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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

"conseil d'alsace" ou l'emportement général – § 1

Comme annoncé sur ce blog à l’occasion de cette mémorable chronique de cet ancien haut fonctionnaire au Conseil de l’Europe qui nous recommandait de nous en remettre à Saint Philippe Richert pour guérir nos écrouelles, scrofules et autres fistules [ et se reconnaît sans se faire trop violence dans les “ pensées ” des amis de Saint Philippe Richert ], la mise en place du nouveau schéma intercommunal départemental vient démentir, de façon flagrante et définitive, toute velléité d’indépendance d’une politique de développement local. Le placement sous tutelle administrative, celle d’un préfet qui est le représentant du gouvernement, et pas de l’État, contrairement à la mythologie complaisamment relayée par tous les liseurs de discours, d’une commission censée organiser cette fameuse concertation qui se substitue maintenant de façon systématique à toute expression démocratique est l’élément fondateur de cette fragmentation du territoire national en principautés bénéficiant de licences et de facilités voulue par ce qui reste de pouvoir central et qui veut se débarrasser de tout ce qui n’est ni le maintien de l’ordre ni la diplomatie, et encore.
Il est savoureux de lire le même enthousiasme sous la même plume, celle de Monsieur C. Keiflin, qui a été meilleur, mais il faut savoir faire des sacrifices, quand il s’agit de tout mélanger sur l’intercommunalité [ tout est ouvert, on concerte, on consulte, on écoute et on reçoit, ET la loi contraint à une couverture totale du département, pas de discontinuité territoriale, “ rationalisation ” des périmètres ( ça veut dire quoi ? ), taille suffisante de 5 000 habitants, etc. ] sur fond d’attaque subite [ supprimons les syndicats dormants qui ne font que verser des indemnités aux élus ] alors que, des lustres durant, celui qui fait reproduire de pareils propos n’a pas eu un mot pour remettre ces fameuses indemnités en question. Cette soudaine poussée de moralisation de la vie politique n’a évidemment rien à voir avec la cour indécente que le pouvoir sait faire à tous les nostalgiques de la révolution nationale, pourfendeurs de la démocrassouille.

Là-dessus arrive la comédie grotesque et ridicule d’un débat qui aurait eu lieu au palais de la région. On y aurait débattu de ce conseil unique dont nous serions demandeurs au prétexte que nous ne saurions pas faire la différence entre un conseiller général et un conseiller régional. Dommage pour celui qui se laisse à répandre de telles contrevérités, et au regret d’avoir à lui dire que nous sommes nombreux à en savoir manifestement plus que lui sur les institutions et leur fonctionnement, nous ne nous reconnaissons pas dans cet étalage d’ignorance, à moins qu’il ne s’agisse de mépris. On se rappelle que, lors des élections cantonales de 1985, celui qui est encore, et seulement, 6ème vice-président du conseil général, confondait parti républicain et parti socialiste, c’est-à-dire à l’époque, Monsieur F. Léotard et Monsieur L. Jospin. Il semble que l’actuel président du conseil régional, et ancien président du conseil général, en soit resté là. Au même titre du reste que son successeur, l’homme qui confond charade et acrostiche.

Alors maintenant, ce fameux débat, et cette unanimité : on en est à s’émerveiller que les uns et les autres aient pu entendre les oracles délivrés par la pythie d’Ingwiller. Mais que nous a-t-il dit pendant ce quart d’heure que nous n’avions entendu déjà des centaines de fois, au risque de l’indigestion ?
En vrac : "oser", "innover", "s'adapter", "voir loin" avec "l'immense espoir d'agir pour le bien public", "la politique, c'est se donner un cap", "Il faut garder un cap et discuter, on a rarement raison seul", "Pendant la campagne des régionales très peu nombreux étaient les citoyens qui pouvaient faire la différence entre conseil général et conseil régional". La question : comment avoir le meilleur service public au meilleur coût ?, "le conseil d'Alsace devra garantir l'équilibre entre Strasbourg et Colmar et faire une place à Mulhouse. ", et autres salades cent fois fatiguées.

Pour lui “ répondre ”, le parti socialiste dispose de 5 minutes et envoie Monsieur A. Homé qui aligne les déceptions à venir [ ce ne doit pas être une opération d'auto-promotion ] et les lieux communs de la langue de bois institutionnelle [ nous sommes là pour participer, réfléchissons. Notre seul objectif est de faire avancer l'Alsace, les questions des finances et de la fiscalité "qui doivent faire l'objet d'une réforme" doivent être mis sur la table, nous conserverons un esprit positif dans ce débat ].

La règle imposant un temps de parole à tous les partis politiques, ce sera au tour du régional-frontiste d’y aller de ce qui a été mille fois rebattu et qui est par conséquent intégralement démonétisé. Passons sur le personnage et cette intervention.

Voilà les écologistes qui veulent “ trouver une voie spécifique pour une Alsace qui peut échapper au régime de droit commun. ” Alors là, on est complètement dans le brouillard institutionnel, et il faut se demander si Monsieur J. Fernique a bien pris la mesure de ses propos. Il nous propose quoi, vraiment ? Il faudra appliquer la "subsidiarité" comme le fait l'Europe. Il plaide aussi pour la proportionnelle et pour la parité, dit-il, sans compter que se réclamer de l’Europe telle que les libéralistes nous l’ont faite, à notre insu, est pour le moins osé, pour ne pas parler d’un certain dilettantisme.

Et maintenant passons la parole, pour 10 minutes, à ceux qui représentent la vraie vie, ceux que l’on nomme, ceux qui ont de vraies idées, ceux que l’on recycle après quelques années dans les assemblées élues en leur laissant une place enviable et enviée sur la liste que l’on a constituée et que les citoyens n’auront pas le droit de toucher au risque de la nullité. Il s’agit de celui que nous connaissons tous, Monsieur B. Carrière, qui représente cette assemblée de corporations, sorte de pâté d’alouette, un cheval pour une alouette, où on fait voisiner, dans une sorte de manœuvre d’apprivoisement institutionnel, ceux dont les intérêts sont divergents, salariés et patrons, élus et associatifs, pour faire croire à la cohésion nationale. Ce CESER a donc fort opportunément pondu un document, pas du tout téléphoné par le secrétariat du président de la région, pour déclarer sa flamme à ce conseil d’Alsace qui servira si servilement les intérêts de cette majorité alsacienne, à défaut de s’intéresser à la vie des habitants de la région.

Madame A.  Grosskost ouvre le feu du “ débat ” à l’issue duquel chacune des parties, qui se sont préalablement mises d’accord pour ne rien dire qui ferait de la peine à Monsieur P. Richert aura eu 25 minutes pour la MA, toutes obédiences confondues, 25 minutes pour le PS, et une dizaine de minutes pour le FN et EE-LV. Les choses sont bien faites.

En toile de fond, quelques centaines de bons citoyens dont on ne sait s’ils agitaient déjà les drapeaux rouge-et-blanc d’une Alsace en voie d’autonomie administrative qui croit qu’elle va apprendre à la France émerveillée comment il faut prendre son destin en main.
Et dire que toute cette mise en scène a toutes les chances d’être mise en pièces à l’issue d’une élection présidentielle que les amis de Monsieur P. Richert savent bien qu’elle est loin d’être dans la poche. Car même avec plus de 10% de marge d’erreur, celui qui fait donner ses gardes du corps pour faire taire un élu communiste qui a le front de lui contester le droit de parler de Résistance, de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, est bien mal en point, en poings en l’occurrence.
D’ailleurs, vous avez tous remarqué que cette année, pas un mot n’aura été dit sur l’autre 8 mai 1945, celui que nous n’avons pas appris à l’école, parce qu’il a fait des [ dizaines de ] milliers de morts, des Algériens, à Sétif. Le général Duval, chargé du rétablissement de l'ordre, a dit à cette occasion au gouvernement colonial : « “ Je vous donne la paix pour dix ans, à vous de vous en servir pour réconcilier les deux communautés. Une politique constructive est nécessaire pour rétablir la paix et la confiance. ” Ces propos se vérifieront puisque, 9 ans plus tard, l'insurrection de la Toussaint 1954 marquera le début de la guerre d'Algérie.

Bref, il suffisait de lire la relation des événements par un C. Keiflin survolté ce matin dans les colonnes du plus talentueux et plus objectif quotidien que la France entière nous envie pour se dire que c’était dans la poche, et que le referendum, on a intérêt à voter oui, autrement, c’est la relégation outre col de Saverne !

Heureusement pour l’Alsace qu’elle n’est pas à l’image de ces pantins à l’affût de quelque bon coup qui réussira à donner d’eux l’image favorable du bon élu qui prend soin de son peuple qui doit alors lui témoigner, imperturbablement de préférence, cette reconnaissance que le domestique doit à son maître.

post-scriptum : sommé par Monsieur P. Klein de rejoindre les 400 signataires de la pétition réclamant un referendum pour la création d’un conseil d’Alsace, j’ai fait la réponse suivante :

Mais je désapprouve cette création qui mettra en place des baronnies qui se substitueront aus féodalités existantes. Vous ne l'avez toujours pas compris ?
Un seul signe démontre la vacuité des discours qui sont servis en boucle tant les services de communication du consei régional que de la presse régionale de révérence, ce qui est à peu près la même chose : le mode de désignation de ces fameux et fumeux conseillers territoriaux.
On a manifestement affaire à des faux-monnayeurs qui affectent de copier l'Allemagne, en intronisant avant la France, un ministre-président, avec l'aval, l'allégeance, et la servilité d'un bestiaire politique qui se déconsidère en cirant les pompes d'un parvenu. L’exposé des motifs de la motion unanime (moins les abstentions des régional-populistes n'y change rien) suffit à disqualifier tant ceux qui l'ont voté que ceux qui, reclus sur les bancs du public, croient pouvoir applaudir alors qu'ils signent leur propre dissolution.
Cette mascarade déconsidère l'ensemble de la classe politique intégralement en décalage avec les véritables enjeux. Voir ensuite, au nom d'on ne sait quelle "ouverture" les représentants de l’opposition siéger au sein de cette commission "projet" a quelque chose de pathétique.

À l'évidence, on assiste au deuxième acte d'une décentralisation mise en place par un centralisateur (Gaston Defferre) pour faire pièce aux velléités de la droite alors que la gauche était minoritaire dans les "territoires", comme disent tous ces gens qui rêvent de gouvernorats. Cette fois, et la mise en place de la nouvelle CDCI (annoncée avant tout le monde sur le blog de pumpernickel, et en tout cas bien avant le journal régional de révérence), on passe aux choses sérieuses : la suppression d'une bonne quinzaine d'intercommunalités qui n'avaient pas été remises en question lors de leur mise en place sonne la reprise en main. Tout comme la suppression, dans quelques mois, d'une dizaine de régions sonnera le tocsin de cette identité régionale qui n'existe que dans les souvenirs de ceux qui ont échoué à lui donner une quelconque substance quand il en était encore temps.

Salut & fraternité, concorde & prospérité.

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