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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Pour Haïti : honneur et respect

Soucieuse de bien faire, la chaîne de radio publique France Culture consacre une journée à Haïti : “ en toute franchise ” avec Edmond Mulet, patron de la MINUSTHA [ Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti ] interrogé par Hubert Huertas, une 5ème édition des enjeux internationaux avec Thierry Garcin, une “ fabrique de l’histoire ” qui abandonne qui, n’ayant plus rien à dire sur celle de la gastronomie, embraye sur la situation du le plus pauvre des pays américains, des “ chemins de la connaissance ” qui vont nous en apprendre beaucoup plus sur la question, le tout venant compléter un programme étoffé. Qu’on en juge :
 

En direct du studio de l’Hôtel Le Plaza (vendredi 26 novembre) deux émissions, Les Matins, par Marc Voinchet (7h-9h, heure française, 1h-3h, heure haïtienne) et La Grande Table, le magazine de l'actualité culturelle avec Caroline Broué et Hervé Gardette (12h-13h30 heure française, 6h-7h30 heure haïtienne)
Deux programmes spéciaux :
Le rôle des médias dans la société haïtienne par Jean-Marc Four (14-15h, heure française, 8h-9h, heure haïtienne) et Le grand melting pot religieux haïtien  par Matthieu Conquet et Mélanie Chalandon (16-17h, heure française, 10h-11h heure haïtienne)
Les journaux (7h, 8h, 12h30, 18h), présentés par Frédéric Métezeau, avec les reportages de Christine Moncla, Eric Chaverou, Vanessa Descouraux, Isabelle Labeyrie, Sophie Becherel et Grégory Philips.
Deux grands enregistrements en public depuis l'Oloffson (jeudi 25 novembre)
De 18h30 à 19h30, (heure haïtienne) Le Rendez-Vous, l'émission media/musique/direct de Laurent Goumarre (enregistrement le jeudi 25 novembre en public, pour une diffusion le vendredi 26 novembre à 19h, heure française).
De 20h à 22h, (heure haïtienne), soirée spéciale en public présentée par Alexandre Héraud  et Esméralda Milcé, présentatrice de la télévision nationale haïtienne.
Le Patrimoine et la culture d'Haïti avec des lectures, des entretiens, des plateaux musicaux... pour aborder (presque toutes) les formes de l'art et du patrimoine d'Haïti : littérature, musique, photographie,… (Diffusion le vendredi 26 novembre à 20h, heure française).
L’actualité d’Haïti avec la rédaction de France Culture
Pendant près d'une semaine, les journalistes de la rédaction de France Culture ont réalisé de nombreux reportages diffusés dans les journaux principalement sur les élections, la reconstruction et l’humanitaire.
Une ligne ouverte de 0h05 a 2h10 (heure de Paris)
Par téléphone ou en studio, des Haïtiens de la disaspora sont invités à intervenir en direct pour raconter leur itinéraire, dire leur attachement à Haïti, réagir aux émissions de la journée diffusées depuis Port-au-Prince. L’antenne est ouverte à tous les témoignages, ceux des anonymes comme ceux des représentants d’associations d’entraide à Haïti.


Au-delà de ce catalogue hétéroclite de bonnes intentions dégoulinant de bonne conscience, il est sans doute beaucoup plus intéressant de donner la parole à ceux qui connaissent l’ancienne perle des Antilles, dont les descriptions, lors du débarquement des soudards qui accompagnaient les “ explorateurs ” européens, dépassent tout ce que nous pouvons imaginer : “ Je dis la merveille de la beauté de cette terre, et de ces arbres où l'on trouve pins et palmiers, et de vastes étendues pastorales : c'est la plus belle chose au monde. [ … ] On y trouve des arbres gracieux et verts, différents de nôtres, couverts par des fleurs et de fruits d’un goût merveilleux, de nombreuses sortes d’oiseaux dont certains avec beaucoup de charme… ”

Pour continuer sur les méfaits de Colomb et de ses sbires, on doit aussi rappeler que son arrivée a sonné le glas des 8 millions de Taïnos qui eurent tôt fait d’être remplacés par des millions d’Africains [ il en arrivait 50 000 par an à Haïti en 1785 ! ]. Pour leur montrer de quoi la civilisation se chauffait, Colomb et ses sbires instaurèrent le repartimiento [ les colons se répartissaient les Indiens qui étaient marqués au fer rouge avec la marque de l'encomendero ] et l’encomienda [ après avoir été baptisés à la chaîne, les Indiens étaient confiés aux soins d'un conquistador afin qu'il les "évangélise" en leur apprenant à mourir à la tâche pour mériter le Paradis ]. Autant de détails qu’aucun de mes professeurs d’histoire n’a jamais eu le temps de me décrire, mais ce doit être parce qu’il ou elle manquait de temps.

Un très beau texte, accessible d’un clic, a été publié par Anne Cauwel le 19 janvier 2010, intitulé “ Pour Haïti : honneur et respect ”.

Elle y détaille la simple injustice dont cette île est victime, sur fond d’enrichissement des cupides et de règlement de compte des médiocres [ on pense évidemment aux séides de Napoléon, ce criminel de guerre dont on ne dira jamais assez de mal, qui avaient une idée de la solution finale de la question haïtienne qui a dû inspirer, par sa brutalité, sa bestialité et son ampleur les dictateurs que le 20ème siècle a enfantés ].

“ … cette aide, qui s’accompagne d’un discours tenu par tous les médias et les gouvernements occidentaux, est une offense à Haïti et qui laisse présager le pire quant aux principes qui régiront la reconstruction du pays. On nous rabâche à longueur d’antenne et d’articles ce qui caractériserait Haïti : pauvreté extrême, délinquance et violence, proximité avec la France qui fait tout pour aider ce pays francophone. Enfin, Haïti, éprouvée il y a deux ans par quatre ouragans dévastateurs et aujourd’hui par ce séisme, serait frappée par une malédiction ! Quand on est maudit, c’est qu’une puissance divine vous punit : on doit être bien criminel pour attirer pareil châtiment !

Ne faudrait-il pas commencer par se demander pourquoi Haïti est si pauvre ?

Haïti colonie française jusqu’à la fin du XVIIIème siècle -alors appelée Saint Domingue et surnommée « la perle des Antilles »-  a fait, grâce aux denrées qui y étaient produites au premier rang desquelles le sucre, la richesse de la France. Plus de 400 000 noirs travaillaient pour 30 000 propriétaires français. Les conditions de l’esclavage étaient si atroces que l’espérance de vie des esclaves ne dépassait pas 9 ans et que par conséquent la majorité d’entre eux étaient des « bossales » [ nom désignant les esclaves nés en Afrique ] directement venus d’Afrique.
Lorsque ces esclaves se soulèvent contre leurs bourreaux et la puissance coloniale, leur chef Toussaint Louverture est emprisonné par les Français et meurt dans une prison glaciale du Jura ; Napoléon envoie son armée pour mater la révolte. Le général Leclerc, son beau-frère, dirige l’expédition et écrit à l’empereur : « Voilà mon opinion sur ce pays : il faut supprimer tous les nègres des montagnes, hommes et femmes, et ne garder que les enfants de moins de douze ans, exterminer la moitié des Noirs des plaines, et ne laisser dans la colonie aucun mulâtre portant des galons. » ( cité par Michel Collon dans « les sept pêchés de Chavez » ). L’armée française est défaite : en 1804, Haïti devient un état indépendant. C’est la première et l’unique fois dans l’histoire de l’humanité que des hommes et des femmes soumis à l’esclavage furent capables à la fois d’abolir l’esclavage, de rendre leur pays indépendant, de le défendre contre une armée réputée invincible et de mettre fin aux structures coloniales. [ … ]

… elle fut lourdement châtiée, non par un quelconque dieu, mais par la France : alors qu’elle avait été dévastée par la guerre contre la France où un tiers de sa population avait péri et où toutes les infrastructures avaient été détruites, en 1825, Haïti fut sommée, sous la menace d’une invasion militaire, de payer à la France une rançon de 150 millions de francs or pour dédommager ce pays des pertes subies par les colons. Le gouvernement haïtien se plia à cette exigence et Haïti, pour rembourser à la France cette somme dont l’équivalent actuel serait de plus de 20 milliards de dollars, coupa ses arbres pour vendre du bois précieux et surtout s’endetta auprès de banques étrangères : c’est ainsi que se constitua au XIXème siècle la première dette extérieure d’un pays du Sud. [ … ]

… En 1971, Bébé Doc avait succédé à son père : alors que le pays produisait son alimentation jusqu’à cette époque, il fut investi président par le Département d’État pour lancer les politiques qui allaient mettre fin à la souveraineté alimentaire d’Haïti, avec l’intervention du FMI et de la Banque mondiale.
A titre d’exemple : tous les porcs « créoles », base de l’économie de toute unité familiale rurale, furent abattus par un organisme spécialisé pour enrayer la peste porcine africaine soi disant imminente en Haïti - ce dont aucune preuve ne fut apportée -. Cet organisme haïtien d’élimination des porcs opérait à l’instigation des Etats Unis via la BID (Banque Interaméricaine de Développement) et avec la complicité d’autres pays tels que le Canada. [ … ]

… à l’approche de la célébration du bicentenaire de la Révolution, Aristide a l’audace de réclamer à la France réparation du tort qu’elle a causé à Haïti en demandant la restitution de la somme qui lui fut extorquée au siècle précédent.
La réponse ne se fit guère attendre : en 2004, Aristide fut à nouveau renversé par une expédition militaire menée par les Etats-Unis, la France et le Canada. Enlevé manu militari, il fut expulsé et vit depuis lors en exil en Afrique du Sud. [ … ]

… Cette « intervention sous-traitée par les Etats-Unis », selon l’expression du Prix Nobel de la paix l’argentin Adolfo Esquivel, est pour les Haïtiens le symbole de la perte de l’indépendance nationale. Qui a visité Haïti sait que la majorité de la population haïtienne ressent la présence de la MINUSTAH comme une offense. La tension s’est aggravée quand les 114 soldats du Sri Lanka, accusés de viols de femmes et d’adolescentes, ont été rapatriés. Ils ont bien sûr bénéficié d’une totale impunité. [ … ]

… Patrick Poivre d’Arvor, au titre d’ambassadeur de l’UNICEF, ose écrire dans le Figaro du 15 janvier : « c’est un des peuples… les plus maudits par l’histoire. Mais il n’est pas responsable de cette histoire-là. Le peuple français non plus ». Ce ne sont pas là d’innocentes âneries, mais l’expression de la pensée unique à l’œuvre sur Haïti. [ … ]

… Voilà deux siècles que l’histoire d’Haïti est le symbole du racisme et de l’anti-humanisme blanc, exprimé sans ambages par le président Jefferson au XIXème siècle quand il évoquait « cette peste indépendantiste et antiesclavagiste de nègres qui ont pris leur indépendance par les armes ». [ … ]

… pas un mot et pas une image de l’aide apportée par Cuba à Haïti. Or elle est sans commune mesure avec l’aide des pays occidentaux et n’est pas seulement donnée dans l’urgence : elle a commencé il y a plus de dix ans à la suite de l’ouragan Mitch. Les 100 premiers médecins cubains sont arrivés en Haïti fin 1998. Des centaines d’Haïtiens étudient à Cuba avec des bourses. Près de 400 médecins et personnel de santé cubains travaillent tous les jours dans 227 des 337 communes du pays. [ … ]

… Hors de la capitale, on vit plus en paix en Haïti que dans bien des pays. Il n’est jamais rien arrivé de mal aux médecins cubains dispersés dans le pays. [ … ]

… Qui vit en Haïti sait aussi à quel point ce peuple est, dans la vie quotidienne, doux, hospitalier, bienveillant, courageux, travailleur et créatif. Ce pays fourmille de poètes, de déclamateurs, d’écrivains, de peintres, de sculpteurs, comme si créer de la beauté était la seule dignité de ceux à qui l’on a tout pris, la seule échappatoire à la laideur de la misère. Par ailleurs, il n’est pas un illettré haïtien qui ne connaisse et ne tire fierté de l’histoire de son pays. [ … ]

… ne pas prêter nos consciences à l’infâme discours dominant tenu sur Haïti basé sur l’hypocrisie et la charité : même l’héritier des Duvalier nettoie sa conscience en offrant aujourd’hui les fonds d’une fondation familiale, dérisoires par rapport au vol commis par cette même famille ! Etre en permanence en alerte pour défaire mentalement cette pensée dominante. Etre convaincu que le peuple haïtien est un grand peuple qui ne quémande pas d’aide pais mérite une totale solidarité et un engagement à ses côtés pour briser les entraves à son émancipation. [ … ]

… être à l’écoute des demandes de la société civile haïtienne et leur répondre. [ … ]
… Que chacun et chacune de nous se mobilise !
Anne Cauwel, Paris, 18 janvier 2009

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