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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Wissembourg, modèle civique !

Aujourd'hui, J moins 96 pour le 1er tour, J moins 110 pour le second tour !

S’il y avait un sujet sur lequel la municipalité nouvelle savait qu’elle n’avait pas le droit à l’erreur, c’était bien celui de la pratique renouvelée d’une démocratie de concitoyenneté. Comme on partait de si loin, les progrès ne pouvaient être que considérables, un peu comme ces " chiffres de croissance " dont on ne rebat les oreilles en oubliant de rappeler que pour passer de zéro à un, il faut multiplier par l’infini, alors que pour passer de un à deux, il suffit de doubler ! Mais c’est encore une autre histoire …
Le constat de décennies de blocage social, culturel et politique dû au conservatisme imposé par un formalisme de soi-disant bon aloi a empêché qu’émergent les idées nouvelles ou plus simplement que les bonnes volontés puissent donner toute leur mesure. Jusqu’à un passé récent, il fallait aller faire allégeance au maître des lieux, député inamovible, conseiller général indéboulonnable, ou maire à perpétuité. Combien de fois les opposants, souvent moqués, parfois traités de " dérangés " par ceux qui détenaient le pouvoir plus par cooptation que du fait de leurs capacités à envisager l’avenir, ont-ils finalement jeté l’éponge, préférant se recentrer sur telle passion quand ils ne s’enfonçaient pas dans le découragement. La dernière bataille électorale elle-même a donné des tenants du pouvoir finissant une image peu favorable de laquelle ils parviennent difficilement à se défaire. Le travail était par conséquent presque colossal, et il a fallu déployer des trésors de patience pour que les efforts produisent enfin les premiers effets. Paradoxe, ce qui était le moins coûteux sur le plan financier n’était pas le moins facile à réaliser !
L’objectif général était de faire revenir les concitoyens [ et pas seulement les citoyens, car tous, électeurs inscrits ou non sur les listes électorales, étrangers, enfants et adolescents ]
dans une mairie où ils devaient se sentir accueillis, mairie dont les élus ne sont que les occupants occasionnels. Doit-on rappeler que majorité ne signifie pas unanimité et que l’onction du suffrage universel ne délivre aucun blanc-seing ? L’action des élus a par conséquent consisté à faire comprendre, par des mesures simples, que chacune et chacun était bienvenu dans cette maison commune qui appartient à tous.
La mesure la plus surprenante aura été de convier nominalement, par tirage au sort parmi ceux qui avaient accompli leur devoir civique, une quarantaine de Wissembourgeois [ 2800 électeurs s’étaient dérangés le 9 mars 2008 ; il y a 66 conseils municipaux par mandature ; 42 électeurs ont donc été invités ] pour qu’ils prennent part au conseil municipal, sur les banc du public, ainsi qu’au " repas municipal " [ tiré du sac, chacun étant invité à offrir tout ou partie de son repas, et recevant de la même façon tout ou partie du repas d’un autre, la commune assurant la boisson, consommée modérément ] qui a suivi. Chacun sait que les langues se délient autour d’une table ou d’un verre, que les masques tombent, que les hiérarchies s’effacent, et que, s’agissant des élus, les comptes sont rendus avec plus de spontanéité que lors des discours stéréotypés, empesés et normatifs qui nous étaient servis jusque-là.
L’opposition a observé la manœuvre d’un œil goguenard et méfiant, voyant là un signe supplémentaire de ce manque de maturité dont elle avait voulu faire l’axe de la campagne de dénigrement qui lui avait servi de campagne électorale. Mais, comme le tirage au sort lui a permis à de nombreuses occasions d’être majoritaire autour de la table, elle a vite compris tout le bénéfice à tirer d’une mesure simple, bon marché et populaire, dans tous les sens du terme, qu’elle avait combattue.
Le grand mérite de ces rencontres mensuelles a été de dédramatiser bon nombre de décisions prises par la municipalité, simplement parce que chacun savait qu’il avait une chance d’aller interpeller directement, et courtoisement, celles et ceux qui l’administraient. Parallèlement, le règne de la rumeur et de la parlote, celle qui raconte l’histoire quand elle ne l’a pas inventée, comme le chante si bien l’immense Jacques Brel, a subitement cessé, ceux qui approchaient un pouvoir qui s’était rapproché d’eux pouvant démentir tous ces potins, cancans, racontars et commérages qui ont trop longtemps autant empoisonné la ville qu’ils tétanisaient ceux qui l’administraient.
Et puis, ça faisait un sujet de discussion dès que s’annonçait le conseil municipal entre ceux qui y étaient allés et ceux qui l’espéraient secrètement.
Parallèlement à ce qui n’était en fait pas vraiment un bouleversement puisque tout le monde a vite trouvé normal de recevoir son invit’, les conseillers municipaux ont été beaucoup plus assidus et surtout ont participé avec plus de vigueur et de sincérité aux débats, tous bords confondus, redonnant à l’assemblée communale le caractère qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Pour dire vrai, c’est à une sorte de révolution tranquille que les Wissembourgeois ont été invités à s’associer, projet dont ils se sont emparés au-delà des espérances les plus folles. Qu’il était loin le temps des attaques plus ou moins stériles, des répliques dérisoires et des réflexions bien senties, on sortait enfin de l’enfance ou de l’adolescence mal assumée pour entrer dans l’âge de la réflexion, de l’échange et de la construction.
Fort heureusement, ce grand chambardement n’a pas concerné que les adultes, ou présumés comme tels. Dépoussiérant ce qui restait du conseil des jeunes [ qui n’était même pas une copie mal ficelée de la grande idée de la grande époque d’Alfred Muller, maire de Schiltigheim, élu en 1977, défricheur en la matière, inventeur en 1979 du premier conseil municipal d’enfants et de jeunes, CMEJ ], l’équipe nouvelle a relancé l’affaire en étendant la palette des âges concernés [ à ce titre, l’expérience des anciens membres a été décisive tant pour le mode de désignation, à la proportionnelle, sur liste, avec vote préférentiel, et curieusement, les enfants ont très vite compris que c’était à la fois très simple et beaucoup plus démocratique que ce que subissaient leurs aînés ] et donnant une véritable autonomie à une assemblée dont le fonctionnement était autant contrôlé par le conseil municipal des adultes qu’elle en contrôlait les délibérations. On aboutissait enfin à l’établissement d’un véritable contre-pouvoir, seul condition de l’exercice démocratique majeur.
Si le CMEJ a décidé de reproduire les soirées " repas municipal ", c’est de son fait, sans avoir besoin de se faire chaperonner par qui que ce soit.
Tout cela a été accompagné par l’impression du " journal des Wissembourgeois " qui remplaçait enfin les affligeantes publications qui nous étaient imposées. Foin des hymnes à la gloire du maire, finies les dithyrambes lourdingues, terminées les photos flagorneuses ! On s’est vite rendu compte que la règle des trois tiers était la seule qui valait, le premier pour la majorité, le deuxième pour la minorité, le troisième pour les Wissembourgeois. Et personne ne s’en plaint, tout en se demandant pour quoi on n’a pas fait plus tôt une chose aussi simple et aussi bon marché !
Curieusement, et sans qu’il ait été besoin de lui faire trop la leçon, le maire délégué de la commune associée, en cours d’absorption, a lui aussi changé de braquet. Touché par une certaine grâce, il s’est interrogé sur ce qu’il convenait de faire dans une commune qui est devenue un quartier de Wissembourg pour remettre ses concitoyens avant la gloire ou les indemnités qu’il retirait d’un mandat assez tranquille : élection d’une commission consultative, CMEJ, périodique municipal digne de ce nom, autant d’initiatives qui l’ont rendu autant méconnaissable que sympathique. Alors que l’on s’apprête à sceller le regroupement des deux entités dans une seule commune avec l’adoption par le conseil municipal de Wissembourg d’un code de moralité sur les rapports que les collectivités entretiendront à l’avenir, tout ce qui a été entrepris à Altenstadt montre que l’on n’a pas besoin d’une autonomie formelle pour exister comme c’était le cas depuis la mise en place d’une " fusion " marché de dupes pour Altenstadt. À suivre.

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