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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Cité Malesherbes

Pour mes lecteurs qui ne sont pas parisiens (ou ceux qui, trop germano-pratins, n'ont jamais mis les pieds sur la rive droite de la Seine – du moins dans sa populaire partie nord ou nord-est), quelques explications. Arrivant d'une lointaine province à la Gare Montparnasse, on s'engouffre sans délai dans le métro en direction de la Porte de la Chapelle (ligne 12). Au long du parcours, on passera sous le très chic faubourg St Germain, sous l'Assemblée nationale, sous la Seine et la place de la Concorde, on aura juste une petite idée (mais grosse correspondance, et gros mouvements de voyageurs) de la gare St Lazare avant de remonter encore jusqu'aux confins du Paris infréquentable. Arrêt place Pigalle (du nom d'un sculpteur) rendue célèbre par Georges Ulmer " Un p'tit jet d'eau, une station de métro, entourée de bistrots, Pigalle... ". Sortant du métro, un petit bout de boulevard de Clichy, on tourne à droite pour descendre la rue des Martyrs, et c'est la deuxième rue (privée!) à droite. Avec un peu de chance, la grille sera ouverte, et vous pourrez aller jusqu'au numéro 12, aujourd'hui siège de la très sélecte et très huppée Fondation Jean-Jaurès – et, semble-t-il de l'OURS (Office universitaire de recherches socialistes - créé par Guy Mollet et l'auteur de ce livre) dont j'ignore l'activité actuelle. Inutile de sonner à la porte, les locaux ne sont plus accessibles, sauf aux invités, et ce genre de petit hôtel particulier ne présente pas de grand intérêt puisque l'ancien siège de la SFIO était, semble-t-il, de l'autre côté de la rue, et qu'on ne peut donc plus voir le mythique bureau de Léon Blum. Après tout, il ne faut pas demander à la vie de se figer au bénéfice de l'Histoire : le carrefour du Petit-Clamart a disparu, lui aussi, dans les travaux autoroutiers, et le fantôme de Jean-Marie Bastien-Thiry peu aller se perdre ailleurs.

 

Revenons à notre affaire.

Jacques Fleury, dont on trouvera la notice biographique ici, a adhéré en 1959 à la SFIO (il faut rappeler que ce sigle signifie Section française de l'internationale socialiste – comprenons bien le sens des mots). A l'époque, la fameuse formule de Malraux ("entre les communistes et nous, il n'y a rien") était une vérité d'évidence, les socialistes ayant peu à peu perdu leur âme et leur dignité dans les combinaisons de la IVème république et les errements de la guerre d'Algérie. Autant dire qu'il fallait tout de même une bonne dose de conviction pour aller s'encarter dans une telle organisation.

Et c'est à partir de cette date que Fleury, qui gravira peu à peu les marches de la hiérarchie interne, prendra et conservera des notes qui lui ont permis, à la fin du siècle dernier (Jacques Chirac étant président de la république et Lionel Jospin premier ministre), d'écrire ce journal qui retrace une bonne dizaine d'années de vie politique jusqu'en 1973, date à laquelle la SFIO a disparu et où François Mitterrand dirige le parti socialiste né à Epinay-sur-Seine en 1971.

C'est un peu un livre d'histoire au jour le jour qui nous est offert. On croise, au fur et à mesure, les personnages qui ont fait vivre la gauche (qu'on qualifiait, avec un peu de dédain, de "non communiste") durant un quart de siècle, tous ceux qui, comme Pierre Mauroy qui vient de disparaître, avaient encore des airs de jeunes gens et portaient des costumes clairs un peu chiffonnés au sortir des Renault-16 presque officielles. Mais c'est surtout un parcours que nous pouvons suivre, celui d'un homme, plus encore celui des idées, voire de l'idéologie socialiste, et qui prend tout son sens aujourd'hui quand un socialiste est de nouveau au faîte du pouvoir.

Car Fleury y revient tout au long de son récit. Le PS d'Epinay – partant celui d'aujourd'hui – a-t-il encore quelque chose à voir avec la SFIO sur le plan idéologique ? Pourrait-il encore faire sienne la déclaration de principe de cette SFIO rédigée par Léon Blum et qui commence par "Le but du Parti socialiste (SFIO) est de libérer la personne humaine de toutes les servitudes qui l’oppriment et, par conséquent, d'assurer à l'homme, à la femme, à l'enfant, dans une société fondée sur l'égalité et la fraternité, le libre exercice de leurs droits et de leurs facultés naturelles [formule bien différente de la "liberté" qui orne les frontons des mairies]" et se poursuit ainsi "le Parti socialiste est un parti essentiellement révolutionnaire : il a pour but de réaliser la substitution au régime de la propriété capitaliste d'un régime où les richesses naturelles comme les moyens de production et d'échange deviendront le propriété de la collectivité et où, par conséquent, les classes seront abolies" [adoptée le 24 février 1946 à Paris par l'assemblée nationale du parti ayant pouvoir de congrès (décision du 37ème congrès national, Paris 1945)].

N'est-il pas définitivement devenu un parti social-démocrate au sens allemand ou scandinave du terme (mais il existe des nuances entre les deux acceptions), un parti social-libéral qui a accepté, avec la loi du marché et toutes ses conséquences, de renoncer à la perspective d'une société sans classes. N'a-t-il pas intégré l'idée qu'il n'y a pas d'alternative ("there is no alternative" disait Margaret Thatcher) au capitalisme libéral, et au néo-libéralisme, et que le rôle de la gauche se cantonne à en atténuer les conséquences les plus cruelles, un peu comme un certain Maréchal fit "don de sa personne à la France pour atténuer son malheur".

Le débat n'est pas clos entre les tenants d'un socialisme révolutionnaire, même si cette révolution doit passer par les urnes, et ceux de la gauche "moderne", de la "deuxième gauche", prônant une adaptation inéluctable de l'idée même du socialisme aux réalités économiques et sociales du capitalisme.

Étrangement, et on le sent bien presque à chaque page – les pages d'un échec puisque le "molletisme" a disparu depuis longtemps, il semble que ce soient les fidèles de la vieille SFIO qui, aujourd'hui, portent l'héritage de ceux qui n'ont pas renoncé à contraindre le monde à "changer de base".

RH

 

Cité Malesherbes, Jacques Fleury, Bruno Leprince éditeur, octobre 1999. www.bruno-leprince.com

 

 

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