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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Wissembourg : chamboule-tout et rififi dans les écoles - 5

Si l’on comprend ce qu’il se passe, et après les affirmations entendues lors des vœux municipaux selon lesquelles si les écoles fonctionneront mieux, ce sera grâce à la nouvelle organisation avec le regroupement par cycle, " ce sera certes difficile, mais tout ira bien puisque la majorité des parents ainsi que la majorité des enseignants sont d'accord ", on s’apprête à entrer dans l’âge d’or de l’instruction publique avec un " modèle wissembourgeois " qui va tout exploser.

Est-ce bien l’avis de tout le monde ?
L’examen objectif des faits contraint à une certaine perplexité, en même temps qu’il amène à s’interroger sur la fiabilité de certaines déclarations qui semblent plus dictées par la méthode Coué que par la réalité. Si tous ces parents sont tellement d’accord, pourquoi auraient-ils exprimé une idée contraire l’année dernière, lors d’une consultation que tout le monde s’est accordé à lui reconnaître, à l’époque, une objectivité et une honnêteté indiscutable. C’est vrai qu’ensuite l’avis de la mairie, enfin, du maire a changé, de façon d’ailleurs inexplicable. Dans cette logique, six représentants de parents sur les seize du conseil d’école de Saint-Jean ont mis leur pratique en accord avec leurs convictions et en ont démissionné. Quand le maire parle alors de la majorité des parents, sans doute faut-il comprendre qu’il s’agit de ceux qui n’ont pas encore démissionné, ce qui n’est pas tout-à-fait la même chose.

La même remarque vaut pour les enseignants qui, à Saint-Jean, sont majoritairement, voire unanimement, opposés à ce qui leur est imposé. Prétendre le contraire n’est pas conforme à la réalité. De même peut-on penser que les enseignants de l’école Wentzel ne sont pas tous favorables, loin s’en faut, à cette " réorganisation " [ qu’il conviendrait d’appeler par son nom : désorganisation ] qui va, comme on le constatera, poser beaucoup plus de problèmes de gestion du quotidien qu’elle ne prétend en régler. Malheureusement, comme il n’est pas possible d’avoir avec la mairie autre chose qu’une sorte de cours magistral tournant autour d’impératifs budgétaires agrémentés de temps à autres de pseudo-considérations morales [ l’école de la République, la mixité sociale, l’égalité, autant de concepts respectables mais qui ne sont convoqués que dans le but de faire passer l’adversaire déclaré pour un égoïste et un nanti ] censées faire la différence, et comme la mairie pense qu’abandonner un projet ridicule serait déchoir, il faut alors se résigner et composer. Ce doit être la façon dont on envisage ce fameux consensus dont veut se prévaloir un maire qui a perdu en quelques mois tout sens de la mesure, de la réflexion et de l’écoute.

Face à cela, quelle alternative ?
Ou bien on attend simplement que toute cette construction implose d’elle-même, en regrettant néanmoins que les enfants soient pris dans la tenaille des calculs de ceux qui n’ont que l’intérêt général à la bouche, et il y aura une nouvelle génération sacrifiée, ce que l’on ne peut que regretter.
Ou bien on essaie de colmater les brèches en proposant les moins mauvaises solutions qui permettront à cette construction théorique de passer, en respiration artificielle, le cap des deux ans qui nous séparent maintenant de cette véritable alternance dont nous pensions qu’elle avait eu lieu il y a près de quatre ans.
C’est cette seconde voie qui a été choisie par une fédération de parents d’élèves qui s’est penchée récemment sur le champ de ruines proposé par la mairie.

Curieusement, alors qu’il s’agissait au départ de brasser les élèves et d’avoir la même école pour tous, maintenant, le regroupement des CP, CE1 et CE2 à l’école Wentzel serait dû à sa plus grande capacité en locaux bien fonctionnels, conséquence de la rénovation récente. En outre, la proximité du gymnase et du relais culturel facilitera(it) un usage pratique de ces installations. Ombre au tableau, outre que les enfants passent tout de même plus de temps dans leur salle de classe qu’à la bibliothèque, l’accès au périscolaire ne va pas s’en trouver amélioré. Doit-on alors envisager une navette ? En calèche, ce serait le moment ! Ou un autre site de périscolaire, avec une ancienne synagogue toute proche qui trouverait là une utilisation en rapport avec son histoire : synagogue se dit Schul en yiddish, autrement dit école ! À moins qu’on ne se mette à faire deux services, pour les grands et pour les petits, pour que les enfants aient le temps de se défouler. Peut-on suggérer de leur fournir les moyens de " se gambiller, penader, et paillarder parmi le lit quelque temps, pour mieux esbaudir leurs esprits animaux, et de s’habiller selon la saison, mais volontiers de porter une grande et longue robe de grosse frise, fourrée de renards ; après de se peigner du peigne d’Almain, c’était des quatre doigts et le pouce, car les précepteurs disent que soi autrement peigner, laver et nettoyer est perdre temps en ce monde.
Puis de fienter, pisser, rendre sa gorge, roter, péter, bâiller, cracher, tousser, sangloter, éternuer et se morver en archidiacre, et déjeuner pour abattre la rosée et mauvais air : belles tripes frites, belles carbonnades, beaux jambons, belles cabirotades, et force soupes de prime. ", comme le grand Rabelais [ l’homme de la science sans conscience qui n’est que ruine de l’âme ] nous raconte le lever de Gargantua… ! "
Est-ce l’ambiance plus calme dont on peut rêver pour la sérénité d’un repas qui séparerait néanmoins les fratries et nécessiterait plus de personnel ?
Faudra-t-il aussi remettre en question l’unicité des heures de sortie d’école pour permettre aux parents d’aller de l’une à l’autre pour y chercher leur progéniture ? 11h25 pour la sortie des maternelles, 11h30 pour la sortie de St Jean, 11h35 pour Wentzel, avec l’éventualité d’une rallonge d’un quart d’heure du temps de pause de midi ? Et pourquoi pas une refonte complète des horaires ? Oui, en effet, pourquoi pas ?

Le problème de la sur-occupation de l’espace public par les voitures, et l’augmentation de la circulation que la nouvelle répartition ne manquera pas d’entraîner, va encore amplifier les nuisances à hauteur du parvis du relais culturel. Pourquoi ne pas réduire à une voie la circulation rue des Écoles [ comme cela est proposé depuis une bonne vingtaine d’années, ndlr ] en l’incluant dans la zone de partage à 20km/h ? Oui, en effet, pourquoi pas ?

Viennent ensuite les préoccupations liées à l’adaptation des enfants à un nouvel environnement avec le respect des groupes de classes et d’affinités. Les enfants qui changeront d’école seront-ils accueillis en visite de découverte à la fin de l’année ? Au cas où tous les élèves de CE2 ne seraient pas accueillis à Wentzel, comment seront choisis ceux qui iraient à St jean ? Comment la transmission des informations se fera-t-elle entre les enseignants des deux écoles [ bien connaître un enfant depuis le CP permet(trait) de mieux le suivre sur l’ensemble de sa scolarité primaire ] ? Comment les choses vont-elles se passer dans les cours de récréation ? Que vont devenir les structures CLIS dont les élèves doivent être intégrés avec souplesse dans des classes différenciées ? Quid de l’organisation des fêtes d’école en fin d’année ?

On voudra sûrement nous faire croire que ces sujets ont déjà, et depuis longtemps, été abordés par les promoteurs de ce regroupement, mairie et inspection primaire [ tiens, on avait cru comprendre que l’inspection primaire s’était rendue aux arguments de la mairie, et qu’il ne s’agissait pas d’un projet conjoint ] et que les réponses aux interrogations des élus au conseil d’école ont déjà été rédigées par la " task force " réunie autour du dircab, à l’origine de cette histoire qui ressemble à celle du lit vertical. Mais il est réel qu’en se lançant avec une telle vitesse dans une impasse, le choc contre le cul-de-sac risque d’être dévastateur.

Mention spéciale pour les RASED, (réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) et les rééducateurs, maîtres G, dont la mission devient impossible. Les rééducateurs ont tous été instituteurs et leur public est composé d’enfants « confrontés à un obstacle insurmontable, avec des élèves perdus face aux exigences de l’école ou se sentant peu concernés par les savoirs scolaires. L’estime de soi est touchée, les relations aux autres perturbées, la frustration liée à l’échec quotidien est immense. Les causes sont multiples, pas seulement pédagogiques mais aussi langagières, intellectuelles, culturelles, affectives, éducatives, sensorielles, médicales… » Les RASED ne s’adressent pas à des enfants handicapés. Leur existence est une fois de plus remise en question, les enseignants étant ensuite redéployés dans les classes, et les enfants, qui bénéficient d’une heure ou deux par semaine, en petits groupes, durant lesquelles ils se remettent à flot, seront alors noyés dans la masse de classes toujours plus nombreuses, c’est-à-dire sacrifiées. Est-ce là le modèle de cette école républicaine convoquée au-delà du raisonnable à tous les coins de discours ? En tout cas, les enseignants, et singulièrement la majorité d’entre eux, ne s’y reconnaissent pas.

La grande question qui vaille est sans doute de savoir si nous aimons nos enfants pour leur infliger pareil traitement.

Vous pouvez retrouver ici les épisodes précédents :

Wissembourg : chamboule-tout et rififi dans les écoles (10/01/2011 )
Wissembourg : chamboule-tout et rififi dans les écoles - 2 (16/12/2011 )
Wissembourg : chamboule-tout et rififi dans les écoles - 3 (18/12/2011 )
Wissembourg : chamboule-tout et rififi dans les écoles - 4 (22/12/2011 )

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