demandait de se déterminer sur l’ordre juste prôné par Madame S. Royal lors de la campagne de 2007 : “ Pourquoi ? Devrait-on lui préférer le désordre injuste ? ”. On voit déjà ce que va être la campagne de cette consultation, calquée sur celle du texte Giscard, quand les “ Oui-istes ” étaient des Européens, eux, qui devaient combattre les partisans du NON, ces eurosceptiques rassemblant toutes les formes de l’extrémisme, puisque chacun sait que l’extrême-droite, c’est la même chose que l’extrême-gauche [ c’est probablement ce que l’on doit réciter dans les écoles des cadres du parti de la presse et de l’argent ].
Suit un article en sept points du commis de service, l’habituel Monsieur J. Fortier, qui sait faire la part des choses, lui : enjeu, règles, si c’est oui, si c’est non, arguments du oui, arguments du non, s’agit-il d’un débat politique ? C’est propre et net, factuel et on ne peut plus objectif. Par exemple, si c’est non, “ le projet pourra être repris dans quelques années si l’opinion a évolué. ” On comprend de mieux en mieux que c’est la technique utilisée au Danemark ou en Irlande qui va resservir jusqu’à ce que l’on se décide à approuver, une fois les règles changées pour que les promoteurs de cette usine à gaz aient enfin ce dont ils rêvent : une région autonome où ils pourront régenter à leur guise d’infortunés habitants dépouillés des garanties que leur donne la Constitution nationale. Au passage, notre caudataire ne manque de qualifier de “ certains ” ces crétins qui persisteraient à ne pas comprendre la portée universelle de l’initiative boulangiste quand les partisans du “ oui ” en sont forcément les avocats. On appréciera le choix des mots qui est tout sauf innocent. Il n’hésite pas à mettre sur le même plan la démolition du droit du travail avec la guéguerre que les petits nobliaux issus de l’aristocratie élective affectent de livrer au sujet du siège de ceci ou de cela. C’est en effet complètement pareil, et en parler en même temps montre de sa part une grande propension au discernement. Monsieur enfonce le clou en décernant un brevet de science politique à celui qui est à l’origine de tout ce charivari, n’hésitant pas à qualifier cette affaire de débat politique au sens noble. Alors, on en reste interdit : c’est quoi la politique au sens mesquin ? Et vouloir devenir suzerain des baronnies alsaciennes pour satisfaire un ego multidimensionnel étriqué, ce n’est pas de la politique ordinaire, par hasard ? Nous aurons tout de même eu le privilège de voir énumérer, une fois de plus les grandes lignes de la campagne des oui-istes, à savoir, simplification équilibre, proximité, compétences élargies et taille suffisante pour peser en Europe. Ben tiens !

Comme il fallait s’y attendre, l’Alsace, deuxième quotidien régional et depuis peu plus ou moins succursale du premier, emboîte le pas en donnant la parole au témoin de moralité que tout le monde attendait, sorte de juge de paix locale, qui est là pour nous faire part de ses idées sur la question. On aime bien Monsieur J.-M. Bockel parce que c’est un homme de grande conviction, qui sait respecter les engagements tenus, et dont la fidélité à ses serments est reconnue par tous. N’a-t-il pas rejoint la droite dure, conquérante, insolente et arrogante en 2007 en échange d’un sous-maroquin à la coopération dont il a vite été déchargé pour recevoir celui de la Défense puis de la Justice. Si quelqu’un peut citer une mesure prise sous son autorité, qu’il se fasse connaître. Localement, il a enjoint à ses compagnons de lutte auxquels il doit ses fauteuils de maire, de député, de sénateur, de ceci et de cela de le suivre ou d’être relégués dans une opposition à laquelle il sait mener la vie difficile. Pour l’honneur de la Gauche, Pierre Freyburger n’a pas baissé la garde. Monsieur J.-M. Bockel était donc tout désigné pour se faire entendre après avoir été si discret ces derniers mois. Et que nous dit-il ? Qu’aucune des critiques, même pertinente, ne justifie le refus de soutenir le projet. On a fait plus enthousiaste, non ? Il nous remet ensuite le couvert habituel sur la simplification, l’innovation et le renforcement de l’Alsace mais ne semble toujours pas convaincu sur le contenu ou le fonctionnement que l’on peut améliorer. Où l’on voit que sa fréquentation assidue des allées du pouvoir, à gauche d’abord, et à droite dure ensuite lui ont appris le B-A-BA de la langue de bois de base. Puis il se lâche sur sa vision de l’Alsace, une conurbation structurée par les grandes agglomérations [ ça, c’est pour nous en mettre plein la vue avec une conurbation qui va sûrement faire florès ] qui auraient vocation à fusionner [ ? ! ] et des discussions autour de ce tropisme colmarien [ tropisme : n.m., force obscure qui pousse un groupe, un phénomène, à prendre une certaine orientation. ] qui le contrarient. Et lui qui voudraient que tout le monde s’unisse ne supporte pas d’être représenté par Colmar : l’Alsace réunie n’est manifestement pas pour demain, n’en déplaise au premier quotidien d’Alsace !
Emporté par son élan autonomiste dans une Alsace autonome et néanmoins réunifiée, il envisagerait que le CESER, cette assemblée des corporations où l’on joue au conceptuel, s’installât à Mulhouse, à condition que ses élus s’y installassent eux-mêmes. Il oublie seulement que les membres de ce conseil ne sont pas élus, mais peut-on tout savoir ?
Ensuite, après avoir consciencieusement tapé sur Colmar, il s’en prend à Strasbourg, petite capitale régionale à l’échelle européenne qui ne peut pas vivre sans Mulhouse, l’autre pôle de l’Alsace. Si on comprend bien, il aimerait bien que “ sa ville ” concentre toutes les institutions de la nouvelle collectivité territoriale d’Alsace puisqu’elle compte tout de même 250 000 habitants. Ajoutons qu’elle a l’avantage d’être complètement excentrée, mais cela est-il un problème quand on sait que Bratislava est la capitale de la Slovaquie, à quelques dizaines de kilomètres de Vienne.
Laissons-lui cette plaisante conclusion sur la réussite obligatoire du referendum :
"Nous devons rassembler les forces politiques, économiques, sociales et culturelles, autour d’une pédagogie claire [ il veut sans doute parler de communication, ce substantif que les xyloglotes utilisent quand ils ne veulent pas parler de propagande ]. Il faut parler à nos concitoyens de compétences, de proximité, de mutualisation et d’une nouvelle dynamique qui permettra de renforcer la région. La mutualisation entraînera des économies d’échelle. Mais quand on rassemble de manière démocratique, cela n’est pas immédiat. En revanche, on est tout de suite plus fort ensemble et plus efficace au service du territoire. Mais je suis inquiet. Et je dis : halte au feu, aux petites phrases blessantes, aux craintes surjouées ! Que Strasbourg, qui est siège de la nouvelle collectivité, aussi joue la confiance ! Je suis sûr que nous trouverons la bonne formule. Si certains socialistes et d’autres forces jouent l’échec, ils seront responsables de l’échec. Mais nous devons réussir le référendum ensemble. Donner envie aux Alsaciens de se déplacer pour répondre à la question posée. Ils ne le feront que s’ils ont conscience qu’il y a là une chance historique de nous affirmer ensemble. Sinon, nous pourrons pleurer encore 30 ans sur les effets du centralisme parisien… [ qu’il connaît bien pour avoir si souvent fréquenté les allées du pouvoir, quelle que soit la couleur réelle ou présumée de ce pouvoir ]."
On avait besoin d’un message clair et mobilisateur. Eh bien, ça y est, on sait vraiment à quoi s’en tenir : les Colmariens ne veulent pas se laisser dicter leur conduite par les Strasbourgeois, ou pire encore par les Mulhousiens, les Mulhousiens veulent être le fer de lance de l’Alsace qui aura sa vraie place dans l’Europe et ne comptent pas laisser quelque miette que ce soit aux Strasbourgeois, et les Strasbourgeois veulent défendre bec et ongles la place prépondérante de leur ville, à quelque niveau que ce soit. Comme on le constate, l’unité est déjà faite dans la cacophonie, et les éléments sont maintenant réunis pour que nous organisions des fêtes de la Fédération le 7 avril, histoire de nous retrouver entre nous, loin de ces hobereaux de pacotille hypnotisés par les destins auxquels ils se croient promis.

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