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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

les agriculteurs ont manifesté…

Qui pourrait bien refuser à une catégorie professionnelle le droit de manifester pour appuyer ses revendications ? Et que son cortège soit encadré par des forces de l’ordre, histoire d’éviter, ou au moins de limiter les débordements, est a priori tout ce qu’il y a de normal. Qu’il en résulte de la gêne pour celles et ceux qui n’appartiennent pas à cette catégorie professionnelle fait aussi partie du jeu, les termes en étant que la démonstration de la force des uns générant l’infortune des autres fera comprendre aux tiers qu’ils ont intérêt à revoir leur copie. Cette fois, c’était la directive nitrate qui était à l’origine de l’ire paysanne, provoquant le rassemblement d’un millier de tracteurs qui sont parvenus à entraîner une petite soixantaine de kilomètres de bouchons autour de 18h00 hier à Strasbourg. Les organisateurs sont parvenus à un résultat qui dépassait leurs espérances, ce qui signifie peut-être qu’une trentaine de kilomètres de ralentissement auraient été suffisants. On en a vu les derniers effets hier soir, vers 19h00, quand une dizaine de tracteurs était escortée par deux motocyclettes et une fourgonnette de la Gendarmerie sur la D 263, provoquant un convoi d’une bonne cinquantaine de véhicules en amont. On citera également cette infortunée employée d’un service public à caractère commercial qui a mis plus de trois heures à rentrer de Strasbourg. Quant à la voierie de la capitale de la future région unifiée, elle était dans un tel état que l’on a dû mobiliser une petite centaine de fonctionnaires municipaux pour lui redonner un semblant d’allure. Renouant avec les bonnes vieilles habitudes, quand la FNSEA mettait à sac les bureaux de Madame D. Voynet, et en marge de la manifestation comme l’écrit le premier quotidien d’Alsace [ en marge ? ], quelques remorques de fumier ont été déversées devant le siège de l’A.F.R.P.N., dite Alsace-Nature, cible privilégiée de ces jardiniers de la Terre, comme ils aiment à se définir, en tout modestie évidemment.
Curieusement, on n’a pas entendu parler d’usagers pris en otages, de revendications corporatistes, de défense d’avantages acquis, ou d’un quelconque refus d’on ne sait quelle modernité dont il est interdit de contester la dynamique, tant elle serait porteuse de ce progrès dont il est malvenu de contester les bienfaits. On a même vu ces mêmes défenseurs de la nature comprendre la colère des petites mains de l’agro-industrie et se fendre d’un communiqué où l’on a fustigé les modèles de production nord-européens et la PAC qu’ils inspirent. Nul doute que pour ne pas déplaire à une bande d’irresponsables décidés à en découdre avec ceux qu’ils taxent eux-mêmes d’extrémistes, souvent khmers verts, aucune plainte n’aura été déposée ; peut-on compter sur l’administration judiciaire pour ne diligenter aucune enquête, et n’envisager aucun rappel sinon à la loi, du moins au respect des autres ?
collageÀ titre personnel, on a préféré l’action coup de poing menée quelques jours auparavant par les jeunes agriculteurs du secteur de Wissembourg [ clic sur l'image pour l'agrandir, ou clic sur le lien pour voir l'album ] sur le site de cette désespérante zone dite d’activité, où le moins que l’on puisse dire, est qu’il ne s’y passe pas grand-chose. Ils y ont semé u hectare de blé, quantité suffisante pour fabriquer une bonne vingtaine de milliers de baguettes qui seront livrées à la banque alimentaire. Il s’agissait manifestement de mettre le doigt là où ça peut, quand on parle de cet aménagement du territoire, naturellement envisagé de façon cohérente [ puisque c’est la signification de cet acronyme barbare SCoT, schéma de cohérence territoriale, contrairement aux apparences ], qui se solde, tous les dix ans, par le passage de l’équivalent d’un département français, soit 5 000 km2, de l’état de terre agricole à zone asphaltée. Pour être franc, nous sommes particulièrement gâtés à Wissembourg, où après avoir fait leur affaire aux vergers qui ceinturaient la ville, donnant à son entrée un cachet que beaucoup nous enviaient, on s’attaque désormais à ces insupportables dents creuses que l’on construire de ces innombrables logements dont nous avons un impérieux besoin, sachant que selon les projections des cerveaux qui nous régentent, nous devrions avoir besoin, à un proche horizon, d’au moins deux logements par habitant.
Qui pourrait bien refuser à des citoyens responsables le droit de se réapproprier, collectivement, des terres arables que des aménageurs en culotte courte ont stérilisées pour y implanter des usines ? S’est-on demandé à quoi rimait tout ce cinéma, alors que toutes les décisions qui sont prises, au nom de la compétitivité et de la mise en concurrence captive et faussée, concourent à déplacer, vers de lointains horizons, toutes les productions locales, appauvrissant les uns sans enrichir les autres.
C’était bien vu de la part des jeunes agriculteurs locaux que de poser en termes simples la question de l’absurdité des choix qui sont faits de préférence en dehors de toute discussion et si possible de manière à mécontenter le plus grand nombre. Le fiasco du champ d’éolienne en est un exemple vivant. C’était assurément mieux vu que de provoquer, sans lendemain, des kilomètres de mécontents qui ne garderont que le souvenir d’avoir été incommodés, sans avoir eu la possibilité de confronter quelques points de vue que ce soit.

Résumé des articles disponibles sur le site des Dernières Nouvelles d’Alsace d'aujourd'hui :
STRASBOURG Manifestation d’agriculteurs 1 000 tracteurs dans la ville : les raisons de la colère
Les agriculteurs, qui ont convergé de tout le département ont littéralement paralysé la circulation dans toute une partie de la ville, semé de la paille, du fumier et du lisier sur leur passage et jeté des œufs sur la façade de la DDT et ont enfin semé, en fin de journée, une pagaille monstre sur les routes de l’agglomération.. Les agriculteurs ont dressé un barrage devant la cité administrative. Une démonstration de force destinée à obtenir une baisse des charges et un allégement des contraintes réglementaires qui plombent la compétitivité de leurs exploitations.
En marge de la manifestation des agriculteurs en ont profité pour déverser, ce matin, des déchets végétaux ou du fumier devant les locaux d'Alsace Nature. L’association comprend les protestations de la profession en même temps qu’elle déplore que les agriculteurs aient freiné les vraies solutions au problème. Aujourd’hui, il faudrait tout remettre à plat et recommencer, car le temps presse.
Pourtant l’urgence est double : la pollution est grave (algues vertes…), et la condamnation de la France à des astreintes faramineuses est imminente. Mais comment en être arrivé à une telle surenchère de complexité et d’inefficacité ? Sans doute, parce que la profession a tout fait pour freiner les contraintes et les vraies solutions au problème.
Il est beaucoup plus sage de sauvegarder voire de reconquérir des prairies et pâturages, de soutenir des systèmes herbagers et de favoriser des conversions vers l’agriculture biologique que de forcer les éleveurs à investir dans du stockage de lisier.

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