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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

La ferme générale, le retour !

Ce terme est souvent employé ici, car il renvoie à ces insupportables pratiques dites de “délégation de service public” quand ce n’est pas de “partenariat public-privé”. Encore que partenaire sous-entend qu’il y a une sorte d’égalité dans la relation, alors que chacun constate que ce n’est pour ainsi dire jamais le cas.
Les exemples abondent de ces marchés de dupes conclus ici pour construire un hôpital, là pour bâtir une prison, ailleurs pour gérer une autoroute ou pour se gaver sur la distribution de l’eau. Quel que soit le cas de figure, ce qui reste de puissance publique, cédant aux sirènes de la manie managériale, se “recentre sur son cœur de métier” et abandonne tout ce qui ne s’apparente pas, parfois de très loin, aux missions régaliennes. De si loin d’ailleurs que ce qui était du ressort exclusif de l’État, on pense à la sécurité publique, est maintenant un marché qu’il est de bon ton de sous-traiter à quelque officine le plus souvent drivée par quelque ancien fonctionnaire qui aura trouvé là de quoi arrondir une pension forcément bien méritée, en faisant de ce fameux conseil quand ce n’est pas de la consultance. Même la guerre est maintenant déléguée à des entreprises spécialisées, l’affaire ayant été rodée lors de l’invasion de l’Irak par les troupes occidentales, et naturellement libératrices, Irak où les forces combattantes sont plus nombreuses sous uniformes de mercenaires que sous pavillon étatique.
Mais on s’égare, revenons à nos moutons.
Nous avons tous entendu parler maintenant de ce bel édifice, appelé “écomouv”, qui doit gérer la perception de la taxe sur le transport routier. L’État ayant décidé que le recouvrement de cette taxe n’était pas de son ressort en a confié la gestion à cette entreprise italienne pour les ¾, comme cela a d’ailleurs été le cas pour les radars qui hantent nos routes, dont il se raconte qu’ils sont pour beaucoup dans la baisse de la mortalité routière. Que les radars refreinent les velléités des chauffards est en soi un bien, que ce soit une entreprise privée qui soit chargée d’en assurer la gestion reste incompréhensible au commun des mortels. Et surtout, si une entreprise privée est capable de dégager des bénéfices de la gestion des radars, pourquoi une administration en serait-elle incapable ? Même question pour cette taxe sur le transport routier, question qui n’est que trop rarement posée, ou bien tardivement par tout un personnel politique qui a sans doute beaucoup d’autres chats à fouetter.
Concernant “écomouv”, les chiffres et les faits commencent à sortir : 18 millions de location du matériel de comptage qui sont versés tous les mois par la puissance publique à une entreprise qui a bien compris le système de la tirelire à sens unique, une clause de résiliation de contrat qui ressemble à celle du stade de football du Mans, à moins que ce ne soit le copié-collé de Notre-Dame des Landes [ du genre, si je gagne, je garde tout, si je perds un peu, tu m’indemnises ], un décret paru le jour du second tour des élections présidentielles, une plainte classée sans suite, on en passe et des meilleurs. Il ne manque plus que les leçons de morale des anciens ministres qui vont jouer sur les mots en nous expliquant qu’une taxe n’étant pas u n impôt, rien ne s’oppose à ce que son recouvrement soit confié à un privé, qui, de fait, achète la charge, et devient … fermier général, ni plus, ni moins. C’était bien la peine de prendre la Bastille, de décapiter à tours de bras, de s’envoyer en l’air avec des déclarations d’intention, de proclamer la fin des privilèges, de construire la nation et son pendant, la patrie, pour justifier les carnages [ la guerre de 14-18, c’est quand même près de 800 morts par jour, et trois fois plus de blessés ! ] pour qu’au bout du compte, on remette au goût du jour le vieux rêve de la revanche de la bourgeoisie qui n’a jamais accepté les conquêtes ouvrières, les lois sociales, la démocratie représentative [ sauf quand elle lui est favorable ] ou le droit à la retraite pour les travailleurs.
Cette histoire d’“écomouv” prend en plus une tournure invraisemblable avec la mise en place d’une jacquerie organisée par le patronat breton qui prend bien garde de ne pas offrir de débouché, qu’il soit politique ou social, à ce qui est présenté par une presse aux ordres comme une révolte. Et les mots ne sont jamais innocents.
On en est là quand rien d’autre que des aménagements marginaux sont proposés alors que c’est non pas la taxe qu’il faut suspendre, mais bien le contrat signé entre compères qu’il faut dénoncer, sans attendre.

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