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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

verbiage, jargonage et autres xyloglosses sur france culture

Ce matin, comme c’est maintenant l’obligation, il a fallu s’infuser les réflexions de miroirs de Monsieur B. Couturier, le remplaçant de Monsieur A.-G. Slama qui, quand il ne pige pas au Figaro pour baver sur les monopoles d’État, prend le taxi pour venir pérorer … sur les antennes publiques, et émarger au budget de la Nation. Ce matin, on accueillait Monsieur P. Aghion qui semble avoir de sa personne une idée plutôt favorable, comme vous pouvez vous en rendre compte si vous avez le courage de cliquer sur le lien et de lire l'interview qu'il a accordée à quelque faire-valoir.
Monsieur B. Couturier s’est coulé, et avec quelle délectation dans le personnage de son prédécesseur, abandonnant la tranche de fin d’après-midi [ quand il affectait d'y moudre du grain ] de France Culture qui a la faiblesse de croire qu’il a quelque chose à dire. Ce matin, sa réécriture de la réalité historique donnait ceci, qui témoigne d’une grande méconnaissance de la réalité du quotidien de ces fameuses trente glorieuses années, autant que du mépris dans lequel il tient celles et ceux qui n’ont cessé de travailler, et durement, pour redonner à leur pays une place que les amis de Monsieur B. Couturier ont mis moins de 30 ans à lui faire perdre :
“ Avant-hier, durant les Trente Glorieuses, c’était le gouvernement qui fixait les prix et les taux d’intérêt ; il encadrait strictement la progression des salaires, comme il décidait de celle de la masse monétaire. Une planification plus ou moins rigoureuse orientait les investissements vers les secteurs désignés comme stratégiques par le gouvernement. En cas de crise, on mettait en œuvre des politiques contra-cycliques : on injectait du pouvoir d’achat pour relancer la production à travers un soutien à la consommation. Il faut dire que le chômage était d’autant plus mal toléré qu’il était rare. Nous vivions dans un monde relativement prévisible où les emplois étaient stables, où il n’était pas rare d’accomplir la totalité de sa carrière dans la même entreprise, ou dans la même administration. La plupart des métiers n’exigeaient que de faibles compétences. Les entreprises pratiquaient l’intégration verticale ; tout était produit sur place dans d’énormes usines où étaient regroupés des masses de salariés aux fonctions et aux statuts clairement définis. Dans ces conditions, l’Etat était une machine énorme, mais relativement facile à piloter. Les gouvernants disposaient d’une large palette d’instruments dont la fiabilité avait fait ses preuves. Qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, la mondialisation, l’intégration européenne, la régionalisation, ou tout simplement la modernité ont sapé les bases de cet Etat à la française, colbertiste et jacobin. On a commencé à lui dire, comme Roger Fauroux, qu’il s’était « momifié », tandis que la société, elle « courait au galop ». Le désir d’autonomie individuelle, relayé par les nouvelles technologies, a rendu les aspirations plus difficiles à saisir et à satisfaire. Anthony Giddens a théorisé, pour Anthony Blair, dans les années 90, un Etat d’accompagnement personnalisé. Il lui fixait pour objectif de maximaliser le potentiel de chacun, en amont, et non plus de veiller à une équitable redistribution des fruits de la croissance. Il appelait à offrir des opportunités à tous et à redéfinir l’égalité comme inclusion dans la nouvelle société multiculturelle. Il considérait la formation et « l’activation » des chômeurs sous l’angle du « capital humain ». C’était les années 90. Comme ce message semble lointain aujourd’hui, en 2010. C’est qu’entre-temps, la crise s’est abattue sur nos vieux pays post-industriels. Or, notre Etat, malgré ses lourdeurs, ses coûts, ou peut-être malgré eux, s’est révélé plus protecteur que bien d’autres. Même The Economist s’est mis à vanter nos « amortisseurs sociaux ». La France a moins souffert que des pays considérés comme « plus modernes », tels que l’Irlande ou la Grande-Bretagne. Or, les solutions que vous nous proposez, Philippe Aghion, malgré ce que vous en dites, ressemblent assez furieusement à un programme de « troisième voie ». Flexisécurité à la danoise, système scolaire à la finlandaise, fiscalité à la suédoise, vous voulez nous mettre à l’école des Etats-providences allégés des pays nordiques. Ce n’est pas étonnant de votre part puisque vous avez été l’un des principaux conseillers de Ségolène Royal. Or, l’ex-candidate de la gauche face à Nicolas Sarkozy déclarait à l’époque de cette campagne électorale : « Cela ne me gêne pas d'afficher mon adhésion à certaines des idées de Tony Blair. » C’était en 2006. Depuis, il y a eu la crise et une demande de sécurité et de protection qui tend à supplanter la demande d’autonomie et d’initiative individuelle. Et le message de Ségolène Royal, qui passait pour novateur, s’est brouillé au point de devenir difficilement déchiffrable. ”

Ce verbiage fait irrépressiblement penser au commentaire que Bernard Valade fait du livre de Christian Delporte, “ Une histoire de la langue de bois, de Lénine à Sarkozy ”.
Citons-le : “ Ensemble de procédés qui, par des artifices déployés, visent à dissimuler la pensée de celui qui y recourt pour mieux influencer et contrôler celle des autres. ” [ Hermès n°58, p. 181 ].
Et plus loin : deux modèles de langue de bois, l’un totalitaire, et “ l’autre en situation démocratique, instrument de contrôle de sa propre pensée pour ménager son auditoire [ … ] pratiquée pour délivrer des vérités partielles et partiales [ en recourant à des ] fausses évidences, formules toutes faites et mots fétiches [ … ] au nom du parler vrai [ … ] en donnant l’assurance d’exposer loyalement, honnêtement, sincèrement les faits, sans égard aux tabous, aux conformismes, aux idées préconçues, mais avec le même art consommé de l’esquive ou de la réponse stéréotypée. ”

En toute objectivité, il était préférable de se lever plus tôt, aux alentours de 6h42 et de se régaler de la chronique de Jean-Louis Ezine de ce mardi 11 octobre 2011 dont voici la transcription :
Dans le tourisme de vocation française, il n’y en a que pour les villages fleuris, vous savez, les jolis villages que traversent des ruisseaux à truites, mais on ne fait rien pour les villages nuls, ces villages étapes, généralement tout en longueur, le long de la nationale, et qui sont à la campagne ce que les cités dortoirs sont aux banlieues. Eh bien, une société de tourisme vient de créer un concours dont le but sera de désigner le plus nul des villages nuls. Alors, il faut qu’il n’y ait rien, pas d’église romane surtout, même ne cours de classement, elle devra d’ailleurs être fermée tous les jours sauf pour les enterrements, on connaîtra donc les jours d’ouverture en consultant la rubrique nécrologique de la gazette locale, qu’on pourra se procure non dans le village-même, ce qui supposerait un commerce, préjudiciable à sa nullité, mais au marchand de journaux de la sous-préfecture de la gare la moins éloignée. Des inspecteurs vérifieront scrupuleusement ces détails. S’ils découvrent quoi que ce soit de notable, un musée de la poste, une forge à gaz, ou une boulangerie mercerie PMU pompe à fuel, le village ne question sera impitoyablement éliminé. D’ailleurs, tout église antérieure au XIXème siècle serait préjudiciable à al prétendue nullité du village. Il ne serait pas mauvais non plus d’ailleurs qu’elle ait été bombardée par les Alliés pendant la guerre et refaite aux normes en usage dans le bâtiment agricole. Une salle polyvalente servant à tout et à rien, surtout à rien, mais on n’a rien contre le fait qu’elle puisse servir à tout, aux élections comme à la belote, une salle polyvalente, dis-je, n’est pas forcément un désavantage pour concourir au concours des villages nuls, surtout si elle nuit beaucoup, ladite salle polyvalente, au cachet de l’usine de retraitement des eaux. On pourra tolérer bien entendu une note de fantaisie dans un village nul tel un parking routier, si possible défoncé, et en terre battue. Une cabine téléphonique est acceptée, à la condition d’être hors d’usage évidemment. Le feu rouge, lui, peut être en état de marche ; je recommanderai un feu très long, ou bien un passage à niveau fréquemment baissé en raison de l’intensité du trafic marchandise, qui devra s’effectuer de préférence sur une voie ferroviaire tracée le long du camping municipal, où, je signale à toutes fins utiles, il ne serait pas mauvais que l’usage du robinet fût interdit pour le lavage des dents du 1er juillet au 31 août en raison de l’assèchement de la nappe phréatique. Ce ne sont là que des exemples évidemment. Chaque village nul pourra démontrer sa nullité en raison de critères qui lui seront propres. Un village nul pourra être fort bruyant, ou au contraire très silencieux, selon qu’il s’agira d’un endroit tuant ou d’un endroit mortel. Car on peut être tuant sans être mortel ! Et réciproquement !
Ça a quand même une tout autre allure, non ?

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Régis Hulot 12/10/2011 08:09



Il cause bien, ce M. Couturier, mais il manque assez notoirement d'informations sur ce que furent ces "trente glorieuses" dont il fait une description digne de La légende dorée. Il ignore que durant ces années où il faisait si bon vivre à l'abri d'un
Etat si protecteur et d'entreprises si généreuses, les Français ont vécu deux guerres (en Indochine, pour les professionnels, puis en Algérie, pour le commun des mortels), et que ce ne sont pas
les conflits sociaux qui ont manqué pour gagner ou défendre ces zavantagesociaux qu'on se croit un devoir de mépriser quand on est un grand libéral libéraliste, qui plus est intelligent,
cultivé, et fréquentant les meilleurs salons où l'on cause...


 


Sur la langue de bois, il y aurait encore mille exemples à donner. Sur la manière dont les libéralo-libéralistes tentent de nous brûler les doigts en nous faisant prendre des vessies pour des
lanternes, on peut aussi aller du côté de la préface de Jean-Pierre Obin au "projet pour l'école" de Arnaud Montebourg -hors ce qu'on pense du personnage et de ses idées- qui explique bien
comment une société produit son école, et comment une école peut avoir pour mission de produire une société.


Et bon courage à tous.