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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Roger Winterhalter, antimilitariste et anticolonialiste malmené

50 ans après, un duo de généraux en retraite a l'oreille de « L'Alsace ». Et celle du ministre ?…
Dans la rubrique « Rencontres et Lectures » du numéro 235 (juillet 2012) de A CONTRE COURANT, nous vous avons signalé la parution aux éditions le Manuscrit (20 rue des petits Champs 75020 PARIS, www.manuscrit.com) de l'ouvrage « Si c'était à refaire – une fraternité plus forte que la guerre d'Algérie » de Roger Winterhalter, appelé du contingent en 1960 et chargé pendant 27 mois de « rétablir l'ordre » en Algérie. Dans la préface de l'ouvrage, l'auteur – qui a été maire de Lutterbach (6000 habitants) de 1977 à 2001, « avoue très sincèrement (avoir) un peu peur d'être mal compris par certains Français ». Une crainte fondée, puisque ces Français-là se sont littéralement déchaînés depuis le signalement de l'ouvrage dans un article des DNA du 9 août dernier qui révélait l'aide apportée par Roger Winterhalter au FLN. Depuis un général de corps d'armée à la retraite qui alerte le préfet et le ministre délégué aux anciens combattants, jusqu'au Français anonyme qui envoie insultes et menaces de mort, la droite haut-rhinoise mène bataille, montée sur le char de l'obscurantisme d'où partent parfois des tirs chargés de haine et de violence : sur un blog, un commentateur affirme fièrement que Winterhalter « aurait mérité le peloton d'exécution ».
sétifPormenté en guerre
Présenté comme l'autorité militaire la plus élevée du Haut-Rhin (?), le général de corps d'armée Georges Pormenté s'est fendu d'un communiqué belliqueux. Même si « la loi d'amnistie couvre vraisemblablement les activités coupables de Roger Winterhalter » [ … ], « ce Monsieur (a) trahi [ … ], infiltré [ … ], volé [ … ], organisé la désertion ». Et ce monsieur, figurez-vous, « a pu avoir le cynisme de demander et d’obtenir la carte du combattant de l’armée français ». Le Général, qui fonce tête baissée, n'est pas à une approximation près : Roger Winterhalter a bien eu cette carte, mais sans l'avoir jamais réclamée. Pormenté a fait un cauchemar : le maire de Lutterbach, Roger Winterhalter, en train de « présider de très nombreuses manifestations patriotiques devant le monument aux morts de sa commune ». Méfiez-vous de vos cauchemars, mon Général. Avant de les offrir à l'analyse publique, vous auriez mieux fait de prendre connaissance de la configuration dans la réalité : à Lutterbach, on a édifié, à côté du monument aux morts, un monument à la Vie où un forgeron casse des armes et les transforme en fleurs de la paix. Qu'importe, le général, qui, lui, a servi en Algérie comme chef de section et commandant de compagnie, imagine le pire : le maire de Lutterbach pleurant « officiellement les victimes de la guerre d’Algérie dont certaines ont peut-être et même probablement été tuées par le résultat de sa trahison à l’époque ».
Un Général aussi courageux et déterminé, sonnant la charge haut et fort, a pu rapidement rallier quelques troupes : l'actuel conseil municipal de Lutterbach (Winterhalter a été battu aux élections municipales de 2001) s'est immédiatement organisé en commando contre le traître, et probable meurtrier que désigne Pormenté : « …l’ancien maire de Lutterbach, Roger Winterhalter, un habitué des provocations en tous genres [ … ] révèle avoir fait partie d’une cellule du FLN en tant qu’appelé dans l’armée française, facilitant ainsi des actions terroristes à l’égard de ses frères d’armes [ … ]. La teneur de l’ouvrage a interpellé et choqué les élus de l’équipe municipale majoritaire de Lutterbach [ … ] scandalisée de découvrir cette face cachée d’un homme public. [ … ] Nous ne pouvons que dénoncer cet antipatriotisme militant. Il ne peut être perçu que comme contre-exemple des engagements républicains que chaque citoyen est invité à prendre par loyauté envers son pays.  [ … ] « Scandalisés », « choqués », on les sent rudement éprouvés après ce rude combat… électoral où ils espèrent capter à leur profit les effets de la vague réac qui déferle.
Un bon garçon et un papa
On a pu lire in extenso dans le journal « l'Alsace » cette motion de l'actuel conseil municipal de Lutterbach. Le même journal avait consacré fin avril une page entière à un autre militaire, ancien d'Algérie, qui s'affiche dans le Haut-Rhin : Aussaresses [ s’il s'affiche dans le Haut-Rhin, pour tromper l'ennemi, il se terre dans un repaire bas-rhinois. ], qui a été sollicité pour clore en beauté une série de six articles consacré aux « Mémoires d'Algérie ». C'est particulièrement valorisant pour ce général de 94 ans qui « assume son passé » et qui vit une belle histoire d'amour avec Elvire, sa compagne alsacienne qui - souligne le journaliste - n'arrête pas de répéter : « c'est un bon garçon ». « Un bon garçon » qui reconnaît que sa préférence va à l'extrême-droite, qu'il a dansé avec Marine Le P.; mais qu'il a voté Sarkozy. Qui reconnaît qu'en Algérie il a été obligé de tirer et qu'en Amérique du Sud il a rencontré Klaus Barbie. Dans la même page de « l'Alsace », un ancien combattant d'Algérie, parachutiste, rappelle son indéfectible affection pour son chef d'alors, le colonel Bigeard « qu'on appelait papa ». « Un bon garçon » et un « papa », attendrissant, non ?
Dans un tel contexte, que croyez-vous qu'il adviendra de la demande que Pormenté a adressée au ministre pour que la carte d'ancien combattant soit retirée à l'ancien maire de Lutterbach ? Une demande qui sera examinée dans un ministère où on s'apprête à rendre hommage, à Pau, le 22 octobre, au Colonel Château-Jobert [ officier qui a participé au putsch d'Avril 1961. Il avait été condamné à mort par contumace pour ses activités OAS ] et où le ministre de la défense lui-même s'apprête à inaugurer à Fréjus une stèle à la gloire de Bigeard, le 20 novembre ! L'inventeur des « crevettes Bigeard » et de toutes ces techniques ignominieuses - que son ami le général Aussaresses a exportées ensuite en Argentine - sera-t-il promu par les socialistes au rang de figure exemplaire ?
Pour soutenir les principes et les valeurs qu'il a toujours portés, et pour combattre les horreurs « patriotiques » de ceux qui l'attaquent, Roger Winterhalter ne peut pas compter sur beaucoup d'appuis en Alsace pour l'instant. C'est la raison pour laquelle il est important de signer la pétition lancée par la MRAP Strasbourg.
Lisez les analyses et les ouvrages réalisés par l'association « Sortir du colonialisme » [ Une partie des infos présentes dans cet article ont été trouvées sur le site de « Sortir du colonialisme » ] qui demande notamment que les archives soient largement ouvertes afin d'élaborer une histoire établie sur des faits avérés, pas sur des rancœurs ou des falsifications.
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Les « événements d’Algérie » d’avant l’indépendance en 1962 ont fait l’objet en France de lois d’amnistie, que ce soient pour les nombreuses maisons brûlées dans les Mechtas, les viols, les tortures, les exécutions sommaires, les populations déplacées. Les putschistes de l’OAS ont même été réintégrés dans leur grade.
M. Winterhalter, choqué par le comportement de la France coloniale et de son armée sur place, a eu le courage et pris les risques d’aider ceux qui se battaient pour l’indépendance. Son témoignage fait partie de l’Histoire.
Cette guerre est finie depuis 50 ans.
Qu’un général et que des anciens combattants demandent en 2012 aux autorités de retirer la carte d’ancien combattant à Roger Winterhalter « ayant trahi son pays », sans se demander qui a « trahi » la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, n’est pas recevable. Aujourd’hui il est utile pour tous, en France comme en Algérie, de pouvoir regarder bien en face les diverses facettes de cette Histoire. Défendre les droits de l’Homme et le Droit International est toujours d’actualité. Aussi les signataires de la pétition s’indignent-ils des propos et de la demande du Général Pormente de retirer la carte d’ancien combattant à M. Roger Winterhalter et considèrent cette demande comme irrecevable. La guerre est-elle enfin finie ?

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Gérard FRETELLIERE 19/11/2012 15:14


Merci pour cet article en défense de Roger que je connais depuis une trentaine d'années et qui est d'une stature bien plus élevée que ceux qui le traînent dans la boue sans avoir lu son livre.
Heureusement, l'opinion française évolue et des anciens combattants d'Algérie sont de plus en plus nombreux à parler. Ce qui permet - avec les archives - d'alimenter les recherches des
historiens.


Un oubli (volontaire de votre part ? ) : sauf homonymie, Aussaresses (présenté sous le pseudonyme de O par Yves Courrière dans son "Histoire de la Guerre d'Algérie") était un tortionnaire notoire
(et il l'a même avoué publiquement il y a quelques années)


Je vous signale que j'ai rédigé un article dans mon blog et que je fais référence à votre article.

Régis Hulot 20/10/2012 15:23


Que faudra-t-il pour extirper de leur esprit la haine inextinguible qu'ils ont conservée à l'égard de ceux qu'ils appelaient le "fellouzes", les "ratons", les "melons", les "bougnoules", et
contre ceux qui, par des voies qu'on peut contester, ont choisi d'aider les Algériens (ces fameux "français musulmans" qui n'avaient de français que le qualificatif) à conquérir leur indépendance
et leur liberté, cette même liberté que des milliers de tirailleurs, de goumiers, de spahis nous avaient aidés à recouvrer quelques années auparavant.


On imagine la colère de ces gens-là, cet Aussaresses entre autres, tortionnaire puis professeur de torture qu'on imagine convenablement rétribué, quand ils ont lu le communiqué de la présidence
de la république reconnaissant (enfin!) la réalité de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961.


"Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et
un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes."


 


Fasse le Ciel qu'à défaut de reconnaître leurs fautes - qu'on peut juger, et qu'on peut même éventuellement absoudre - ils se taisent et nous laissent le loisir de reconstruire ce qu'ils ont été
si prompts à détruire au nom de valeurs(?) qu'ils sont les seuls à qualifier ainsi.