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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

marais d'altenstadt, vallée de la lauter, rappels factuels

Les "Dernières Nouvelles d’Alsace", dans leur édition locale wissembourgeoise du jeudi 7 juin en ont fait des tonnes sur le "nouveau sentier découverte" dont l’inauguration samedi prochain doit nous faire apprécier les richesses floristiques et faunistiques des bords de la Lauter et du Marais d’Altenstadt. Ce sera aussi la fin du programme "life" dont l’objectif était d’animer le site, mais auquel, pour ma part, je n’ai jamais rien compris.
Passons sur l’Aconit Tue-Loup, le gomphe serpentin ou la lamproie de Planer, autant d’espèces qui font l’objet, à l’instar d’une bonne centaine d’autres sans doute, des soins attentifs de celles et ceux qui sont attachés à leur survie. On peut d’ailleurs se demander si la réflexion, qui m’avait heurté il y a 25 ans selon laquelle mieux vaut être le plus discret possible quand il s’agit d’organiser la protection d’un milieu naturel, n’est pas la meilleure, ou la moins insensée.
"Animer le site", c’est comme si on entendait Jean-Philippe Smet, alias Johnny Halliday, nous interpréter "Allumer le feu" ! Le lieu s’y prête-t-il ?
Et plus généralement, peut-on rappeler quelques éléments factuels ?
D’abord, la sauvegarde de l’ensemble marais d’Altenstadt et rives de la Lauter date des années quatre-vingts. À l’époque, il fallait déjà "faire évoluer les mentalités" selon l’expression consacrée, quand les potentats en place n’en finissaient pas de vouloir justifier leur immobilisme. Que de réunions, que d’espoirs, que d’ajournements pour qu’enfin le marais d’Altenstadt fasse l’objet d’un arrêté préfectoral de protection de biotope, c’était le 14 avril 1987 ! Et jusqu’au bout, il aura fallu batailler, écrire, intervenir, convaincre pour que rien ne soit remis en question au dernier moment par quelque mouvement d’humeur ou quelque intervention de quelque groupe de pression, professionnel ou politique.
La suite n’a pas été un long fleuve tranquille. Le traitement infligé au terrain de football d’Altenstadt a mis un terme à l’existence du saule herbacé, seule ou presque station d’observation alsacienne, mais c’est comme ça. À l’époque, pour ceux qui ont été partie prenante de l’affaire, il fallait surtout passer entre les gouttes, les attaques alternant avec l’indifférence, selon une logique échappant le plus souvent à l’entendement commun. La constante, c’était tout de même de mettre hors course ceux qui avaient été à l’origine de cet arrêté dont la portée était somme toute mesurée : il ne s’agissait pas d’en faire une réserve naturelle en tant que telle, puisque les réserves à l’application étaient tellement nombreuses qu’on est vite parvenu à le vider de la quasi-totalité de son sens. On s’en est aperçu quelques années plus tard lorsque le football-club a décidé d’agrandir son clubhouse. Alsace Nature, qui s’appelait encore l’A.F.R.P.N. [ association fédérative régionale pour la protection de la nature ], en a fait les frais lorsqu’elle a attaqué les travaux. Illustrant la vacuité de l’arrêté, le tribunal administratif de Strasbourg une première fois, et la cour d’appel de Nancy par la suite, ont fait prévaloir le code de l’urbanisme sur un arrêté de protection de biotope, scellant l’inanité de ce type de "décision". Cela a donné l’occasion à l’ancien premier adjoint au maire, et pas encore président presque bénévole d’une communauté de commune encore en projet, de fanfaronner au conseil municipal et de river leur clou aux empêcheurs de construire et d’aménager en rond. Il faut dire qu’il faisait preuve d’un grand courage puisque ceux qui auraient pu lui répondre en étaient empêchés du fait de l’obligation de silence imposée au public. À sa décharge, il faut mentionner qu’il n’avait pas encore, à l’époque, été touché par la Grâce et qu’il ne savait même pas qu’existait le concept de “ développement durable ”, mais il s’est bien rattrapé, même au-delà de la nausée, par la suite.
On est entré ensuite dans une longue période de léthargie durant laquelle le formalisme des commissions mises en place du fait des obligations réglementaires [ c’est comme quand on décide d’une ZAC ou qu’on va entériner un PLU, il faut organiser des cérémonies formelles durant lesquelles ceux qui ont déjà pris les décisions font mine d’écouter les citoyens, toujours cantonnés d’ailleurs dans le rôle d’énonciateurs de doléances, et les mots ne sont pas innocents ] réunissant à intervalles plus ou moins irréguliers des bénévoles associatifs devant prendre des journées de congé gens pour supporter les discours des envoyés des administrations.
La directive Natura 2000 est arrivée, cristallisant les oppositions autour des groupements professionnels de l’agriculture industrielle. Que n’a-t-on entendu à l’époque, y compris au conseil municipal qui n’a jamais montré un enthousiasme débordant vis-à-vis de cette obligation qui nous venait de Bruxelles, comme on l’entendait à l’époque.
Signalons qu’il y a le "bon Bruxelles" et le "mauvais Bruxelles". L’un, c’est celui qui abonde les fonds Interreg qui permettent de financer les projets du genre “ je te donne 200 000 pour ta piscine puisque je lui donne 200 000 pour son relais culturel ” [ puisque chacun sait qu’une piscine et un relais culturel, c’est pareil, et qu’en plus, nous pourrons nous prévaloir de ces investissements pour faire croire que nous sommes des gestionnaires inventifs ! ] ; l’autre, il nous ennuie avec toutes ces réglementations souvent environnementales [ “ et l’environnement, ça commence à bien faire ! ” comme dirait l'autre ] qui ne sont que des freins à la multidimensionnalité de notre être. Et Natura 2000, c’était ça, avec des accusations contre ces écolos qui veulent mettre la nature sous cloche, et autres billevesées complaisamment relayées au gré des réunions ou des interventions dans la presse locale. En oubliant que la France aurait dû rendre en juin 1995 la liste de ces zones spéciales de conservation, et qu’elle ne l’a fait qu’en 2007, et encore, en traînant les pieds. On mesure mieux alors le degré de collaboration dont ont pu faire preuve tous ceux qui ne disaient rien publiquement parce qu’en privé ils conseillaient aux propriétaires de tout faire pour retarder la mise en application du processus de protection d’un milieu naturel absolument hors du commun. Ne dit-on pas que la Lauter est la seule et dernière frontière naturelle que la France a avec l’Allemagne, en ce sens que la rivière n’a fait l’objet d’aucune intervention humaine. Cela a même failli mal tourner lorsqu’un professionnel des loisirs a voulu faire main-basse sur la forêt de Niederlauterbach, à quelques encablures de la Lauter. À l’époque, tout le bestiaire politique local était favorable à cette implantation qui aurait été porteuse d’emplois alors qu’elle aurait d’abord synonyme de nuisances de toutes sortes, de dérégulation de la nappe phréatique, d’aménagements routiers. On peut remercier la mobilisation citoyenne d'avoir mis un peu de plomb dans les têtes, en même temps qu'un terme à un projet mégalomaniaque.
Avec le temps, et sous la menace de pénalités financières, il a bien fallu se mettre dans le ton européen que même les nouveaux entrants ont respecté avant la France, ou au plus tard en même temps, les choses ont fini par évoluer. C’est ce qui permet maintenant d’arriver en bout de processus, les mentalités n’ayant mis qu’une bonne vingtaine d’années à évoluer [ ! ], à moins que l’on se rende compte que l’on a perdu une bonne vingtaine d’années avant de procéder à l’inscription, au classement et à la valorisation de cette ensemble extraordinaire. Le qualificatif n’est pas excessif concernant le marais d’Altenstadt qui comporte des stations d’observation botanique absolument uniques à cette altitude.
Voilà de quoi mettre en perspective les informations concernant la protection du plus grand marais extra-rhénan d’Alsace qui s’étend sur une centaine d’hectares, ainsi que de la basse vallée de la Lauter, “ protégée ” par arrêté préfectoral de protection du biotope depuis 1989.

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