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pumpernickel

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commentaires satiriques de l'actualité wissembourgeoise

Jeudi : conseil municipal ; vendredi : les amis ; samedi : casas et les éclaireurs

Avant-hier soir jeudi, c’était deux heures de conseil municipal bien résumées par la journaliste des déhaina : “ La séance du conseil municipal était calme jeudi soir, à la mairie de Wissembourg … ” C’est presqu’un euphémisme, puisqu’on peut parler de soporifique tant les interventions des uns et des autres, même quand elles s’essayaient à la polémique, avaient du mal à faire mouche. On a bien compris que si l’ancien préposé aux permis de construire et à la surveillance des chantiers illégaux a pris la parole pour excuser sa tête de liste, c’était, en creux, pour s’en prendre aux services municipaux qui faisaient coller une réunion du conseil en même temps qu’une réunion de communauté de communes décidées depuis fin juin 2011. Mais il devrait s’y faire, puisque la dernière réunion du conseil municipal s’est tenue en même temps que l’assemblée générale de l’association de programmation du relais culturel. C’est comme ça maintenant. Le public aura eu aussi son SCUD avec une acidité du maire à propos de la nouvelle organisation du quartier Gumberlé quand “ Monsieur le maire délégué ” [ rien que l’énoncé me fait rire, pour paraphraser Coluche ] a fait voter l’achat, à l’unanimité moins deux abstentions, de quelques parcelles, pour 150 000 euros quand même, en vue d’implanter un nouveau quartier dont nous avons le plus express besoin.

“ – Et il y aura des jardins pour les maisons qui n’en ont pas actuellement, ce sera la nouvelle réorganisation du quartier, c’est le genre de choses qu’il est agréable de discuter calmement, en conseil, pas comme dans les grandes réunions, à bon entendeur… ! ”

C’est bien vrai ça, les grandes réunions, celles durant lesquelles les gueux, les manants, les quémandeurs et les jamais contents se permettent de prendre la parole pour en remontrer à ceux qui perdent toute légitimité en reprenant à leur compte les projets minables de leurs prédécesseurs. De même doit-on condamner cette pratique qui consiste à interpeller le public du haut de sa tribune, public qui est contraint au silence sous peine de se voir évacué de la salle par la force publique. On pensait que tout ça, c’était fini, mais non, et ce n’est pas l’alliance avec “ Monsieur le maire délégué ” [ rien que l’énoncé me fait rire, pour paraphraser Coluche ] qui risque d’améliorer les choses.
En bref, le conseil municipal ne valait pas qu’on s’y déplace, tout simplement. Tout a été voté à l’unanimité avec quelques abstentions ça et là, mais sans conviction. Le seul point avec un vote contre a été la vente à un particulier, au prix fort, plus cher en tout cas que la maison à 15 000 euros avec 6 ares de terrain [ pour mémoire, l’are de terrain constructible en ville, c’est de l’ordre de 15 000 euros, et même à 6 000 euros, on arrive à 36 000 euros, loin des 15 000 en tout cas ] dans l’emprise Gummi-Mayer [ “ – Mais, tu comprends, il y a la maison à démolir, et ça coûte 50 000 euros, euh non, 30 000 euros, euh non, 25 000 euros, et personne ne voulait l’acheter, alors on était bien content de la vendre à quelqu’un qui va l’habiter ! ” Ah bon, nous voilà rassurés puisque nous sommes convaincus ! ], vente donc qui s’est faite à 40 000 euros pour un peu moins de 14 ares, dont 1,5 a à 6 000 euros. Comprenne et explique qui pourra.
Il y a eu le couplet habituel sur l’école municipale de musique que le Bas-Rhin nous envie pour la qualité de ses professeurs et ses effectifs en hausse continue. Seul hic, le conseil général qui fait sa mauvaise tête en refusant de la subventionner comme il le fait avec les 92 autres écoles municipales de musique agréées. C’est vraiment très inamical, et il est par conséquent fâcheux que le conseiller général, et futur président territorial de Wissembourg fût absent et qu’il ait omis de donner quelque consigne à ses colistiers pour expliquer cette lacune.
Comme il est fâcheux que la journaliste des déhaina ait oublié de parler de l’intervention du maire à propos du recours déposé par les amis du Steinbaechel à l’encontre du PLU. Manifestement, Monsieur le maire n’est pas content, et il a bien l’intention de le faire savoir, au travers d’un communiqué de presse qui traduit, de sa part, un manque évident d’humour, d’autodérision et d’introspection.

Puisant aux meilleures sources de la novlangue technico-branchouillarde très en vogue dans les milieux qui aiment avoir l’air, il nous parle, au cas où le PLU serait retoqué, d’une privation d’un document d’urbanisme qui nous serait insupportable. Qu’il se rassure, nous nous contentons des règlements, des lois, des arrêtés dont sont constitués ces fameux documents d’urbanisme. De même que nous n’oublions pas que le fameux SCoTAN qui nous fait tant de mal et qui s’impose maintenant à chacune des collectivités censées avoir été consultées lors de son élaboration est aussi un “ document d’urbanisme ”. Quant à la manière concertée et aux avancées qu’elle aurait apportées, nous attendons toujours les réunions qui devaient suivre les catastrophes de communication du mois d’avril 2010 dont il serait intéressant de relire les comptes rendus [ voir les articles du blog des 14 avril, 20 avril21 avril, 22 avril, 24 avril et 28 avril ]. Exit par conséquent cet argument à ranger parmi les arguties.
On sort aussi la grosse artillerie sur le modèle des “ oui-istes ” de mai 2005, qui voulaient nous faire peur si on ne votait pas le texte Giscard. En fait, le Peuple a rejeté le texte Giscard, le gouvernement s’est assis sur l’expression démocratique qu’il avait lui-même suscitée, on a appliqué le clone du texte refusé, … et on a eu la catastrophe que nous vivons depuis plus de trois ans. Merci qui ? Alors nous faire le coup de “ Si vous n’êtes pas d’accord, c’est l’ancien règlement qui s’applique, et alors là, attention, votre voisin va faire démolir votre garage, et en plus nous n’aurons pas de station d’épuration, sans compter que c’est le projet Steinbaechel Bertrand qui va s’appliquer ! ” est un peu lourdingue. Quant à suggérer qu’il faille attendre d’en être à la mise en place de la ZAC Steinbaechel pour avoir le droit d’attaquer, non mais, on est où ? Et qui parle ? Et au nom de qui ?

Oui, il est dommage que la journaliste des déhaina ait oublié de parler de tout ça, mais c’est sans doute pour bientôt.
Pour finir sur le sujet, rappelons que la préparation des commentaires des différents points du conseil municipal me prend trois heures, au bas mot. J’ai bien fait de ne pas m’y coller cette fois-ci.

Hier vendredi, j’avais prévu d’aller assister à la soirée de présentation de l’année culturelle wissembourgeoise. Après tout, nous avons, pour la seconde année de suite, les deux premiers abonnements qui ont été pris au relais, et c’était la moindre des choses. Hélas, ou tant pis, ou tant mieux, c’est avec des amis que la soirée a été consommée. Belle prolongation en fait de dimanche dont vous ne lirez jamais assez combien votre présence chaleureuse, amicale, désintéressée, curieuse, solidaire, souriante aura été réconfortante.

Ce soir, samedi, on change de décor et on va à Strasbourg où se tiennent les bibliothèques idéales. Oui, une invitation est arrivée de Dora Production pour la projection en avant-première du film de Simone Fluhr et de Daniel Coche, “ les éclaireurs ” dans la salle de l’Aubette, de l’autre côté du ciné-bal, la chapelle Sixtine de l’Art Moderne. Arrivé un peu en avance, il faut s’infuser deux dandies, sophistiqués jusqu’à l’extrême y compris dans le négligé, Messieurs F. Beigbeder et S. Liberati. Comme je le faisais remarquer à mon voisin, les deux cents personnes présentes ne les dérangeaient pas trop puisqu’ils s’exprimaient comme à la télé, et qu'ils faisaient irrépressiblement penser aux paumés du petit matin :

[ … ]
Ils se racontent à minuit / Les poèmes qu'ils n'ont pas lus / Les romans qu'ils n'ont pas écrits / Les amours qu'ils n'ont pas vécues / Les vérités qui ne servent à rien / Les paumés du petit matin
[ … ]
L'amour leur déchire le foie / C'était c'était c'était si bien / C'était... vous ne comprendriez pas... / Les paumés du petit matin / Ils prennent le dernier whisky / Ils prennent le dernier bon mot …

Mais si c’est un point de passage obligé pour avoir une bonne place, tant pis.
18h30, le film : tourné dans la Maison Georges Casalis, 13 quai Saint-Nicolas qui héberge CASAS, cette association qui vient en aide aux demandeurs d’asile, depuis une trentaine d’années.
CASAS, Collectif pour l'Accueil des Solliciteurs d'Asile à Strasbourg, fondé en 1982 qui œuvre au quotidien pour conduire, renseigner, loger, écouter, entourer celles et ceux qui ont dû se résigner à abandonner leur pays, leur famille, leur maison, la tombe de leurs ancêtres, ceux qui souffrent plus que Christ [ lui, ça n’a duré que 3 jours, nous ça fait des années ! ].
CASAS, une petite équipe de salariés entourés d’une myriade de bénévoles qui traduisent, écrivent, mettent en mots l’indicible, soutiennent, expliquent, téléphonent, accompagnent, manifestent, protestent, parlementent, étreignent, encouragent celles et ceux qui sont au fond du trou, qui n’ont pas d’interlocuteur, qui sont pistés par la police, humiliés lors des gardes à vue, internés administrativement, expulsés au petit matin.
CASAS, des héros au jour le jour qui n’acceptent pas l’injustice, l’arbitraire, le discrétionnaire ou la légalité formelle, qui vont faire le tour des copains pour trouver un logement à ces familles contraintes de dormir dans la rue, ces gens qui n’ont rien, que des mauvais souvenirs, l’assassinat d’un père ou d’un mari, l’enfant disparu, la mise à sac de la maison, l’expédition punitive, la peur, la torture, les exécutions publiques. Et en plus, il leur faut raconter leur histoire, en français, trouver des témoignages, des photos, des références, des certificats médicaux, etc. et envoyer le tout à l’OFPRA qui décide de l’accord ou du refus. Point final.
CASAS, c’est aussi les espoirs, les réussites [ il y en a tout de même ] et les échecs [ qui sont à chaque fois synonymes de séparation, de drame, de disparition, de “ reconduite ” en attendant la mort, d’accablement, mais jamais de démoralisation.
Quelle leçon avons-nous prise !
Quatre-vingt-treize minutes plus tard apparaît ce faire-part sur l’écran :
“ Fin août 2011 : ce film s’achève et l’existence de Casas est en péril. D’ores et déjà, Casas n’est plus mandaté par l’Etat pour accomplir son travail. L’aide à l’accompagnement des dossiers de demande d’asile risque d’être totalement supprimée par le gouvernement en 2012. Ainsi, la mission essentielle que Casas assure depuis bientôt 30 ans est balayée. A Strasbourg comme partout en France, les demandeurs d’asile auront de plus en plus de mal à se faire entendre. L’asile n’est plus qu’un mot. Etouffant un cri : « mal ! » C’est mal et ça fait très mal. ”
Tonnerre d’applaudissements qui se prolongent, accompagnant les deux documentaristes.
Le couac : le maire de Strasbourg, qu’on a connu meilleur, est sur scène. Tout le monde pense qu’il va annoncer que la commune et la C.U.S. vont se décarcasser pour sauver CASAS. Que nenni ! Il entreprend de nous raconter un truc idiot et décalé sur les bibliothèques idéales. Prenant tout-à-coup la mesure de sa faute, il prend le parti de s’effacer pour laisser la parole à ceux qui ont quelque chose à dire. Ouf !
Belle soirée ! À vous de conclure !

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