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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

quel beau jeudi pour la saison ! – semaine 2

Aujourd’hui, c’est une belle journée, puisqu’elle est riche des enseignements et des rencontres de la veille. En effet, hier soir, en épilogue de l’assemblée générale de Terres et Saveurs de l’Outre-Forêt, association qui organise depuis huit ans le marché bio de Steinseltz, bel exemple de persévérance et de solidité dans les convictions, Emmanuel Gaucher présentait le concept de la monnaie locale, tel qu’il avait été esquissé il y a quelques semaines à Wissembourg. On se rappelle les ricanements que cette proposition avait engendrés, poussant même le Funambule à s’en prendre à des concurrents sous prétexte qu’il croyait déceler dans cette suggestion la marque de celui qu’il désignait comme "plus grand frustré de la ville". Hier soir, les participants, une vingtaine, ont pu constater que celui qui avait préparé son intervention n’avait besoin de personne pour l’inspirer, et qu’il dépassait les interpellations primaires [ on a même entendu parle de "monnaie de singe", ce qui est parfaitement stupide, et en plus insultant à l’égard de nos cousins ] de la tête et des épaules.
Sans rentrer dans le détail du fonctionnement de ces monnaies complémentaires qui ont été introduites, à la satisfaction générale dans une trentaine de villes en France, et alors qu’une trentaine de projets sont sur le point d’aboutir, il a été insisté sur l’implication volontaire des acteurs d’un territoire délimité, qu’il s’agisse des pouvoirs publics [ mairies, communautés de communes, et pourquoi pas conseil général ], du réseau bancaire, des fournisseurs et des acheteurs, sur la base d’une charte signée et reconnue par tous. Ainsi met-on en place une autre manière de se considérer, chacun reconnaissant à l’autre son utilité dans l’acte d’achat, ou de vente, la prospérité de l’un ne se faisant sur la paupérisation de l’autre.
L’une des premières questions posées a été celle de l’intérêt que nous pouvons avoir à utiliser ce moyen de paiement qui n’est en aucun cas la remise en question d’un euro global. En fait, il s’agit d’inciter à acheter chez les fournisseurs qui ont signé l’engagement moral de respecter des clauses sociales et environnementales. En échange, ces fournisseurs abondent un compte qui sert à financer du microcrédit ou des projets sociaux, qu’ils soient locaux ou en direction des pays du Sud.
L’acheteur peut ensuite régler des prestations avec ces coupons [ garde d’enfants, aide ponctuelle par exemple, sans qu’il s’agisse de travail au noir ] qui seront alors réutilisés dans le circuit commercial local. On peut facilement imaginer que l’entrée aux séances de cinéma du centre culturel local puisse être payable en coupons, ou que certaines aides sociales municipales soient versées en coupons. Ainsi, les bénéficiaires participent-ils directement à la revitalisation du tissu commercial local.
En contrepartie, lors de l’échange de ces coupons, le commerçant ou le prestataire de service est prélevé d’un montant de 3% à 5%, qui permet d’une part de faire fonctionner le système et d’autre part d’alimenter le compte qui sert à financer microcrédit et projets sociaux. Remarquons que ce prélèvement est du même ordre que les frais entraînés par l’utilisation des cartes bancaires, ce système est par conséquent indolore tant pour le fournisseur que pour l’acheteur.
Comme on le constate, on est loin des exclamations bruyantes de quelques ignorants ou des grands mots [ "– mais alors, on va battre monnaie ! " ] qui manifestent une méconnaissance totale d’un système qui fonctionne depuis une bonne dizaine d’années dans le Sud-Est de la Bavière avec le Chiemgauer, et depuis 2005 … à Karlsruhe, où la monnaie s’appelle le Carlo. Évidemment, on ne peut à la fois ricaner et se renseigner, surtout quand on fait profession d’européisme et de transfrontaliarité !

Comme il n’y a pas de hasard, mais seulement des rencontres, ce matin, la chronique de Jacques Munier, de 6h38 à 6h45 sur France Culture était consacrée au dernier ouvrage de Gilles Clément, "l’alternative ambiante".
Jardinier, paysagiste, inventeur de la notion de "jardin planétaire", Gilles Clément rappelle le constat de la finitude de notre planète, le jardin étant un espace clos ouvert à la diversité des espèces végétales, qui doit être cultivé et protégé par le jardinier, désigné comme le troisième élément du dispositif : il observe, surveille et apprend à connaître. Or, nous dit aujourd’hui l’auteur, le Jardin planétaire "demande en urgence à changer de jardinier".
Ce dernier livre donne à la sagesse du jardinier des prolongements politiques à l’échelle planétaire. La finitude écologique place l’humanité devant une responsabilité nouvelle : "se porter garante de la vie sur la planète". À égale distance du Green business, nouvel avatar de l’empire de l’argent, du développement durable qui est encore du développement, et du droit à polluer, coté en bourse, qui s’achète ou se vend, il développe un projet politique qui prend en considération la prise de conscience du caractère fini des ressources naturelles et de la biosphère.
Concrètement, il est pour lui urgent de négocier le tournant à prendre pour changer de modèle de convoitise et pour expérimenter "les politiques nouvelles de gestion territoriales et sociétales".
Au point de vue économique, il suggère de combattre la logique du rendement à court terme qui domine les marchés par l’introduction de monnaies complémentaires sur le modèle proposé par l’économiste Bernard Lietaer, permettant des investissements à long terme sur le principe éprouvé du "demeurage". C’est une pratique très ancienne qui remonte à l’Antiquité [ dans la Vallée du Nil, le surplus était déposé par le paysan au temple local, qui prélevait pour ce "droit de garage" une quote-part sur son dépôt. Le paysan pouvait soit récupérer son stock l’année suivante, amputé de la part revenant au temple, soit obtenir en échange un document équivalent à une monnaie, du montant de la valeur escomptée de son dépôt ], système qui favorise l’investissement plutôt que le stockage et dynamise constamment l’économie. Cette pratique était encore courante avec les premiers chemins de fer, quand les compagnies se faisaient payer pour les wagons restés inutilisés sur voie.
Éprouvées ou à inventer, les solutions existent pour résister à la course aveugle de la croissance, dont le résultat est de concentrer la richesse entre les mains de quelques-uns et d’appauvrir tous les autres, tout en pillant les ressources naturelles.
On dépasse largement le cadre du "prof de techno"…

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