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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Les moulins de Wissembourg

Aujourd'hui, J moins 90 pour le 1er tour, J moins 104 pour le second tour !

C’est une stratégie différente de celles auxquelles nous avions été habitués que la municipalité nouvelle a déployée sur le sujet du patrimoine, de sa défense et de sa mise en valeur. Jusque-là, c’était avant tout le règne du rétroviseur : ne toucher à rien, et mettre tout dans l’état supposé originel. L’exemple le plus frappant est bien celui de la " Narrenkappe " [ voir Pumpernickel N°51 de janvier 2008 ] qui a été imposé sur la tour romane de l’abbatiale, au prétexte qu’une gravure du XIXème siècle " attestait "de sa présence. On voit le résultat, surtout quand il est agrémenté de cadrans solaires qui n’ont probablement jamais existé à cet endroit-là, mais laissons cela à la responsabilité de nos duettistes de naguère, Prosper Mérimée de chef-lieu de canton et Eugène Viollet-Le-Duc de [ même plus ] sous-préfecture.

Pour ne pas se replonger dans l’attitude quasi-contemplative qui servait de méthode, il a été décidé de choisir un thème qui colle à Wissembourg, qui appartienne à son histoire, et qui mette en valeur son passé artisanal et industriel. De ce point de vue, alors que l’on sait qu’une dizaine de moulins étaient installés sur la Lauter dont ils captaient l’énergie mécanique, quand un moulin est encore en fonctionnement dans la forêt du Bienwald, pourquoi serait-on en reste alors qu’un plan de grande envergure est en route pour réduire la facture énergétique de la commune [ voir les précédents épisodes de cette chronique ] ?
La commission qui a pris l’affaire en main a jeté don dévolu sur les vestiges de l’Obermuhle dont il ne reste malheureusement qu’un vague parc de stationnement et un pan de mur.

Deux sortes de travaux ont été lancées :

d’une part un groupe " histoire " a été chargé de faire la lumière sur la construction de ce moulin, ses diverses affectations industrielles, la population ouvrière qui y travaillait, les débouchés des fabrications, le lien avec les autres moulins, la collecte de documents inédits donnant une idée précise des lieux, etc., de manière à mettre à l’honneur ceux que l’on voit rarement, les ouvriers, les artisans, les humbles, et souvent les malheureux ; à l’heure où ces lignes sont écrites, une grande manifestation mêlant exposition, cycle de conférence, témoignages [ en particulier des ces Wissembourgeois qui ont fait leur apprentissage chez les artisans de Wissembourg, là où les ateliers ont maintenant disparu ] est en préparation pour se tenir durant les mois d’été, en même temps que l’on inaugurera les premiers tours de roue des meules de pierre et que la première production sera vendue aux enchères au profit du projet nord-sud de construction d’école dans la commune-sœur de Wissembourg ; on n’oubliera pas également d’expliquer comment les choses se sont passées lorsque le moulin est malencontreusement parti en fumée, à la surprise générale.
et d’autre part et la reconstruction du moulin, sous l’impulsion d’artisans en retraite groupés au sein d’une association partenaire. Il s’agit évidemment de la partie la plus spectaculaire de cette idée qui avait paru complètement farfelue et n’avait pas manqué d’être, comme la plupart de ce qui a été entrepris depuis trois ans, largement décrié par ceux-là mêmes qui n’ont que le respect de la tradition à chaque coin de leurs prises de paroles. Devant l’étendue de la réussite, les critiques ont vite fait long-feu, et on peut maintenant parler de " consensus dur " autour du chantier de réhabilitation.

Actuellement donc, premiers réglages avec "Barnabé Mouraux" [ voir note ], un rénovateur de moulins qui a déjà fait ses preuves, qui veille au grain, au propre comme au figuré, puisque c’est de farine dont il est question. Il s’est entouré des conseils de locaux, expérimentés, qui sont largement associés à cette aventure qui fait de Wissembourg une exception observée à la loupe d’alentours de plus en plus éloignés. Au figuré puisque dans le cadre de la convention qui a été signée tant avec les collectivités territoriales régionales, qu’avec l’État, c’est un chantier-école de resocialisation qui est maintenant en place. Sur le modèle de ce qui existe dans d’autres pays européens, en particulier de chantiers de bateaux, un partenariat a été noué avec deux autres associations implantées en Europe, permettant à l’Obermuhle nouveau d’être, comme disent les eurocrates, " éligible aux subventions ". On faisait cette fois la jonction entre utile et agréable, le remise en service d’un moulin appartenant au patrimoine de Wissembourg servant à redonner des perspectives d’avenir professionnel à des jeunes en difficulté provisoire.
La fonction créant l’organe, les promoteurs, pour leur plus grand bonheur, ont vite été dépassés par les événements, devant lesquels ils se sont effacés, conformément aux engagements qui avaient pris solennellement lors de la campagne électorale de ne rien faire qui puisse apparaître comme une récupération des idées ou des initiatives des autres. Dans la logique de la " cité lente " ou " cité du bien-vivre " et de la généralisation des circuits courts, les producteurs locaux de céréales, qui ont déjà largement partie liée avec les AMAP locales et fournissent la nourriture des animaux de trait, ânes et chevaux, qui ont pris possession des rues de la vile, lui imprimant son nouveau rythme, ont naturellement, on a le droit de le dire, fourniront au moulin nouveau la matière qui sera valorisée sur place, commercialisée sur place, consommée sur place.

Il faut dire que le pari d’autant moins gagné d’avance qu’il était complètement fou. Mais tout le monde a compris qu’il était de l’intérêt collectif [ et non général ! ] d’assurer la réussite d’une réalisation exemplaire, et que d’autres que nous pouvaient tirer parti de l’expérience acquise à Wissembourg. Au bout du compte, tout le monde est gagnant, et il devient fréquent, lorsque l’on passe la limité du département, de s’entendre dire : " ah, vous habitez à Wissembourg, la ville où ça bouge ! "

Note : le nom a été modifié, mais cette personne existe bel et bien, et l’une de ses réalisations, spectaculaire d’ingéniosité et de modestie, est actuellement en fonctionnement dans une région française.

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